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Le billet du Recteur (n°2) - "Musulmans en France : au-delà des sondages, une lutte pour la vérité et l'équité"



Dans l'analyse de la situation actuelle en France, force est de constater que la question de la place des Musulmans dans notre société donne lieu à des débats souvent entachés d'une perspective biaisée, résultant de mécanismes subtils de stigmatisation. Il est impératif d'examiner de manière judicieuse ces pratiques, lesquelles tendent à marginaliser nos concitoyens musulmans à travers une simplification abusive de leur réalité.


La première manœuvre stratégique s'articule autour de l'essentialisation des Musulmans de France, les étiquetant parfois de manière réductrice en tant qu'islamistes, insinuant ainsi qu'ils évolueraient en marge de la société française. Cette vision tronquée va jusqu'à suggérer des inclinations antisémites et un rejet de la laïcité. Certains acteurs politiques, manifestement soucieux de leur popularité, ainsi que certains organes médiatiques, semblent instrumentaliser cette détestation persistante. Une dérive regrettable et récurrente.

 

Les sondages d'opinion, éléments cruciaux dans cette mise en scène, participent de manière déguisée à l'influence de l'opinion publique, plutôt que de chercher à la refléter objectivement.

 

Il convient de rappeler avec la plus grande fermeté que la loi, depuis 1872, prohibe toute incursion dans la sphère religieuse lors des recensements, la considérant comme relevant de la sphère privée. Ce principe a été explicitement réaffirmé par l'article 8 de la loi du 6 janvier 1978, qui interdit de façon catégorique la collecte de données personnelles révélant des origines raciales, ethniques, des opinions politiques, philosophiques ou religieuses.

 

Malgré cette norme juridique immuable, des enquêtes, à l'instar de celle publiée par l'IFOP le 8 décembre 2023 pour la chaîne Elmaniya.tv, semblent délibérément s'en affranchir en abordant des questions sensibles liées à la laïcité et à la place des religions dans la société. Est-il pertinent et responsable que de telles questions convoquant la religion sur un terrain quasi-politique soient ainsi traitées, avec pour résultat potentiel d’exacerber les tensions, dans le contexte actuel, au sein de la communauté nationale ?

 

Nous sommes en droit de nous interroger sur les motivations sous-jacentes à de telles publications. Il est particulièrement préoccupant de constater que deux enquêtes distinctes, publiées à dix jours d'intervalle par l'IFOP, pour des médias différents, émanent du même groupe de presse, évoquant ainsi une possible tentative d’influence.

 

Bien que les sondages prétendent représenter deux échantillons distincts, l'un de la population générale et l'autre de la population musulmane en France métropolitaine, il est judicieux de remettre en question la validité de ces échantillons, surtout lorsqu'ils sont issus d'un groupe de presse manifestement influent. Les sondages présentés comme des vérités absolues, en faisant la une de la presse, sont en réalité soumis à des biais de méthode et d’intention. Les personnes sondées avaient-elles l’entière connaissance des visées des enquêtes ? De quelles manières ont-elles donné leur consentement ?

 

Cela nous ramène au problème initial : la collecte de données sur les convictions de nature religieuse. Pour se justifier, l’IFOP invoque l’article 6 modifié de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, qui se trouve en réalité reproduit quasiment intégralement dans l'article 9 du règlement du 27 avril 2016 (RGPD), où il est énoncé de manière catégorique le principe d'interdiction du traitement des données personnelles révélant les convictions religieuses, avec des exceptions soigneusement énumérées.

 

À l’évidence, ces sondages poursuivent un objectif politique clair, et la Grande Mosquée de Paris s'engage résolument à s'opposer à toute tentative visant à exclure nos concitoyens musulmans de la communauté nationale.

 

Face à cette situation, je recommande vivement à tous les Musulmans de France de faire preuve d'une prudence éclairée avant de consentir à répondre à de tels sondages, protégeant ainsi leur droit à la vie privée et contribuant à mettre un terme à ces pratiques potentiellement biaisées.


À Paris le 16 janvier 2024


Chems-eddine Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris


 

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