top of page

Contacts

Addresse

Menu

Suivez-nous

contact@grandemosqueedeparis.fr

 

Tèl. (33) 1 45 35 97 33

 


 

2bis Pl. du Puits de l'Ermite, 75005 Paris

  • TIC Tac
  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc Twitter Icon
  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Icône YouTube
Rechercher

Le recteur Chems-eddine Hafiz auditionné par la CNCDH sur la lutte contre le racisme

Le recteur Chems-eddine Hafiz était auditionné ce mercredi matin par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) en vue de l'élaboration de son Rapport 2022 sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie.


Retranscription de son intervention :

CNCDH - Rapport lutte contre le racisme - Audition Chems-eddine Hafiz - janvier 2023
.pdf
Download PDF • 183KB

Mesdames, Messieurs,


Je souhaite tout d’abord remercier les membres ici présents de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et son président Maître Jean-Marie Burguburu.


Je vous remercie pour cette occasion qui m’est donnée de m’exprimer, ce matin, sur le sujet prioritaire de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, et de pouvoir ainsi contribuer au rapport annuel très attendu de la CNCDH.


La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie est l’une des nobles missions de la Commission.


Elle est aussi au cœur de mon engagement et de mon action à la tête de la Grande Mosquée de Paris.


*


Je vais entrer dans le vif du sujet par un tour d’horizon des données statistiques à notre disposition.


Ces éléments statistiques vous sont bien entendu connus, mais il me semble important de s’y arrêter quelques minutes afin de mettre en lumière certains enjeux et certaines conceptions que j’évoquerai plus en détail par la suite.


Selon le ministère de l’Intérieur, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 12 500 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux durant l’année 2021. Ces actes ont augmenté de 13% entre 2019 et 2021. Parmi eux, les injures, les provocations et les diffamations publiques représentent 65% des crimes ou des délits enregistrés « en raison de l'ethnie, de la nation, d'une prétendue race ou de la religion ».


En 2021, selon la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalement (PHAROS), 8 907 signalements ont été faits pour « provocation publique à la haine et à la discrimination raciale, ethnique ou religieuse » et 4 821 pour « injures et diffamations xénophobes ou discriminatoires ». Ces chiffres sont relativement stables depuis la création de la plateforme.


Selon la cellule « Anticipation & Analyse Sociétale » du Service central du renseignement territorial (SCRT), qui travaille sur le terrain, avec les représentants du culte musulman, 116 faits antimusulmans ont été recensés entre les mois de janvier et de juillet 2022. 49 de ces faits ont touchés des personnes, 67 ont touché des biens. En 2021, le nombre de ces faits s’élevait à 213, sur un total de 1 659 actes antireligieux. Le SCRT a observé un pic de faits antimusulmans au cours de l’année 2015, tout comme la plateforme PHAROS, ce qui les a amené à corréler pareille hausse aux terribles attentats survenus cette année-là.


Les statistiques que je viens de présenter sont nécessaires pour saisir l’évolution globale du racisme dans notre pays.


Nous en connaissons les limites, et parmi elles la difficulté à qualifier la nature des actes – j’y reviendrai – et à quantifier les actes qui ne font l’objet d’aucun signalement ni d’aucune plainte. D’après l’enquête « Cadre de vie et sécurité » du ministère de l’Intérieur, daté de 2020, seuls 2% des victimes d’injures et 14% des victimes de menaces à caractère raciste portent plainte.


*


Les représentations et les fédérations nationales du culte musulman ne disposent pas d’une structure fiable, à ce jour, qui pourrait recenser les actes commis contre nos concitoyens musulmans ou leurs lieux de culte.


Nous pouvons assez aisément constater une augmentation et une intensification dans le degré de violence des actes commis contre les lieux de culte musulman : incendies, dégradations matérielles, tags. La Grande Mosquée de Paris en a elle-même été l’objet avec des tags odieux découverts, en juillet 2021, sur les murs de l’annexe de son ancien centre de formation des imams à Martigues.


Au-delà, je n’ai pas de données inédites à vous présenter.


La Grande Mosquée de Paris et sa fédération, correspondant à plusieurs centaines de mosquées en France, représente toutefois une plateforme vers laquelle se tournent régulièrement les victimes et un réceptacle des sensibilités et des inquiétudes des musulmans dans notre pays.


C’est avec leur point de vue de la situation que je me présente devant vous aujourd’hui.


Lorsque nous parlons de racisme, nous parlons de faits, mais nous parlons aussi de ressenti, car ce ressenti a des incidences réelles. Les musulmans de France sont inquiets de l’évolution de la perception que leurs concitoyens ont d’eux et de leur religion. Ils sont troublés par la montée des discours médiatiques et politiques qui tendent, année après année, à les essentialiser, à les accuser de tous les maux et à les rejeter de la communauté nationale, de son histoire et de son présent.


Je rencontre chaque jour, à la Mosquée de Paris, des fidèles qui peuvent très bien avoir une vie parfaitement normale et confortable, une pratique religieuse respectueuse de tous, mais un sentiment de frustration voire d’insécurité engendré par le climat actuel.


Ce climat est en grande partie dû à la libération et à la banalisation d’une parole qui théorise, de manière pernicieuse, le déclin de la France et de son identité.


Il y a quelques jours, l’ancien candidat à la présidence de la République, Éric Zemmour, a été de nouveau condamné pour « provocation à la haine et à la violence » et « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur origine », après ses propos sur les mineurs isolés tenus le 29 novembre 2020 sur la chaîne CNews.


Nous pouvons nous féliciter que la justice ait joué son rôle, mais dans ce cas comme dans d’autres, le mal est fait.