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Sabil al-Iman, éclats spirituels de la semaine (n°2) - alif, la première lettre de l'alphabet arabe



Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d'Allah soient sur vous tous


La tradition islamique donne une place essentielle à la science des lettres ('ilm al ourouf), se rattachant à celle des nombres ('ilm al arkam) et à la connaissance des noms divins (asma el housna), car le Coran, révélation divine, est la parole même de Dieu.


Cette recherche a été menée depuis l'avènement de l'islam par des hommes comme Ibn-Arabi, Ibn-Khaldoun ou Al-Buni. Ce dernier disait : « Sache que les secrets de Dieu et les objets de sa science, les réalités subtiles et denses, les entités d'en haut, celles d'en bas et celles des mondes angéliques intermédiaires sont de deux catégories : il y a les nombres et les lettres. Les secrets des lettres sont dans les nombres, les épiphanies des nombres sont dans les entités spirituelles. Les lettres relèvent du cercle des réalités matérielles et intermédiaires ».


La première lettre de l'alphabet arabe est alif, valeur numérique "Un" qui est le symbole du Dieu unique. Celui dont nul être ne précède l'Être.


Pour René Guénon (Abdel Wahid Yahya), « l'alif est la lettre "polaire" » (qutbâniyah), première lettre de la Révélation coranique, dont la forme même est celle de l' « axe » suivant lequel s'accomplit l' « ordre » divin ; et la pointe supérieure de l'alif, qui est le « secret des secrets » (sirr al-asrâr) », 1 donc en valeur simple, 111 en compte développé, « signe » de la triple unité qui ne peut être réalisée que par l'axe suivant lequel s'accomplit « l'ordre » divin, selon René Guénon, et 1000 pour sa signification (alf en langue arabe désignant le nombre mille).


La remontée de cet axe s'effectue par une ascension décrite dans la sourate Al-Isrâ', « Le Voyage nocturne », qui a été révélée à La Mecque, après Sourate Al-Qasas. Comme la grande majorité des Sourates mecquoises, Al Isra' traite des questions de la religion. Elle compte précisément 111 versets. Cette ascension culmine dans la Gloire du Nom divin (111), « le Plus Élevé ».


L'autre sourate de 111 versets est la douzième du Coran : celle de Youcef « Joseph ». Prophète et fils du prophète Jacob (Ya'coub), Youcef se retrouve loin de son père et va vivre de nombreuses péripéties. La Sourate relate cette histoire et évoque la prosternation du Soleil, de la Lune et de onze étoiles devant le Pôle. « Un jour Joseph dit : Ô mon père ! j'ai vu onze étoiles et le soleil et la lune qui m'adoraient » (verset 4).


Cette Sourate retrace méthodiquement le cheminement initiatique, symbolisé par le cycle annuel qui trouve son aboutissement à l'axe polaire. Elle se termine par le verset suivant : « L'histoire des prophètes est remplie d'exemples instructifs pour les hommes doués de sens. Le livre n'est point un récit inventé à plaisir : il corrobore les Écritures révélées avant lui, il donne l'explication de toute chose, il est la direction et une preuve de la grâce divine pour les croyants » (verset 111). Voilà, ce que Dieu a déclaré à la fin de cette Sourate, s'adressant aux « hommes doués de sens ».


Cela peut être rébarbatif pour le non initié. Mais, ce symbolisme est simplement merveilleux.


Contemplons la calligraphie arabe, la lettre alif, encore elle, est l'élément qui détermine la taille des autres caractères qui suivent.


Al-Bunî disait : « Le alif est une lettre rectrice, les autres lettres ont été engendrées par lui. Il est leur ange. Il est l'équivalent de l'Intelligence, de la Science, du Trône, de la Tablette... La totalité des significations des lettres est contenue dans le alif qui est une synthèse des synthèses, les lettres contenant en elles la science ». Et plus loin Al.Bunî d'ajouter : « Le Prophète Muhammad a dit : l'existence toute entière fut instaurée par les noms ésotériques de Dieu, puis par ses Noms exotériques sacrés. Les noms ésotériques non vocalisés (soit les 14 lettres lumineuses) sont la racine de toute chose dans le monde d'ici-bas comme dans l'autre, ils sont le trésor du mystère de Dieu et de sa science. D'eux dérivent tous les Noms exotériques. Ils déterminent toute chose ; Dieu les a constitués « la Mère du Livre ». »


Dans Les Orients des lumières de Rajab Bôrsi, irakien qui mourut en Iran en 1411, livre traduit et commenté par Henri Corbin, il était dit : « C'est pourquoi l'Alif est la Parole dans laquelle s'épiphanise le Très Puissant par les secrets ésotériques voilés. D'où : quiconque connaît l'exotérique et l'ésotérique de la lettre Alif perçoit les secrets ésotériques isolés et les lumières cachées, parce que l'Alif est une lettre qui dérive de l'existence éternelle de l'Être Divin, et que le Tout dérive de cette lettre ».


Et Allah Lui Seul connaît le mystère de ces lettres !


Chems-eddine Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris


 

Pour approfondir ce sujet :


- Ahmad Al-Buni, "'Al-Kubra' Al-Ma'airf" (Le grand soleil des gnosies) (1928).

- Ahmad Al-Buni, "Al-Ruhani".

- Ahmad Al-Buni, "Al-iktida de Kabs", Manuscrits orientaux de l'Université de Durham.

- Edgar W. Francis, Tracer les frontières entre la magie. Les noms de Dieu dans les

écritures d'Al-Buni.

- René Guénon, Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme (1973).

- Ibn Khaldûn, "al-Muqaddima", chap. "al-sîmiyâ'.

- Pierre Lory, La science des lettres en Islam (2005).

- Abd ar-Rahman ibn Nassir as-Sa'di, Tafsir sourate Youssouf: Leçons bénéfiques du récit

de Joseph.

- Annemarie Schimmel, Le soufisme ou Les dimensions mystiques de l'islam (1996).

- Annemarie Schimmel, Terres d'Islam : aux sources de l'Orient musulman (1994).


 

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