En présence du ministre l'Intérieur, la 5e édition de l'Iftar des ambassadeurs
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La Grande Mosquée de Paris organisait ce soir la 5e édition de son Iftar des ambassadeurs, en présence du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Aux côtés de nombreux ambassadeurs et du recteur Chems-eddine Hafiz, des personnalités sont venues partager ce moment convivial du mois de #Ramadan, dont la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marie-Pierre Vedrenne, la maire de Paris Anne Hidalgo, le préfet d’Île-de-France et de Paris Marc Guillaume, le préfet de Police de Paris Patrice Faure, la maire du 5e Florence Berthout, l’ancienne ministre Ségolène Royal, la présidente de l’Institut du monde arabe, le directeur général de l’UNESCO, des députés, sénateurs et élus, et les représentants des cultes.
Participaient les ambassadrices et ambassadeurs d'Arabie Saoudite, du Bahreïn, du Bangladesh, des Comores, de Djibouti, d’Égypte, de Gambie, de Jordanie, du Kazakhstan, de la Ligue arabe, de Palestine, de la Ligue islamique mondiale, de Maurice, de Mauritanie, d’Oman, du Soudan, du Tadjikistan, de Tunisie, de Turquie, du Yémen, ainsi que des représentants de l’Algérie, de l’Azerbaïdjan, des Émirats Arabes Unis, du Gabon, de l’Irak, du Kosovo, du Maroc et du Tchad.
LE DISCOURS DU RECTEUR CHEMS-EDDINE HAFIZ
Monsieur le Ministre de l’Intérieur, cher Monsieur Laurent Nuñez ;
Madame Marie-Pierre Vedrenne, Ministre déléguée chargée de la Citoyenneté ;
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs – Excellences – Consuls et représentants du corps diplomatique ;
Monsieur Marc Guillaume, Préfet de Paris et d’Île-de-France ;
Monsieur Patrice Faure, Préfet de Police de Paris ;
Madame la Maire de Paris, chère Anne Hidalgo ;
Madame la Maire du 5e arrondissement de Paris, chère Florence Berthout ;
Mesdames et Messieurs les Députés, Sénateurs et élus de la République ;
Madame la Ministre Ségolène Royal, Présidente de l'association France-Algérie ;
Mesdames et Messieurs les responsables des cultes en France :
- Monseigneur Laurent Ulrich, Archevêque de Paris ;
- Monseigneur Dimitrios Ploumis, Métropolite de France ;
- Monsieur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France ;
- Monsieur Antony Boussemart, co-président de l’Union bouddhiste de France ;
- Père Christophe Le Sourt, Secrétaire général de la Conférence des évêques de France ;
- Monsieur le Grand-rabbin Moshe Lewin ;
- Messieurs les rabbins Moshe Sebbag et Dov Elbilia ;
- Père Jean-François Bour, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans ;
- Madame la Présidente de San Egidio France ;
- Monsieur Assani Fassassi, secrétaire général de la FFAIACA ;
- Messieurs les Aumôniers nationaux des Hôpitaux et de l’Armée ;
Madame Dora Cattuti, Conseillère de Monsieur le Président de la République ;
Mesdames et Messieurs les conseillers de Monsieur le Premier ministre, de Monsieur le Ministre de l’Intérieur et de Monsieur le Ministre des Affaires étrangères ;
Madame Pascale Léglise, Directrice des Libertés publiques et des Affaires juridiques
Monsieur Matthias Ott, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT ;
Madame Parvine Lacombe, Cheffe du Bureau central des cultes ;
Monsieur Sami Mesouaki, Chef du pôle islam du Bureau central des cultes ;
Madame Anne-Claire Legendre, Présidente de l’Institut du monde arabe ;
Monsieur Khaled El-Enany, Directeur général de l’UNESCO ;
Madame Aziza Benghabrit, fille de notre fondateur et premier recteur ;
Messieurs les imams ;
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
C’est avec conscience des défis de notre temps et confiance dans notre capacité à les relever ensemble, avec honneur et responsabilité, que nous nous retrouvons ce soir à la Grande Mosquée de Paris pour l’« Iftar des ambassadeurs ».
Cet iftar, qui en est à sa 5e édition, est désormais une tradition : je tiens à remercier vivement leurs excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, de répondre chaque année à mon invitation.
Nous nous retrouvons en ce lieu de paix, en ce mois de paix, et nos premières pensées se tournent vers le Moyen-Orient, où tant de familles vivent l’incertitude, la peur et la souffrance.
Nous regardons avec inquiétude les conflits qui ravagent aujourd’hui cette région du monde et nous prions pour que le dialogue prime sur la force : chaque destruction, chaque violence compromettent l’éclosion d’une paix durable.
Face à cette grave instabilité, les acteurs religieux doivent espérer ensemble que la sacralité de la vie humaine l’emportera sur la logique de la guerre.
À travers les valeurs de patience et de compassion du mois de Ramadan, à travers notre rassemblement ce soir, puissions-nous incarner la fraternité de tous les peuples.
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Le Ramadan est un temps d’élévation spirituelle, de maîtrise de soi, de partage et de sérénité.
Il invite chacun à purifier son âme, à élever son esprit et à s’ouvrir davantage à l’autre.
Votre présence, Monsieur le Ministre, honore cette maison et, au-delà, honore la République.
Elle témoigne d’une conviction essentielle : le dialogue entre l’État et les cultes n’est pas seulement une nécessité institutionnelle, il est une exigence morale et civique.
L’islam de France n’est pas un islam en marge.
Il est un islam pleinement inscrit dans l’histoire nationale, dans le cadre des lois de la République, dans le respect scrupuleux de la laïcité.
Cette laïcité, dont nous avons célébré le 120e anniversaire en décembre 2025, n’est pas l’effacement du fait religieux ; elle est la garantie précieuse de la liberté de conscience et de la coexistence harmonieuse des convictions.
Depuis trois ans, avec des imams, des intellectuels, des responsables des autres cultes de France, des hommes politiques, des hommes de terrain et des universitaires venus de divers horizons, nous avons mené un travail collectif exigeant.
Il a abouti, le 10 février dernier, à la publication de l’ouvrage Musulmans en Occident – Pratique cultuelle immuable, présence adaptée.
Ce livre n’est ni un manifeste politique ni une posture circonstancielle.
Il est le fruit d’une réflexion profonde sur la manière dont les musulmans vivant en Occident peuvent conjuguer fidélité aux principes cultuels immuables et adaptation éclairée aux réalités sociales, juridiques et culturelles de leurs pays.
Nous y affirmons avec clarté que l’islam, dans sa dimension spirituelle et éthique, est compatible avec les principes républicains.
Mieux encore : qu’il invite au respect des lois, à la loyauté envers la patrie et à la contribution active au bien commun.
Au cœur de cet ouvrage figure la Charte de Paris, texte d’engagement moral et civique.
Elle rappelle que le musulman de France est attaché à la dignité humaine, à l’égalité entre les citoyens, à la liberté de conscience, et qu’il refuse toute instrumentalisation politique de sa foi.
Monsieur le Ministre, je serai honoré de vous remettre officiellement ce soir un exemplaire de la Charte de Paris qui deviendra la référence de la contribution de la Grande Mosquée de Paris
Il symbolise notre volonté d’inscrire l’islam dans une dynamique constructive, apaisée et pleinement républicaine.
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En 2026, nous continuons de tracer cette inscription en convoquant aussi l’histoire : cette année du centenaire de la Grande Mosquée nous invite à la mémoire et à la reconnaissance.
Son inauguration en 1926 fut un acte républicain majeur.
La République a voulu offrir aux musulmans de France — notamment à ceux qui avaient versé leur sang pour elle — un lieu digne, visible et prestigieux pour prier et vivre leur culte.
Permettre aux musulmans de s’adonner à leur rite dans un site aussi emblématique, face au Jardin des Plantes, à deux pas de Notre-Dame de Paris et du Panthéon, est un symbole puissant.
C’est l’expression concrète d’une République qui reconnaît la pluralité de ses enfants et leur garantit la liberté de conscience dans le respect de ses principes.
Je forme le vœu que la mémoire de Si Kaddour Benghabrit, fondateur de cette institution, artisan du dialogue et serviteur fidèle de la France, puisse un jour recevoir l’hommage national qu’elle mérite.
Le Panthéon incarne cette gratitude que la Nation témoigne à celles et ceux qui l’ont honorée.
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La Grande Mosquée de Paris assume pleinement sa responsabilité morale et spirituelle dans le contexte actuel.
Elle lutte sans relâche contre toutes les formes de discrimination, qu’elles visent les musulmans ou tout autre citoyen.
Elle combat avec la même fermeté l’extrémisme religieux, et en particulier l’idéologie islamiste qui trahit les principes spirituels de l’islam et menace l’unité de notre pays.
Par son enseignement, par la formation des imams, par son travail théologique et par son engagement constant en faveur du dialogue interreligieux, elle se veut un phare pour les musulmans en France : un repère de mesure, d’équilibre et de fidélité aux valeurs républicaines.
Mais je ne saurais taire l’inquiétude profonde qui traverse aujourd’hui nos concitoyens de confession musulmane.
Nous assistons à une montée préoccupante des actes et des discours antimusulmans.
Les menaces, les agressions, les propos stigmatisants blessent et inquiètent.
Ils installent un climat délétère qui fragilise la cohésion nationale.
L’assassinat d’Aboubakar Cissé le 25 avril 2025 a profondément choqué nos concitoyens musulmans.
Un mois plus tard, le 31 mai 2025, celui d’un ressortissant tunisien, Monsieur Hichem Miraoui, tué par la malveillance raciste de son voisin, a ravivé le sentiment d’insécurité.
Au-delà des circonstances propres à chaque drame, ces actes ont été vécus comme le symptôme d’un environnement où la haine peut trouver un terrain fertile.
Nous le disons avec gravité : aucune vie ne doit être hiérarchisée.
Aucune foi ne doit exposer à la peur.
Lorsque des musulmans sont visés parce qu’ils sont musulmans, comme toute autre personne en raison de leur appartenance, c’est la République tout entière qui est atteinte.
Beaucoup de nos concitoyens musulmans ont aujourd’hui le sentiment d’être constamment sommés de se justifier, d’être perçus à travers le prisme de la suspicion.
Pourtant, ils sont médecins, magistrats, avocats, fonctionnaires, enseignants, ouvriers, entrepreneurs, chercheurs, fonctionnaires ; ils sont engagés dans la vie associative et solidaire ; ils sont profondément attachés à la France.
Ils ne se vivent pas comme des hôtes provisoires, mais comme des citoyens à part entière — français par le droit, par le cœur et par l’histoire.
Le désarroi est réel.
Le sentiment d’abandon également.
Il est de notre responsabilité collective — responsables religieux et responsables publics — de ne pas laisser prospérer ces fractures invisibles.
Très prochainement, la Grande Mosquée de Paris publiera un deuxième sondage, à la suite de l’ « Observatoire des discriminations envers les musulmans de France », qu’elle avait fait paraître avec l’Ifop en septembre 2025.
Ce nouveau sondage révèlera combien les citoyens de confession musulmane adhèrent aux valeurs républicaines, à sa devise de liberté, d’égalité et de fraternité, et au dialogue avec toutes les composantes de notre nation : 90 % des musulmans sondés estiment qu'il est parfaitement possible d'être intégré dans la société française tout en pratiquant leur religion.
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Monsieur le Ministre,
La Grande Mosquée de Paris agit dans de nombreux domaines : parmi ces chantiers majeurs se trouve l’avenir des imams en France.
Permettez-moi, par conséquent, d’évoquer la situation des imams anciennement détachés d’Algérie.
À partir de 1982, ces imams ont exercé leur mission dans nos mosquées avec sérieux, loyauté et dévouement.
Ils ont prêché un islam de mesure, de paix, respectueux des lois de la République.
Ils ont accompagné des générations de fidèles, apaisé des tensions, contribué à la stabilité de nombreux territoires.
Aujourd’hui, nous assurons le processus de passage à leur emploi local, mais certains rencontrent des difficultés importantes, voire vexatoires, pour l’obtention ou le renouvellement de leur titre de séjour.
Sans m’étendre sur ces mesures incompréhensibles, je citerai certaines situations iniques : obligations faites à certains imams de justifier leur présence en France alors qu’ils étaient détenteurs de titres de séjour, OQTF, assignation à résidence contraignant l’imam à se déplacer pour signer sur un registre.
57 imams, anciennement détachés par l’Etat Algérien, ont décidé de relever le défi pour se dévouer aux musulmans de France.
Pourquoi, à titre humanitaire, ne pas accélérer leur régulari-sation ?
Cette situation suscite incompréhension et inquiétude.
Il s’agit d’une question d’équité et de reconnaissance envers des hommes qui ont servi dignement le culte musulman en France pendant des décennies.
Les musulmans de France ont besoin d’eux, comme ils auront besoin des prochains imams et aumôniers formés en ce moment par notre École nationale Ibn Badis.
Je tiens également à souligner que, depuis le 9 janvier 2025, dans toutes les mosquées du réseau de la Grande Mosquée de Paris, les imams ont reçu instruction d’intégrer dans leur prêche du vendredi des prières explicites pour la protection de la France et du peuple français.
Chaque semaine, des invocations sont prononcées pour la paix, pour la sécurité de notre pays, pour la concorde entre ses enfants.
Ce geste n’est pas symbolique.
Il exprime une conviction religieuse profonde : aimer et protéger le pays dans lequel on vit relève de la responsabilité spirituelle du croyant.
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Monsieur le Ministre,
L’islam de France ne demande ni privilège ni traitement d’exception.
Il demande l’équité, la considération et le respect dus à tous les citoyens.
Il aspire à contribuer pleinement à la paix civile.
La République est forte lorsqu’elle protège sans distinction, rassure sans stigmatiser, unit sans uniformiser.
En ce mois béni du Ramadan, je forme le vœu que nous sachions, ensemble, dépasser les crispations, refuser les caricatures et œuvrer à une fraternité réelle — une fraternité non seulement inscrite au fronton de nos institutions, mais vécue concrètement dans les cœurs et dans les gestes.
Que cet iftar soit le symbole d’une table commune, autour de laquelle la République et tous ses enfants, dans leur diversité, partagent le même pain, la même confiance et le même destin.
À l’heure où la violence touche de nombreuses régions du monde, où le Moyen-Orient s’embrase, je souhaite dédier cette soirée à la mémoire de Leïla Shahid, dont la voix continuera de résonner pour que nous puissions toujours croire en des lendemains apaisés et plus justes.
Ramadan Moubarak à toutes et à tous.
Je vous remercie.












































































































