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Législatives 2024 : L'appel du recteur de la Grande Mosquée de Paris



À l'orée de cette élection décisive, notre nation se trouve à un carrefour déterminant. Les choix que nous ferons dessineront les contours de notre avenir commun. La montée du Rassemblement National, avec ses promesses de sécurité accrue, de protection de l'identité nationale et de restriction de l'immigration, impose une réflexion profonde sur les implications de ces politiques pour notre société et notre économie.

 

Le constat est amer : ni l'essor économique, ni l'éducation, ni la santé, ni l'environnement ne semblent peser dans les motivations. Le débat est dominé par des discours d'antisémitisme et d'islamophobie, prenant en otage notre futur national.

 

Cette vision binaire nous pousse à fermer nos portes, à ériger des barrières, à isoler et appauvrir notre tissu social. Un tel projet risque de transformer notre patrie en un État autoritaire, sacrifiant justice sociale, inclusion et croissance économique sur l'autel de la peur et de l'exclusion.

 

Ne laissons pas les démons de la haine irrationnelle nous diviser. En tant que recteur de la Grande Mosquée de Paris, lieu de sauvetage de nombreux juifs durant la Seconde Guerre mondiale, je m'adresse à mes compatriotes juifs, à mes amis, mes voisins et au-delà : l'ennemi n'est pas le musulman. L'islam n'est pas votre ennemi. L'histoire témoigne que, pendant des siècles, les gens du Livre ont trouvé refuge et considération dans les empires musulmans.

 

Réveillez-vous. Si l'antisémitisme est une réalité, il n'est pas l'apanage des musulmans, tout comme l'islamophobie n'est pas l'apanage des juifs. Ce n'est pas parce que des discours haineux persistent que cela devient une vérité.

 

Disons-le franchement : le conflit israélo-palestinien fausse le débat, mais je vous le dis, l'avenir de la France ne doit pas se jouer au Proche-Orient. Cette France, qui nous a réunis sous son emblème, mérite que nous placions son intérêt au-dessus de nos divergences. Souvenons-nous que ce qui distingue notre société, c'est son universalisme et les valeurs de la République qui nous protègent tous, tels que nous sommes. Ne livrons pas ces valeurs à des desseins obscurs.

 

Nous sommes soudés par une communauté de destin, comme l'atteste encore le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme publié hier : « L'année 2023 a vu une légère baisse de la tolérance envers les minorités juives et musulmanes, avec une tolérance de dix points inférieurs pour les musulmans ». Ce même rapport indique que « l'antisémitisme, plus ancré à droite qu'à gauche », n'est pas davantage présent chez les musulmans que dans le reste de notre société.

 

Ce même rapport révèle que 54 % des électeurs du RN se disent "racistes", sans honte. Les injures racistes se multiplient, et la parole haineuse s'est libérée depuis la victoire du RN aux élections européennes du 9 juin.

 

L'ancien Premier ministre Lionel Jospin a ainsi déclaré, avec gravité : « Nos compatriotes juifs ne seront jamais protégés par le RN, parti xénophobe et raciste, même si, conjoncturellement, il tourne son hostilité vers les musulmans et les Arabes ». Je vous exhorte à écouter également la voix de la grande journaliste Anne Sinclair, citant le pasteur allemand Martin Niemöller, qui, en 1945, a prononcé ces mots empreints de sombre prescience : « Quand ils sont venus chercher les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif. Puis, ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester ». Sinclair ajoute qu'elle ne voudrait pas qu'on dise un jour : « Quand ils sont venus chercher les musulmans, je n'ai rien dit ».

 

Indignez-vous, au nom de ce que le peuple juif a enduré sous une Europe gouvernée par l'extrême droite ultranationaliste le siècle dernier. Indignons-nous tous au nom de Jean Moulin, de Lucie et Raymond Aubrac, et de tant d'autres, à l'écoute du témoignage bouleversant de Mohamed Bouhafsi, victime de messages racistes répétés, qui réclame : « J'aimerais qu'on arrête de m'essentialiser ».

 

Sa parole, comme celle de Karim Rissouli, d'Azzeddine Ahmed-Chaouch et de tant d'autres, nous dit quelque chose de crucial également : un refus d'essentialisation. Nul n'a le droit de se prétendre porte-parole des musulmans en déformant la réalité de notre diversité politique, culturelle et cultuelle. Nous, Français musulmans, sommes multiples. Rien ni personne, ni un prédicateur, ni un homme politique, ni même une institution religieuse ne nous représente en tant que « communauté musulmane ». Car dans notre diversité, nous ne reconnaissons qu'une seule communauté : la communauté nationale avec tout ce que cette identité comporte de complexité et de richesse.

 

C'est pourquoi je m'adresse à tous mes concitoyens : pour l'amour de la France et de ses idéaux, ALLEZ VOTER.

 

Dites NON à la haine.


Le vendredi 28 juin 2024


Chems-eddine HAFIZ

Recteur de la Grande Mosquée de Paris



 

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L'APPEL DU RECTEUR - 28 JUIN 2024
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