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Hadiths apocryphes (n°12) - "Quiconque honore un dépôt en ce monde le verra, au Jour dernier, prendre forme humaine et implorer le pardon d’Allah en sa faveur"

il y a 1 heure
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Par Cheikh Rachid Benchikh

De nombreuses paroles circulent parmi les gens au sujet des mérites des bonnes œuvres. A première vue, elles semblent émaner de la lumière de l’enseignement prophétique. Pourtant, lorsqu’on les soumet à l’examen rigoureux de la science du hadith, leur caractère fallacieux apparaît au grand jour : il s’agit simplement de propos faussement attribués au Prophète ﷺ. Nous nous penchons aujourd’hui sur un hadith inventé et faussement attribué au Prophète bien-aimé, l’Élu ﷺ, qui traite de la confiance et de l’obligation de s’acquitter fidèlement des dépôts qui nous sont confiés. Il s’agit de cette parole que certains lui attribuent : « Quiconque honore un dépôt en ce monde le verra, au Jour dernier, prendre forme humaine et implorer le pardon d’Allah en sa faveur. »


Il ne fait aucun doute que le respect des dépôts confiés constitue l’une des plus nobles vertus morales auxquelles l’islam appelle, et que la fidélité aux engagements est l’un des signes de la foi et de la noblesse de caractère. C’est pourquoi de nombreux versets coraniques et hadiths prophétiques exhortent les croyants à s’acquitter fidèlement de ce qui leur est confié et les mettent en garde contre toute forme de trahison. Toutefois, la justesse du sens d’une parole attribuée au Prophète ﷺ ne garantit pas nécessairement l’authenticité de cette attribution. En effet, l’authenticité d’un hadith ne saurait être établie sur la seule base de la pertinence de son contenu, mais repose exclusivement sur une transmission dûment authentifiée.


C’est donc à la lumière de la science de la terminologie du hadith que nous examinerons cette parole, afin de découvrir ce qu’en ont dit les savants spécialistes du hadith.


Historique


Les savants ont établi qu’il s’agit d’un hadith inventé et mensongèrement attribué au Prophète ﷺ. En toute rigueur scientifique, il convient d’affirmer que cette parole, dans sa formulation précitée, n’est pas authentiquement rapportée du Prophète ﷺ. Il n’est donc pas permis de la diffuser en la présentant comme un hadith prophétique.


Si cette parole s’est largement répandue, c’est sans doute parce que son sens général séduit les cœurs. En effet, la fidélité aux dépôts confiés est une vertu dont les différentes traditions religieuses et la raison humaine reconnaissent unanimement les mérites. De plus, la représentation de ce dépôt, au Jour de la Résurrection, sous les traits d’une personne implorant le pardon d’Allah en faveur de celui qui s’en est acquitté, confère à cette parole une force évocatrice et une charge émotionnelle qui favorisent sa diffusion dans les sermons et les exhortations religieuses. C’est ici qu’apparaît l’un des principes fondamentaux sur lesquels repose cette série : toute parole porteuse d’un sens juste n’est pas nécessairement un hadith, et toute sagesse édifiante ne relève pas nécessairement de la Sunna prophétique.


A la lumière de la Sunna authentiquement transmise


Si nous délaissons cette formulation dont l’authenticité n’est pas établie pour revenir au Noble Coran et à la Sunna authentique, nous constatons que la place éminente qu’occupe le respect des dépôts confiés est telle qu’elle n’a nul besoin de s’appuyer sur un récit non authentifié.

 

En effet, Allah, le Très-Haut, a expressément ordonné dans le Coran de restituer les dépôts à leurs ayants droit. Il dit, exalté soit-Il : « Certes, Allah vous commande de restituer les dépôts à leurs ayants droit. »  (En-Nisa’, verset 58)


Ce verset ne présente pas la fidélité aux dépôts confiés comme une simple vertu recommandée dans les relations humaines. Il l’érige en un commandement divin explicite, comme en témoigne l’expression : « vous commande », qui souligne toute l’importance et la noblesse de cette obligation.


En islam, la notion de dépôt confié (amana) ne se limite pas aux biens matériels qu’une personne remet à la garde d’autrui. Elle englobe aussi bien les droits du Seigneur que ceux de Ses serviteurs. Elle comprend les actes d’adoration et les responsabilités dont Allah a chargé l’être humain, ainsi que les biens confiés en dépôt, les richesses, les secrets, les engagements, les fonctions d’autorité et bien d’autres obligations. C’est pourquoi la Sunna prophétique est venue confirmer ce principe sous de multiples aspects.


Lorsque Abou Dharr, qu’Allah l’agrée, demanda au Prophète ﷺ de lui confier une fonction d’autorité, celui-ci lui répondit : « Ô Abou Dharr ! Tu es faible, et cette charge est un dépôt confié. Au Jour de la Résurrection, elle sera source d’humiliation et de regret, sauf pour celui qui l’aura assumée à bon droit et se sera acquitté des obligations qui lui incombent. »


Ce hadith authentique, rapporté par Mouslim, met particulièrement en lumière la gravité des responsabilités liées aux dépôts confiés, notamment lorsqu’il s’agit d’exercer une autorité sur autrui.


Le Prophète ﷺ ne présente donc pas ici la fidélité aux dépôts confiés comme une simple vertu morale, mais l’associe à la responsabilité et à la reddition des comptes au Jour de la Résurrection.


Un enseignement authentique tiré de la Sunna prophétique


Si l’objectif de la parole largement répandue est de souligner l’importance de la fidélité aux dépôts confiés et la récompense réservée à ceux qui s’en acquittent, la Sunna authentique nous dispense de recourir à ce récit, puisqu’elle nous offre des enseignements bien mieux établis et plus éloquents. Parmi ceux-ci figure ce hadith rapporté par Abou Daoûd et Et-Tirmidhî, d’après Abou Hourayra, qu’Allah l’agrée, selon lequel le Prophète ﷺ a dit : « Restitue le dépôt à celui qui te l’a confié, et ne trahis pas celui qui t’a trahi. »


Ce hadith énonce un principe fondamental et universel en matière de relations humaines : le croyant ne saurait prendre la trahison d’autrui pour prétexte à sa propre trahison, ni répondre à une faute par une autre. Il demeure fidèle à l’exigence morale de loyauté et au respect des dépôts qui lui sont confiés, même lorsque l’autre partie manque elle-même à ses engagements.


Parmi les hadiths authentiques figure également celui rapporté par El-Boukhârî, d’après Abou Hurayra, qu’Allah l’agrée, selon lequel le Prophète ﷺ a dit : « Lorsque les dépôts confiés seront trahis, attends-toi à l’avènement de l’Heure. » On lui demanda : « Ô Messager d’Allah ! Comment seront-ils trahis ? »


Il répondit : « Lorsque les responsabilités seront confiées à ceux qui n’en sont pas dignes, attends-toi à l’avènement de l’Heure. »


Dans ce hadith, la notion de dépôt confié (Amana) revêt une portée plus large, puisqu’elle englobe les responsabilités publiques, les fonctions d’autorité et les diverses charges confiées à l’être humain. Elle ne se limite donc pas à un bien matériel placé sous la garde d’autrui, mais s’étend à toute responsabilité qui doit être confiée à une personne digne de l’assumer et capable de s’en acquitter. Les savants se sont ainsi appuyés sur ce hadith pour souligner la gravité du fait de confier des responsabilités à des personnes qui ne sont pas qualifiées pour les exercer.


 Il apparaît dès lors que la Sunna authentique ne se contente pas d’aborder la fidélité aux dépôts confiés sous sa seule dimension individuelle, mais en fait également l’un des fondements essentiels de la bonne marche de la société.


Entre la beauté du sens et la rigueur dans l’attribution des propos au Prophète ﷺ


D’aucuns pourraient objecter : si la fidélité aux dépôts confiés est une vertu dont les mérites sont établis par le Coran et la Sunna, quel mal y aurait-il à diffuser cette parole ?


La réponse est que le problème ne réside pas dans la justesse de son sens, mais dans l’attribution au Messager d’Allah ﷺ de propos dont l’authenticité n’est pas établie. Le Prophète ﷺ a en effet dit : « Quiconque m’attribue délibérément un mensonge, qu’il prépare sa place en Enfer. »


C’est pourquoi les savants spécialistes du hadith ont toujours fait preuve de la plus grande rigueur dans l’attribution des paroles au Messager d’Allah ﷺ, afin d’éviter que la Sunna authentique ne soit confondue avec des maximes, des exhortations et des paroles apparues au cours des époques ultérieures.


Cela ne signifie nullement que toute parole de sagesse non rapportée du Prophète ﷺ soit dépourvue de valeur ou de vérité. Une parole peut être sage, juste et conforme aux enseignements de l’islam, tout en demeurant une maxime ou une parole de sagesse. La justesse de son sens ne suffit pas, à elle seule, à lui conférer le statut de hadith prophétique. C’est là un principe fondamental de notre projet intitulé « Des hadiths inventés à la lumière des enseignements authentiques de la Sunna » : notre démarche ne consiste pas à remettre en cause la justesse d’un enseignement, mais à rectifier la manière dont celui-ci est transmis aux croyants.


En conclusion


La parole : « Quiconque honore un dépôt en ce monde le verra, au Jour dernier, prendre forme humaine et implorer le pardon d’Allah en sa faveur. » N’est pas authentiquement rapportée du Prophète ﷺ dans cette formulation. Il ne convient donc pas de la diffuser en la présentant comme un hadith prophétique.


Quant au principe fondamental qu’elle évoque, à savoir le mérite de la fidélité aux dépôts confiés, son importance éminente et la gravité de tout manquement à cette obligation, il est solidement établi par des preuves explicites tirées du Noble Coran et de la Sunna authentique.


Les enseignements authentiquement transmis nous offrent des preuves bien plus riches et plus éloquentes. Allah, le Très-Haut, dit : « Certes, Allah vous commande de restituer les dépôts à leurs ayants droit. » (En-Nisa’ verset 58)


De même, le Prophète ﷺ a dit : « Cette charge est un dépôt confié. Au Jour de la Résurrection, elle sera source d’humiliation et de regret, sauf pour celui qui l’aura assumée à bon droit et se sera acquitté des obligations qui lui incombent. »


Ainsi, si notre objectif est d’inculquer aux croyants le sens de la fidélité aux dépôts confiés, nul besoin de recourir à un hadith dont l’authenticité n’est pas établie, alors que le Coran et la Sunna authentique nous offrent des enseignements plus éloquents, plus fiables et d’une portée bien plus profonde.


A l’aune des enseignements de l’islam, la fidélité aux dépôts confiés ne relève pas uniquement de la morale : elle constitue une exigence de la foi, une responsabilité et un engagement solennel dont chacun devra répondre devant Dieu, au Jour où les hommes se tiendront debout devant le Seigneur des mondes.



*Article paru ans le n°122 de notre magazine Iqra.

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