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Le billet du Recteur (n°100) - À l’aube de l’Aïd : du prétoire au mihrab, un chemin de grâce

  • il y a 30 minutes
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À l’approche de la fin de ce mois béni de Ramadan — temps de recueillement, de discipline intérieure et de proximité avec le Divin — je souhaite partager une réflexion qui me tient profondément à cœur.


J’ai exercé la profession d’avocat pendant de longues années, avec la même sincérité qui m’accompagne aujourd’hui. Le droit est une noble vocation : défendre, plaider, protéger la dignité humaine face à l’arbitraire. Chaque dossier entraînait une confiance ; chaque audience, une responsabilité. J’y ai appris l’écoute, la rigueur, l’art d’une argumentation solide, et surtout l’humilité du service rendu aux autres.


La vie, dans sa sagesse, m’a ensuite conduit sur un autre chemin.


Aujourd’hui, c’est depuis la Grande Mosquée de Paris que je me consacre au service de notre communauté. Ce rôle, que je n’ai jamais recherché mais que j’essaie chaque jour de mériter, est pour moi un immense privilège. Accueillir vos prières quotidiennes, la prière du vendredi, et célébrer avec vous nos grandes fêtes — en particulier l’Aïd el-Fitr qui approche — est une source de joie spirituelle que rien d’autre ne peut remplacer.

 

Voir cette maison de Dieu vibrer de vos visages et de vos cœurs m’émeut profondément.


Permettez-moi d’éclairer ces sentiments par deux paroles qui nous guident. Le Très-Haut dit dans le Coran : « Et cherchez secours dans la patience et la prière ; certes, cela est lourd et ferme de cœur » (Sourate Al-Baqarah, 2:45). Ce verset nous rappelle que la patience et la prière sont des soutiens essentiels dans l’épreuve et la persévérance spirituelle.


Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a également enseigné : « Le meilleur des hommes est celui qui est le plus utile aux autres » (hadith rapporté dans divers recueils). Cette parole éclaire le lien entre humilité, service et responsabilité sociale qui a toujours inspiré mon engagement, au barreau comme ici, au mihrab.


Mon devoir ne se limite pas à l’accueil. Il englobe aussi l’accompagnement et la coordination de nos imams — hommes de foi et de savoir — dont j’ai la responsabilité de soutenir la mission. Former des imams dans une République laïque comme la nôtre est une tâche délicate et essentielle : il s’agit de préparer des guides spirituels solidement ancrés dans leur foi, capables de répondre aux questionnements contemporains et respectueux du cadre républicain. C’est un équilibre exigeant ; c’est aussi ce qui confère au modèle que nous portons ici, au sein de la plus ancienne grande mosquée de France, sa singularité et sa grandeur.


La Grande Mosquée de Paris défend la dignité de nos concitoyens musulmans et se veut la gardienne vigilante contre toutes les discriminations. Face à la montée des actes antimusulmans, nous agissons avec fermeté, sans réserve car les musulmans sont des citoyens à part entière et nous dénonçons sans réserve toute discrimination d’une composante de notre communauté nationale. Il s’agit pour nous d’un devoir de protection et de solidarité envers toutes les personnes qui subissent des discriminations.


Du prétoire au mihrab, ma vocation n’a pas changé : j’ai toujours servi. Aujourd’hui, je sers avec la conviction que mon engagement dépasse ma seule personne et vise le bien commun de notre communauté et de notre pays.


En ce Ramadan qui s’achève, recevez mes vœux les plus chaleureux. Que l’Aïd el-Fitr soit pour chacun d’entre vous une fête de lumière, de partage et de renouveau. Que vos jeûnes, vos prières et vos efforts soient agréés.


Kul ’am wa antum bi-khayr — que chaque année vous trouve en paix et en santé.



À Paris, le 18 mars 2026


Chems-eddine Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris




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