Résonances abrahamiques (n°28) - La nature dans la Bible
- 3 mai
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Par Raphaël Georgy
Comme dans l’islam, la Bible consacre à la nature une riche méditation : celle de l’humanité qui s’interroge sur sa place dans le monde et devant Dieu.
Seul face à l’immensité d’un ciel étoilé, l’homme s’interroge face à Dieu : « À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? », lit-on dans le Psaume 8. La Bible reflète cette méditation universelle et intemporelle. Car tous les environnements ne sont pas propices à la vie humaine. Le désert aride est souvent présenté dans la Bible comme un lieu d’épreuve, mais aussi de purification et de rencontre avec Dieu. Dans les évangiles, Jésus se retire 40 jours dans le désert, où il jeûne et reprend force pour sa prédication.
Mais où est donc Dieu ? Dans les orages tonitruants ? Dans la foudre ? Un passage de la Bible, dans le premier Livre des Rois, suggère l’inverse. « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. Il y eut un vent grand et fort, renversant les montagnes et fracassant les rochers devant le Seigneur, le Seigneur n'était pas dans le vent. Et après le vent, il y eut un tremblement de terre, le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, il y eut un feu, le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, un bruit doux et subtil (qol demamah daqqah) ».
Dans la nature, l’homme se voit prendre de l’âge alors que les saisons passent, à l’infini. « Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est pas remplie, vers le lieu où vont les fleuves, là, ils retournent pour aller », médite le livre de Qohélet ou l’Ecclésiaste. « Il y a un temps pour tout… un temps pour planter et un temps pour arracher le plant… » La vie humaine paraît vaine, à première vue, alors que l’homme s’interroge sur ses origines. Le livre de la Genèse indique que « Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ». Et sur les origines du monde ?
L’observation de l’univers fait dire à l’homme : « Tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids », lit-on au livre de la Sagesse. Celui des Proverbes développe ce thème en mettant en scène la sagesse divine comme architecte de l’univers : « Le Seigneur m'a engendrée, prémices de son activité, prélude à ses œuvres anciennes. Dès l'éternité je fus sacrée… Quand il fixa les cieux, j'étais là… j'étais à ses côtés comme un maître d'œuvre, je faisais ses délices, jour après jour, jouant en sa présence en tout temps, jouant dans son univers terrestre ; et je trouve mes délices parmi les enfants des hommes » (Pr 8,22-31).
Dans la Bible comme dans le Coran, la Création est parfaite et le jardin d’Éden en est l’image idéale. « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait modelé, lit-on au livre de la Genèse. Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toute espèce d'arbres séduisants à voir et bons à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras… ». En hébreu, le mot ‘eden signifie « délices ». Les mystiques juifs ont vu dans ce Jardin d’Éden deux réalités : une partie spirituelle et une partie terrestre.

Après la Création, l’arc-en-ciel est le symbole que Dieu reste fidèle : « Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous, ainsi que tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir : je place mon arc dans la nuée, et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre… L'arc sera dans la nuée, et je le regarderai pour me souvenir de l'alliance perpétuelle entre Dieu et tous les êtres vivants qui sont sur la terre. » C’est la première alliance biblique qui s’étend à tout l’univers, tous les êtres vivants, sans distinction.
La nature devient dans le christianisme un « livre du monde », à côté des Écritures bibliques. « Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l'œuvre de ses mains. Le jour au jour en livre le récit, la nuit à la nuit transmet la connaissance. Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende ; mais sur toute la terre en paraît le message » (Psaume 19,2-5).
Le livre de la Sagesse critique néanmoins l’idolâtrie de la nature, en appelant à distinguer le Créateur des créatures : « De la grandeur et de la beauté des créatures, par analogie, on contemple leur Auteur ». Le livre de la Genèse le confirme : le soleil, la lune, les astres sont des « luminaires », des « signes » qui renvoient vers Dieu.
Les auteurs bibliques mobilisent des animaux qu’ils dotent d’une forte symbolique. Dans le livre de la Genèse, le serpent est le tentateur. Dans les évangiles, Jésus est assimilé à « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Après le Déluge et l’épisode de l’arche de Noé, une colombe ramène un rameau d’olivier pour annoncer le début d’une paix qui s’étend au monde entier. Au baptême de Jésus, la Bible affirme que « l'Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe ».

Les espèces végétales, à leur tour, sont utilisées par Jésus dans ses enseignements imagés : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit ». Sans parler des paraboles du semeur, du grain de moutarde, ou du grain de blé : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit », où Jésus affirme la valeur du don de soi pour les autres.
Les Évangiles attribuent également à Jésus des miracles liés à la nature dans des récits hautement symboliques. Le récit de la marche sur les eaux est une manière d’exprimer que Jésus domine les forces du mal, alors associées au monde marin.
L’usage poétique de la nature trouve peut-être son point culminant dans le Cantique des cantiques, qui raconte une histoire d’amour passionnée entre deux amants. Inclus tardivement dans la Bible, ce livre est interprété par les traditions juive et chrétienne comme l'union de Dieu et de son peuple. « L'hiver est passé…les fleurs paraissent sur la terre, le temps des chansons est arrivé, la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes, le figuier embaume ses fruits, et les vignes en fleur exhalent leur parfum. »
Enfin, la Bible mobilise les images naturelles pour décrire l’espérance du monde à venir, empreint de justice et de paix. « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâture… Il n'y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte, car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. »
Dans un contexte de domination romaine, la Bible ouvre un horizon sur un monde totalement transfiguré. Le monde devient une cité-jardin où Dieu habitera avec les hommes. « Le désert et la terre aride se réjouiront, la solitude tressaillira d'allégresse et fleurira comme un narcisse, elle se couvrira de fleurs et tressaillira d'allégresse, avec chants de triomphe et cris de joie. » La nature et l’humanité ne font alors plus qu’un. Comme le dit le Psaume 92 : « Le juste fleurira comme le palmier ».
*Article paru dans le n°108 de notre magazine Iqra.
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