Le billet du Recteur (n°122) - Renouer les fils du dialogue

Depuis la fin du mois de septembre, nos lycées traversent des jours difficiles. Parti d'un établissement de Créteil, le mouvement s'est étendu à des centaines de lycées partout en France. Blocages, cortèges, fermetures par précaution. Bien des familles vivent ces semaines dans l'inquiétude.
Des élèves parlent de classes surchargées, de professeurs absents qui ne sont pas remplacés, de bâtiments vétustes. Cette parole mérite d'être entendue.
Au fond, beaucoup de ces jeunes demandent une école qui tienne ses promesses.
Il y a aussi les images qui blessent : des feux, des projectiles, des affrontements.
Des jeunes blessés, parfois gravement.
Des policiers et des gendarmes blessés, eux aussi.
Des milliers d'interpellations, pour la plupart de mineurs.
Derrière chacun de ces chiffres, il y a un visage, et des parents qui attendent un appel.
Devant une telle crise, on est tenté de choisir son camp, de ne voir dans cette jeunesse qu'une foule à contenir ou dans les forces de l'ordre qu'un adversaire, et de chercher des coupables avant de chercher des solutions.
Il faut refuser ces réflexes qui divisent et ces lectures trop simplistes.
Notre responsabilité collective est de faire baisser la tension sans étouffer la parole, de protéger chacun sans opposer les uns aux autres, et de renouer le dialogue.
Le Coran éclaire ce chemin.
S'adressant au Prophète, que la paix et le salut soient sur lui, il dit : « C'est par une miséricorde de Dieu que tu t'es montré doux envers eux. Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient dispersés loin de toi. Pardonne-leur, implore pour eux le pardon, et consulte-les sur les affaires » (Âl 'Imrân, 3:159).
Ce verset est descendu au lendemain de la bataille d'Uhud en 625.
Des compagnons avaient failli, et l'épreuve avait été lourde.
Il aurait été facile de les tenir à l'écart.
Dieu demande au contraire la douceur, le pardon et la consultation.
Une autorité qui écoute ne perd rien de sa force, et elle gagne la confiance de ceux qu'elle sert.
Cette leçon s'adresse d'abord aux adultes que nous sommes : parents, enseignants, responsables publics, responsables religieux.
Le Prophète de l’islam, que la paix et le salut soient sur lui, disait : « La douceur n'est jamais présente dans une chose sans l'embellir, et elle n'en est jamais retirée sans l'enlaidir. »
Elle s'adresse aussi aux jeunes.
La colère peut avoir ses raisons.
Elle ne justifie jamais la violence.
Le Prophète, que la paix et le salut soient sur lui, enseignait : « Le fort n'est pas celui qui terrasse les autres. Le fort est celui qui se maîtrise au moment de la colère. »
Un établissement dégradé, une personne blessée : la violence ne fait avancer aucune cause. Elle fait seulement oublier ce que l'on voulait dire.
Les désaccords et les revendications doivent pouvoir s'exprimer librement, mais jamais par la violence.
Entre les générations, le Prophète que la paix et le salut soient sur lui, a posé une règle simple : « N'est pas des nôtres celui qui n'a pas de miséricorde pour nos petits et qui ne respecte pas nos aînés. »
La miséricorde va vers les plus jeunes, le respect vers les aînés. Si l'un des deux vient à manquer, le lien se défait.
C'est ce lien qu'il nous faut aujourd'hui retisser.
L'école de la République est notre bien commun.
Des enfants de toutes origines, de toutes conditions, croyants ou non, y apprennent côte à côte. Elle a besoin de moyens, elle a aussi besoin de calme, de sérénité, et elle mérite que chacun fasse un pas.
Dans nos mosquées, nos imams porteront ce message d'apaisement.
Aux parents, je demande de parler avec leurs enfants et de les écouter avant de les juger.
Aux jeunes, je demande de croire que leur voix compte davantage lorsqu'elle reste pacifique.
La sécurité de nos enfants, leur avenir et leur confiance doivent nous rassembler.
Il est temps de renouer les fils du dialogue, avec sérénité, responsabilité et respect, dans le seul intérêt de nos enfants.
À Paris, le 7 octobre 2026
Chems-eddine Hafiz
Recteur de la Grande Mosquée de Paris
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