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Mémoire et reconnaissance : le sacrifice des musulmans pour la France durant la Grande Guerre

Dernière mise à jour : 12 nov.

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En ce jour solennel du 11 novembre, où la Nation se recueille pour honorer le souvenir de ceux qui sont tombés pour la France, notre devoir de mémoire nous impose une reconnaissance pleine et entière. Il ne s’agit pas seulement de commémorer la fin des combats, mais de se souvenir de tous les sacrifices qui ont cimenté notre liberté. Parmi ces héros, une place d’honneur doit être réservée aux milliers de soldats et de travailleurs musulmans, venus des confins de l’Empire, qui ont payé un lourd tribut à la victoire.


Leur engagement fut massif et diversifié. Au total, près de 600 000 hommes, qualifiés alors d’« indigènes », furent incorporés dans les forces françaises, dont une majorité de confession musulmane, principalement originaires d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc) et d’Afrique subsaharienne. Ces hommes, dont l’histoire est parfois restée dans l’ombre, ont pourtant constitué une force vitale voire déterminante pour l’effort de guerre.


Dès 1856, l’ « Armée d’Afrique du Nord » avait été constituée : le zouave du pont de l’Alma immortalise leur héroïsme en Crimée, qui fut suivi d’autres combats, au Mexique ou durant le sanglant conflit de 1870. Lorsque la guerre éclate entre la France et l’Allemagne en août 1914, les soldats musulmans sont donc mobilisés dès les premières batailles de l’Yser, de la Marne ou de l’Argonne. Puis vint le temps des tranchées inhumaines, des bombardements continus, des gaz mortels, des affrontements titanesques, de la mort industrielle.


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Le prix de leur loyauté fut terrible. Ces hommes, souvent considérés comme de la « chair à canon » par les états-majors, furent exposés de manière disproportionnée aux combats les plus violents. Les estimations historiques indiquent qu’entre 70 000 et 100 000 combattants musulmans ont perdu la vie pour la France durant la Première Guerre mondiale. Ce sont des dizaines de milliers de destins brisés, de familles endeuillées, dont le sacrifice s’est accompli sur les champs de bataille les plus meurtriers.


Sur le front, ces hommes se sont illustrés par leur courage et leur détermination. Les Tirailleurs algériens, tunisiens et sénégalais, ainsi que les Spahis et les Fantassins marocains, ont tenu des positions cruciales et participé aux offensives majeures, de Verdun au Chemin des Dames. Ils ont combattu pour une terre qui n’était pas la leur, mais dont ils ont défendu les valeurs avec foi et honneur.


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Leur contribution ne se limita pas aux tranchées. À l’arrière, environ 140 000 Maghrébins furent mobilisés comme travailleurs dans les usines et les champs, palliant le manque de main-d’œuvre et assurant la production essentielle à la survie du pays. Leur sueur et leur labeur furent aussi indispensables que le sang versé au combat.


« Je ne sais par quelle espèce de monument le pays élèvera plus tard en souvenir de cette lutte acharnée. »

PIERRE TEILHARD DE CHARDIN, PRÊTRE, PHILOSOPHE ET SCIENTIFIQUE, BRANCARDIER AU 8 RÉGIMENT DE MARCHE DE TIRAILLEURS MAROCAINS

 

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Dès le début du conflit, la Nation a manifesté les premiers signes de reconnaissance. Des aménagements furent mis en place pour respecter la pratique religieuse, notamment durant le Ramadan. Surtout, pour honorer les défunts, des carrés militaires dédiés furent créés, comme celui de Douaumont, où près de 600 stèles orientées vers La Mecque perpétuent leur mémoire.


Plus récemment, en juin 2006, le Président Jacques Chirac a inauguré à Verdun un mémorial dédié aux combattants musulmans, soulignant l’importance de cette reconnaissance tardive pour l’Histoire de France. 


« Durant cette interminable année 1916, toute la France était à Verdun, et Verdun était devenu toute la France (…). L'armée de Verdun, c'était l'armée du peuple, et tout le peuple y prenait sa part. C'était la France, dans sa diversité. »

JACQUES CHIRAC, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE À L’INAUGURATION DU MÉMORIAL AUX SOLDATS MUSULMANS EN 2006


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Le témoignage le plus durable de cette reconnaissance est sans doute la Grande Mosquée de Paris. Érigée en hommage aux milliers de soldats musulmans tombés pour la France, elle fut inaugurée en 1926. Ce monument, plus qu’un lieu de culte, se dresse aujourd’hui comme un symbole de mémoire et de gratitude, un rappel tangible de la dette contractée par la République envers ses fils musulmans.


« Si la Guerre a scellé sur les champs de bataille la fraternité franco-musulmane et si des centaines de milliers de nos sujets et protégés sont morts au service d’une patrie désormais commune, cette patrie doit tenir à honneur et par des actes sa reconnaissance et son souvenir. »

HUBERT LYAUTEY, MARÉCHAL, ANCIEN MINISTRE DE LA GUERRE LORS DE LA POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DE LA GRANDE MOSQUÉE DE PARIS EN 1922


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En nous souvenant de leur sacrifice, nous honorons non seulement leur mémoire, mais nous réaffirmons aussi que l’Histoire de France est une histoire partagée, tissée par les contributions de tous ses enfants, quelle que soit leur origine ou leur confession. Leur loyauté, gravée dans les pages de la Grande Guerre, est un héritage précieux qui nous engage tous au devoir d’unité et de reconnaissance.

 

Chems-eddine Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris



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