Notre mosquée (n°84) - Septembre, un centenaire au rythme international

Par Nassera Benamra
Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris ne se célèbre pas uniquement à travers les récits de son histoire ou des évènements organisés entre ses murs. Au fil des mois, cet anniversaire donne aussi à voir une Grande Mosquée ouverte sur le monde, attentive aux cultures, aux savoirs et aux expressions du patrimoine musulman dans leur diversité.
Ce mois de septembre en a particulièrement témoigné, de l’art du jardin oriental à la calligraphie arabe, du Coran à la formation des futurs acteurs du culte musulman, plusieurs rendez-vous ont réuni des participants venus de différents horizons et donné à ce centenaire une dimension résolument internationale.
De Berlin à Paris, un jardin au cœur du centenaire
Le 17 septembre, la Grande Mosquée de Paris inaugurait l’exposition « Le Jardin Oriental-Islamique de Berlin » qui dure jusqu’au 15 octobre, de l’architecte paysagiste Kamel Louafi, en présence de l’artiste, qui a présenté son travail.
Inspiré des grandes traditions paysagères du monde musulman, de Tlemcen à l’Alhambra, ce jardin conçu à Berlin raconte à sa manière les traversées culturelles entre les rives de la Méditerranée et l’Europe. A travers cette exposition, la Grande Mosquée accueille ainsi une création qui fait dialoguer plusieurs géographies.

Cette exposition a permis l’expression de la verdure et du décor du jardin, de dialoguer avec un langage artistique, à travers un espace où l’Orient et l’Occident peuvent se rencontrer autour d’une même sensibilité au paysage, à la mémoire et à la beauté.
La calligraphie, un langage sans frontières
Quelques jours plus tard, la dimension internationale du centenaire s’est affirmée avec la première édition du Concours international de calligraphie arabe de la Grande Mosquée de Paris, une première en Europe. Un concours né d’une idée et d’un titre inspiré d’une lettre « ن » (Noun). Car tout le secret de cet art semble commencer par ce point qui se trouve sur cette lettre. Dans son mot d’ouverture, le Recteur l’a rappelé : « d’un point naissent des formes géométriques calculées, et c’est à partir de ces formes que la calligraphie se construit. »

Des candidats issus de 32 pays ont participé à cette initiative, qui a permis de réunir à Paris des calligraphes partageant un même attachement à cet art ancestral. Trente lauréats ont été distingués lors d’une cérémonie organisée en présence notamment de Florence Berthout, maire du 5e arrondissement de Paris, d’ambassadeurs, du maître calligraphe Ghani Alani, invité d’honneur, ainsi que des membres du jury et de nombreux calligraphes.
Au-delà de la compétition, le concours a surtout donné à voir la vitalité internationale de la calligraphie arabe. Un art qui traverse les frontières, les écoles et les générations, et dont les formes témoignent de la richesse du patrimoine culturel musulman.
Le Coran, une rencontre à l’échelle mondial
Le 23 septembre, cette ouverture internationale s’est poursuivie avec le lancement des sélections de la première édition du Concours international de récitation et de mémorisation du Noble Coran.
Plus de 1 000 candidats venant de nombreux pays se sont inscrits à cette première édition. Après une première sélection, 160 femmes et hommes ont été auditionnés par un jury composé de spécialistes de la récitation et de la mémorisation du Coran, parmi lesquels des membres de la Grande Mosquée de Paris.

Principalement organisées en visioconférence, ces auditions permettent à des candidats éloignés de Paris de prendre part à cette initiative du centenaire. Les phases finales se dérouleront en novembre prochain à la Grande Mosquée.
Ibn Badis, une formation ancrée dans la société française
Cette dimension internationale se conjugue également avec une mission tournée vers la France, celle de la formation des Imams et des Mourchidates.
Le 24 septembre, l’École nationale Ibn Badis de la Grande Mosquée de Paris a remis leurs diplômes à 60 étudiants issus de ses centres de Paris, des Mureaux et de Rive-de-Gier.
La cérémonie rappelle une autre dimension de l’action de la Grande Mosquée, former des acteurs du culte capables d’exercer leur mission dans une société française plurielle, en conjuguant connaissance des sciences religieuses, discernement, ouverture et engagement citoyen.

Toujours dans cette dimension internationale, le Recteur Chems-eddine Hafiz, insiste, dans son préambule, sur l’ouverture de la Grande Mosquée de Paris sur les grandes références de l’enseignement et des sciences islamiques, à l’instar d’El-Azhar El-Charif et de la Zitouna. Des partenariats sont en cours de réalisation afin de renforcer les échanges et les liens avec ces institutions prestigieuses. Cette ouverture concerne également les imams diplômés de l’École Ibn Badis. Lors de la cérémonie de remise des diplômes, le Recteur les a invités à poursuivre leur parcours de formation et à saisir les possibilités de bourses d’études qui pourront leur être proposées au sein de ces grandes institutions de l’enseignement islamique.
Par son histoire comme par ses initiatives actuelles, la Grande Mosquée se trouve ainsi au croisement de plusieurs espaces, celui de la France, où elle exerce sa mission religieuse et culturelle et celui d’un monde musulman dont elle contribue à faire connaître la diversité.
Les rendez-vous de septembre donnent finalement une image particulière de ce centenaire. La Grande Mosquée de Paris y apparaît comme un lieu où se rencontrent des artistes, des calligraphes, des religieux, des étudiants et des personnalités venus d’horizons différents.
Cent ans après sa fondation, la Grande Mosquée de Paris continue ainsi d’inscrire son histoire dans une ouverture sur le monde, en faisant de son centenaire non seulement un regard sur le passé, mais aussi un rendez-vous international autour du patrimoine, de la culture et de la spiritualité musulmane.
Les prochains rendez-vous s’annoncent tout aussi exceptionnels. Après le grand prix littéraire, prévu au mois d’octobre, l’année du centenaire s’achèvera avec « ALIF'Festival », festival du court métrage, qui viendra donner une dernière dimension internationale à cette année exceptionnelle.
*Article paru dans le n°123 de notre magazine Iqra.




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