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Déclaration du recteur Chems-eddine Hafiz - Juifs et musulmans : ce que l'histoire et la foi nous ont appris

il y a 2 heures
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Dans une tribune publiée par Le Figaro, Claude Askolovitch rappelle une évidence que l'on finit parfois par oublier : personne ne devrait être sommé de haïr une autre communauté au nom de sa religion. Je partage ce constat, et je voudrais y ajouter la voix de la Grande Mosquée de Paris.

 

Il y a d'abord une mémoire. Sous l'Occupation, Si Kaddour Benghabrit, fondateur et premier recteur de notre institution, et l'imam Abdelkader Mesli ont aidé des juifs pourchassés à échapper aux rafles. Ils l'ont fait au péril de leur vie, discrètement, sans rien attendre en retour. Ce geste appartient à notre histoire. Il nous oblige encore aujourd'hui.

 

Il y a ensuite la foi. Moïse, Moussa pour les musulmans, est le prophète le plus souvent nommé dans le Coran. Abraham, Noé, David, Salomon y sont honorés comme ils le sont dans la tradition juive. Le Coran dit de la Torah qu'elle contient « guidée et lumière » (sourate 5, verset 44), et il demande au croyant de ne faire aucune distinction entre les prophètes de Dieu (sourate 2, verset 136). Respecter cet héritage n'est donc pas une politesse que l'on accorde à l'autre. C'est une part de notre propre croyance.

 

J'en tire une conclusion simple. L'antisémitisme est étranger à l'islam. Un musulman qui invoque sa foi pour justifier la haine des juifs trahit cette foi. Et, dans le même esprit, nul ne doit confondre l'identité juive avec le rejet des musulmans. Les amalgames blessent profondément dans les deux sens, et ils servent toujours ceux qui veulent nous diviser. La montée des actes antisémites et des actes antimusulmans dans notre pays ne forme qu’un seul fléau. Il exige une solidarité réciproque.

 

Je sais que les temps sont mauvais. Les conflits lointains pèsent sur nos quartiers, nos écoles, nos conversations de famille. Les tragédies du 7 octobre 2023, de Gaza et de la Cisjordanie nous bouleversent. Elles ne sauraient être interprétées comme une opposition entre deux appartenances religieuses et devraient nous conduire, après tant de douleurs, à espérer en commun un avenir plus juste et pacifique. Il est tentant de se replier sur sa peine et sa souffrance et de ne plus percevoir celle des autres. C'est précisément là que la fidélité à nos traditions doit nous retenir. Nous pouvons ne pas croire de la même manière. Nous n'avons pas le droit d'oublier que nous partageons la même humanité.

 

La France a besoin de cette fraternité-là : une fraternité qui ne se contente pas de beaux discours, qui ose la rencontre et le dialogue, qui défend la dignité de l'autre avec la même ardeur que la sienne. Les valeurs de la République et celles de nos religions se rejoignent sur ce point.

 

Entre juifs et musulmans, la fraternité n'est pas un rêve naïf. Benghabrit et Mesli nous ont montré qu'elle pouvait être vécue, même au pire moment. À nous de la transmettre.

 

À Paris, le 23 octobre 2026


Chems-eddine Mohamed Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris




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