Le billet du Recteur (n°118) - L’école de Luqmân
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Mardi dernier, la France s’est réveillée au rythme des cartables. Devant les portails des écoles, des mains d’enfants ont lâché fébrilement des mains de parents ; des prénoms ont été appelés dans les cours ; des cahiers neufs se sont ouverts sur des pages encore blanches. Il y a, dans ce rituel de septembre, quelque chose qui touche au sacré : un pays tout entier confie ce qu’il a de plus précieux à celles et ceux qui ont pour métier de le faire grandir. Le Coran, lui aussi, nous montre une rentrée. Non pas une salle de classe, mais un père penché vers son fils.
Luqmân, ce sage que Dieu a honoré en inscrivant son nom au cœur du Livre, ne lègue ni fortune ni pouvoir : il parle.
Chacun de ses conseils s’ouvre par la même tendresse, « ô mon cher fils ». « Ô mon fils, accomplis la prière, ordonne le convenable, interdis le blâmable, et endure avec patience ce qui t’atteint » (Luqmân 31:17).
Puis vient l’humilité : ne détourne pas ton visage des hommes.
Puis la mesure : dans la démarche, dans la voix.
Voilà l’école de Luqmân, l’essentiel d’une vie, tenu tout entier dans la douceur d’une parole.
Car éduquer est le premier devoir du croyant.
Avant d’être une politique, l’éducation est une responsabilité devant Dieu. Le Prophète Mohammed, que la paix et le salut soient sur lui, l’a dit avec une image que chacun comprend : « Chacun de vous est un berger, et chacun de vous est responsable de son troupeau ». Les parents ne répondront pas seulement des diplômes obtenus : ils répondront de ce qu’ils auront semé dans les cœurs.
Cette responsabilité, nous ne l’exerçons pas seuls. Il y a d’abord la famille, première école, où l’on apprend à dire merci, à dire pardon, à dire Dieu. Il y a ensuite l’école de la République, à laquelle nous confions nos enfants avec confiance. Qu’il me soit permis, en cette rentrée, de saluer les enseignantes et les enseignants de France : ils accomplissent chaque jour, souvent dans la discrétion, l’une des plus hautes tâches qui soient. Les familles musulmanes de notre pays aiment l’école ; elles savent ce qu’elles lui doivent ; elles veulent être ses alliées. Il y a enfin notre communauté religieuse : nos cours d’arabe, nos instituts, nos mosquées font aussi leur rentrée, non pour concurrencer l’école, mais pour la compléter, en nourrissant l’âme comme elle nourrit l’esprit.
Et la méthode ? Le Prophète que la paix et le salut soient sur lui nous l’a laissée en héritage : « Facilitez et ne rendez pas les choses difficiles ; annoncez la bonne nouvelle et ne faites pas fuir ».
La douceur n’est pas une faiblesse de l’éducation : elle en est la condition. On n’élève pas un enfant en l’abaissant ; on ne transmet pas la foi en la faisant redouter ; on ne donne pas le goût d’apprendre en humiliant celui qui ne sait pas encore. Nous venons de célébrer, à la fin du mois d’août, la naissance de celui qui fut le plus doux des éducateurs : que septembre soit le mois où sa pédagogie entre dans nos maisons.
Éduquer, enfin, c’est espérer. C’est semer sans être certain de voir la moisson ; c’est écrire dans des cœurs qui nous liront longtemps après nous. Luqmân ignorait ce que son fils ferait de ses conseils ; il les a donnés pourtant, avec confiance.
À tous les élèves et les étudiants, à tous les parents, à tous les maîtres, je souhaite une année de patience, de découvertes et de lumière.
Que cette rentrée des classes soit aussi, pour chacun d’entre nous, une rentrée du cœur.
À Paris, le 7 septembre 2026
Chems-eddine Hafiz
Recteur de la Grande Mosquée de Paris
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