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‘Musulmans en Occident’ : une conférence de presse pour une publication majeure

Ce matin à la Grande Mosquée de Paris, une conférence de presse organisée pour la sortie du livre Musulmans en Occident. Pratique cultuelle immuable, présence adaptée aux éditions Albouraq.


Le recteur Chems-eddine Hafiz présentait l'intention et le contenu de cet ouvrage collectif, fruit de trois années de travail de notre Groupe de réflexion sur l’adaptation du discours religieux musulman, qui aspire à mieux faire connaître la religion musulmane et sa capacité à s'inscrire harmonieusement dans notre société plurielle, le cadre républicain et la mise en valeur de la citoyenneté.


À ses côtés se trouvaient des membres de ce Groupe de réflexion : Cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie Alawiyya, Cheikh Abobikrine Diop, recteur de la mosquée Bilal de Marseille, Cheikh Khaled Larbi, imam de la Grande Mosquée de Paris, François Euvé, rédacteur en chef de la revue Études, et Pr Sadek Beloucif, président du Comité d’éthique et médical de la Grande Mosquée de Paris. D'autres membres, comme la ministre Élisabeth Moreno, Jacques Attali ou le père Jean-François Bour étaient présents pour assister à ce lancement.

  

Retrouvez l'intégralité de la conférence de presse en vidéo ci-dessous ainsi que le mot introductif du recteur de la Grande Mosquée de Paris :




MOT INTRODUCTIF DU RECTEUR CHEMS-EDDINE HAFIZ



Mesdames, Messieurs,

 

Je vous remercie d’être présents ou de suivre à distance cette conférence de presse consacrée à la publication des travaux du Groupe de réflexion sur l’adaptation du discours religieux musulmans en Occident, initié par la Grande Mosquée de Paris.

 

J’ai le plaisir d’avoir à mes côtés des membres de ce Groupe de réflexion :

 

-            Cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie Alawiyya ;

 

-            Cheikh Abobikrine Diop, recteur de la mosquée Bilal de Marseille ;

 

-            Cheikh Khaled Larbi, imam de la Grande Mosquée de Paris ;

 

-            Monsieur François Euvé, rédacteur en chef de la revue Études ;

 

-            Monsieur Sadek Beloucif, professeur et chef de service d'anesthésie-réanimation à l’hôpital Avicenne de Bobigny, président du Comité d’éthique et médical de la Grande Mosquée de Paris.

 

Je tiens à saluer la présence d’autres membres éminents de notre Groupe de réflexion, et à les remercier sincèrement.

 

*

 

Nous publions aujourd’hui un référentiel inédit.

 

Dans un contexte marqué par la persistance et la crispation des débats sur la place de l’islam en France et dans les sociétés occidentales, notre Groupe de réflexion présente l’ouvrage intitulé : Musulmans en Occident. Pratique cultuelle immuable, présence adaptée.

 

Ce livre collectif, de près de 900 pages, désormais disponible aux éditions Albouraq, est le fruit de plusieurs années de travail réunissant des voix religieuses musulmanes, des représentants des autres cultes, des universitaires, des responsables politiques et des acteurs de la société civile.

 

Depuis longtemps, l’islam fait l’objet d’amalgames, et les musulmans subissent une stigmatisation croissante.

 

Pour remédier aux tentations du repli identitaire et du rejet de l’autre, nous voulons promouvoir la réalité des musulmans qui s’épanouissent dans les sociétés multiconfessionnelles et sécularisées, qui aspirent à être ce qu’ils sont déjà : des citoyens.

 

Notre travail entend répondre à une question qui devient existentielle : comment la pratique et le discours religieux musulmans, en restant fidèles à leurs fondements, peuvent apporter pleinement leur contribution à notre société, pour peu qu’elle s’accorde à celle-ci de façon adaptée et harmonieuse ?


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Face à cette question, un mot est apparu à la mesure de notre intention : « adaptation ».

 

En arabe, le terme « adaptation », « takyîf », signifie « ajuster», « conformer ».

 

Il désigne un processus permettant d’appréhender les réalités contemporaines, en préservant l’essence des enseignements musulmans.

 

L’adaptation, comme nous l’avons définie dans notre ouvrage, n’est ni une concession, ni une altération, ni une réforme de la religion musulmane.

 

Elle n’est, en rien, une remise en cause du dogme, des piliers, des rites et du message de l’islam.

 

Notre travail d’adaptation s’appuie au contraire sur les sources et les principes fondamentaux de l’islam, en démontrant qu’ils contiennent de nombreuses réponses aux problématiques situées à l’intersection de la religion et de la société.

 

Cette adaptation révèle que les musulmans, dans leurs croyances, dans leur foi, partagent les valeurs les plus essentielles avec les autres composantes de la société.


***

 

La publication que nous présentons aujourd’hui est un travail collectif.

 

En mars 2023, j’ai créé notre Groupe de réflexion sur l’adaptation du discours musulman en Occident, et j’ai invité toutes les personnes intéressées à le rejoindre.

 

Dès le départ, ce Groupe a installé deux commissions, l’une dite « religieuse » et l’autre dite « civile », qui ont œuvré en commun.

 

La commission religieuse, d’abord formée des imams de la Grande Mosquée de Paris, a été rapidement élargie à ceux d’autres fédérations musulmanes françaises, puis à des imams exerçant dans d’autres pays européens.

 

Elle a bénéficié de l’appui et de l’apport constant de deux institutions musulmanes de référence : les universités d’Al-Azhar en Egypte et d’Ez-Zitouna en Tunisie.

 

J’ai personnellement échangé sur notre mission avec le Grand Imam d’Al-Azhar à Bahreïn et au Caire, avec le recteur de la Zitouna à Tunis, et avec le secrétaire de la Ligue islamique mondiale à La Mecque, qui ont tous appuyé notre démarche.

 

La deuxième commission a réuni, quant à elle, des acteurs représentant toutes les sphères de la société française.

 

Je tiens, en premier lieu, à honorer la mémoire d’une de ses membres les plus importantes et les plus investies, Madame la secrétaire perpétuelle Hélène Carrère d’Encausse, dont nous regrettons profondément la disparition.

 

Je veux ensuite exprimer ma plus grande admiration pour toutes les personnalités, pour tous les grands noms composant cette commission, qui ont tout de suite compris l’enjeu unique de notre travail, et qui ont élevé au plus haut nos échanges.

 

Parmi ces personnalités figurent les représentants des autres cultes : judaïsme, catholicisme, protestantisme, bouddhisme, avec également des libres-penseurs et des personnalités ne cachant pas leur inspiration plus séculière.

 

Ils nous ont offert de grands éclairages sur les manières dont leurs religions avaient abordé les sujets auxquels nous nous sommes confrontés.

 

J’adresse un remerciement particulier au Grand Rabbin Moshe Lewin, qui avait démissionné de ce Groupe de réflexion, pour des raisons autres, et qui m’a récemment adressé une lettre dans laquelle il salue un « travail remarquable » contribuant « au débat essentiel sur la place du fait religieux dans notre pays ».

 

Je remercie enfin le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, le Haut-Commissaire Monsieur Volker Türk et ses collaborateurs, qui ont accompagné avec précision et qualité nos travaux.

 

Ainsi, la Grande Mosquée de Paris est parvenue à rassembler toutes ces contributions pour produire un document inédit, dans sa forme comme dans son fond, qui n’avait jamais été réalisé par une institution musulmane en Europe, jusqu’à ce jour.


****

 

Notre travail reflète à la fois la capacité des forces vives de la France à se mobiliser autour de grands défis, et l’effort interprétatif collectif (ijtihâd jamâ‘î) qui a toujours existé dans l’histoire de l’islam.

 

J’ai la conviction qu’il n’aurait pas été possible ailleurs qu’en France, pays des droits de l’homme.

 

Il y a près d’un siècle et demi, les fondateurs du mouvement de la Nahda, « l’Éveil », se rencontraient à Paris pour concevoir la renaissance de la pensée musulmane, inscrite dans la modernité tout en étant soucieuse de préserver le dogme.

 

En 2026, Paris offre encore cet espace où les lumières des Droits de l’homme et les lumières de l’islam peuvent se rencontrer.

 

Plutôt que de céder à une logique défensive, notre démarche revendique le temps long, la précision et le dialogue.

 

Nous avons voulu construire plutôt que subir, réfléchir et élaborer plutôt que suivre la dictature de la polémique, des raccourcis meurtriers des réseaux sociaux.

 

Bref, préférer la réflexion et la proposer à nos concitoyens, quelle que soit leur religion, ou l’absence de celle-ci.

 

Nous avons choisi une méthode : définir, contextualiser, comparer, clarifier, documenter, pour rendre le débat plus juste.

 

Aujourd’hui, ce débat est largement structuré par des controverses incessantes, par un climat de polarisation politique et médiatique, où l’islam est fréquemment réduit à des lectures idéologiques, et par une demande croissante d’éclaircissement émanant des institutions et du grand public.

 

Les mêmes mots reviennent partout : charia, djihad, hijab, mixité, laïcité, citoyenneté…

 

Ces mots reposent souvent sur des idées reçues : quand un mot n’est pas défini avec justesse, il est confisqué par l’erreur ou l’instrumentalisation.

 

Sait-on par exemple que dans la messe, dite en Arabe, les chrétiens d’Orient disent « Charia » pour parler de la Loi de Dieu, ou que Dieu est bien appelé « Allah » ? 

 

Ce sont donc les mots, leur explication et leur déconstruction, qui ont servi de ligne directrice à nos travaux.

 

*****

Notre ouvrage publié ce mardi 10 février 2026 se décompose en plusieurs parties.

 

Puisque les mots peuvent faire problème, le cœur de notre production est le Glossaire : une analyse claire, argumentée et accessible des notions fondamentales liées à la religion musulmane et au monde d’aujourd’hui, y compris les notions qui sont sources d’incompréhensions et de tensions.

 

Il s’agit d’un outil pédagogique, d’environ 200 entrées.

 

Chaque entrée fait dialoguer références religieuses, regards historiques, sociologiques et interreligieux, et cadre juridique.

 

Et c’est ici que les deux Commissions, religieuse et civile, ont apporté leur analyse à chacune des entrées du Glossaire.

 

Dès lors qu’il s’agissait de travailler sur « l’adaptation des principes religieux musulmans à la République », il fallait que ces deux composantes dialoguent de manière fructueuse.

 

Pour parvenir à cet outil qu’est le glossaire, les membres de notre Groupe de réflexion ont mené de nombreuses auditions de responsables religieux, universitaires, politiques, intellectuels et acteurs associatifs.

 

Ils les ont interrogés sur les perceptions, les attentes et les points de friction liés à l’expression de la foi musulmane en contexte occidental.

 

Vous retrouverez l’intégralité de ces auditions dans le livre.

Enfin, l’ouvrage contient la Charte de Paris.

 

Cette charte est le condensé, l’essence de nos résultats.

En 15 points, ce texte de principes et de recommandations affirme la compatibilité entre l’islam, la citoyenneté et la laïcité, et donc la République.

 

Comme l’ensemble de notre travail, cette Charte, composée avec la plus grande rigueur, sur la base d’une étude profonde et référencée, donnent un cap :

 

1.     Elle affirme la compatibilité entre la foi musulmane, les valeurs humanistes de notre société et le cadre républicain, invitant par conséquent à l’exercice d’une citoyenneté pleine et entière ;

 

2.     Elle distingue l’éthique religieuse personnelle de toute prétention à une loi concurrente des lois temporelles ;

 

3.     Elle rejette toute forme de violence et d’extrémisme, car ils sont incompatibles avec l’islam, qui invite au contraire à la modération et à la paix ;

 

4.     Elle assume la laïcité en tant que garantie de liberté de conscience, car notre religion, comme la République, protège elle-même cette liberté de conscience ;

 

5.     Elle souligne que l’islam enseigne l’égale dignité de tous les êtres humains, l’égalité en droits entre les femmes et les hommes, et rejette toute discrimination, de toute nature ;

 

6.     Elle propose des repères pour vivre sa foi sans rupture avec le bien commun.

 

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Avec le Groupe de réflexion, la Grande Mosquée de Paris a souhaité proposer un cadre de référence.

 

Ce cadre n’impose pas, il clarifie et propose.

 

Nos réflexions et nos recommandations s’adressent à toute la société : aux musulmans et aux non-musulmans qui, les uns comme les autres, ont un réel besoin de comprendre.

 

Mais ce travail n’est pas une fin : il est perfectible.

 

Il est en mouvement.

 

Il appartient à tous.

 

C’est pourquoi nous mettons le Glossaire en ligne sur un site internet dédié, disponible maintenant :

 

Dans l’esprit collectif qui nous a guidé, ce site internet permettra à chacun de proposer des suggestions pour faire évoluer les différentes notions définies.

 

Aussi, l’ouvrage sera traduit en arabe et en anglais d’ici le dernier trimestre de cette année 2026, afin qu’ils puissent toucher d’autres pays.

 

Au printemps 2026, nous organiserons un colloque, en cours de préparation.

 

 

Nous mènerons aussi des actions pour expliquer notre démarche auprès des fidèles, dans les mosquées de France.

 

Nous communiquerons, avec les médias sociaux, en direction de la jeunesse.

 

Notre objectif n’est pas superficiel.

 

Il est de susciter, chez le plus grand nombre possible, la pensée, le débat, le progrès, pour améliorer notre capacité à faire société : nous ne sommes guidés par aucune injonction politique ou médiatique passagère.

 

Nous soumettrons ce travail à d’autres institutions, afin qu’il puisse continuer son chemin, susciter d’autres idées, d’autres actions.

 

Hier, j’ai reçu la visite de Monsieur Miguel Moratinos, envoyé spécial des Nations Unies pour la lutte contre l’islamophobie, à qui j’ai remis le livre, qui pourra inspirer des initiatives communes.

 

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Ainsi, dans une époque où les mots sont souvent des armes, utilisés avec inconséquence ou méconnaissance, nous avons fait le choix de la clarté.

 

La clarté est une responsabilité.

 

Nous endossons cette responsabilité devant vous, ce matin, et répondrons donc à toutes vos questions, après avoir laissé les membres des commissions s’exprimer à leur tour.

 

Je vous remercie.




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