Regard fraternel (n°90) - Du temps d’El-Jazari au temps de la smart Watch
- 10 févr.
- 8 min de lecture

Par Nassera Benamra
On passe nos journées à courir après le temps : un rendez-vous, une tâche, une prière, une pause qu’on repousse… Pourtant, regarder l’heure est devenu un geste si banal qu’on oublie qu’il cache une histoire fascinante. Si l’on se demande qui a inventé la montre, la réponse n’est pas un seul nom, mais un long chemin fait d’idées, d’essais et de transmission entre les civilisations. Des premières horloges anciennes jusqu’aux montres connectées capables aujourd’hui d’indiquer les heures de prière et de programmer l’adhan, c’est surtout une même réalité qui apparaît … derrière chaque invention, il y a l’humain.
Qui a inventé la montre ?
Le mérite de l’invention des horloges mécaniques revient aux Chinois Liang Lingzan et Yi Xing, au VIIIe siècle. Mais ces horloges ne se sont vraiment répandues en Occident qu’au XIVᵉ siècle. Au Moyen Âge, elles étaient surtout utilisées dans les monastères pour organiser les horaires des prières.
La division des heures, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est le fruit de siècles de traditions, transmises de génération en génération à travers différentes civilisations. Des documents anciens montrent que les Pharaons ont inventé le premier système de mesure du temps, il y a environ 1500 ans avant Jésus-Christ.
D’autres documents historiques montrent que les Égyptiens avaient conçu un cadran solaire où l’ombre se projetait sur un demi-cercle divisé en 12 parties égales, chacune correspondant à une période précise, du lever au coucher du soleil.
En Europe, avec la Révolution scientifique aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, les horloges deviennent encore plus précises. Galilée imagine un premier mécanisme, et Christiaan Huygens invente la première horloge à balancier, capable de faire avancer les aiguilles automatiquement grâce à des rouages et un balancier.
L’horloge de Haroun el-Rachid et son impact en Europe
La civilisation arabo-musulmane, sous les califes, omeyyade et abbasside, a su concilier religion et sciences et développement urbain, formant une civilisation équilibrée entre la raison et la spiritualité. Les musulmans se sont beaucoup intéressés au calcul du temps afin de déterminer avec précision les horaires des prières et d’organiser la vie quotidienne. Cela a marqué le début d’une véritable évolution dans la fabrication de différents types d’horloges, dont certaines impressionnent encore les chercheurs aujourd’hui par la complexité de leur fonctionnement. Parmi les plus célèbres horloges arabes de l’histoire figurent l’horloge de Haroun el-Rachid, l’horloge de l’Éléphant et l’horloge Bouanania.

Au début du IXᵉ siècle, le calife abbasside Haroun el-Rachid envoie au roi des Francs, Charlemagne, une imposante horloge à eau. À son arrivée à Aix-la-Chapelle, les habitants se rassemblent pour admirer cette merveille. L’horloge, conçue par des artisans arabes, laissait tomber des boules métalliques sur une base en cuivre à chaque heure, produisant un son comparable à celui d’une cloche. Sa précision et son fonctionnement fascinent le roi et sa cour, au point qu’ils la considéraient comme un mystère insondable, attribué à de la magie ou à l’intervention du calife.
Cette anecdote illustre l’avancée scientifique des musulmans à cette époque, tandis que l’Europe découvrait ces techniques. L’histoire montre aussi les contrastes et similitudes entre civilisations, tout comme le monde arabe avait ses figures religieuses, philosophiques et politiques, l’Europe avait les siennes, avec des conflits et des violences qui, au fil des siècles, marquent profondément son histoire.
Badi’ el-Zaman Ismaïl el-Jazari, l’inventeur des horloges
Il y a près d’un millénaire, Badi’ el-Zaman el-Jazari (1136–1206), savant et ingénieur arabe de Diyarbakir, développe les premières formes de machines automatiques et de robots primitifs. Ses créations incluaient notamment des jouets anthropomorphes et une fanfare flottante sur l’eau, où chaque personnage produisait le son d’un instrument de musique, destinés à divertir les invités du palais.
El-Jazari combinait ingéniosité mécanique, créativité et beauté. Ses machines étaient à la fois fonctionnelles et esthétiques. Il perfectionna les horloges à eau, les automates musicaux, les pompes à double cylindre et les norias pour élever l’eau, marquant une étape décisive dans le développement de la mécanique et de la robotique. Ses inventions ont influencé de nombreux savants européens, dont Léonard de Vinci, et ont préparé le terrain pour la révolution industrielle.

Son ouvrage majeur, « Le livre du savoir des dispositifs ingénieux » (1181), compile ses inventions en six catégories selon leur usage et leur conception, posant les bases des classifications mécaniques européennes de la Renaissance. Parmi ses horloges célèbres figurent l’horloge de l’éléphant, l’horloge du singe, l’horloge du musicien, et l’horloge du tireur d’élite, qui allient précision, innovation et charme visuel.
El-Jazari a ainsi changé la perception de l’énergie et du mouvement, en remplaçant l’usage traditionnel des animaux et de la force humaine par des mécanismes à roues et à engrenages, préfigurant les technologies modernes. Ses créations restent un symbole éclatant de la créativité scientifique et artistique du monde islamique médiéval.
Et la montre devient ce compagnon connecté
Les smart-watches ne sont pas nées d’un seul inventeur génial, mais d’une évolution numérique. Après des siècles à mesurer l’heure avec des horloges mécaniques, puis des montres électroniques, l’arrivée des capteurs, d’internet et des smartphones a transformé la montre en un objet vivant, presque un « compagnon ». A partir des années 2010, des ingénieurs et designers ont commencé à imaginer la montre non seulement comme un outil pour lire l’heure, mais comme une extension du corps. On parle de la montre qui écoute le cœur, suit les mouvements, affiche les messages, rappelle les rendez-vous, et s’adapte aux besoins culturels et personnels de chaque main. La smart Watch est le résultat d’un long chemin collectif, où la technologie rencontre la vie quotidienne et où le temps devient connecté à l’humain et à ses besoins vitaux.
De l’ombre d’un cadran solaire aux vibrations des atomes, l’homme n’a jamais cessé de chercher à dompter le temps, le temps qui lui organise sa vie.

*Article paru dans le n°97 de notre magazine Iqra.
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Thank you for this insightful post! I appreciate how you connected El-Jazari’s innovations to our current technology. It made me reflect on the balance between tradition and modernity. While we celebrate advancements like smartwatches, I wonder if we can still honor the craftsmanship and fnaf 2 purpose behind earlier inventions.
The title evokes the evolutionary journey of technology: from the mechanics of El-Jazari capybara clicker to the age of smartwatches. ‘Brotherly Gaze’ emphasizes the connection between people over time, where knowledge and creativity are passed down like a continuous thread.