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Penser (n°16) - Quand Allah n’a pas besoin d’un Livre

il y a 3 heures
3 min de lecture

Par Ahmed Moussa

Il est des questions qui ne naissent pas du doute à l’égard de la foi, mais du désir de la comprendre. Des questions qui paraissent simples en apparence, mais qui, à mesure qu’on les approfondit, révèlent des dimensions plus profondes de la relation entre l’être humain et Dieu. Parmi elles se trouve une interrogation dont la formulation peut sembler audacieuse : Allah, exalté soit-Il, a-t-Il besoin d’envoyer des Livres aux hommes ?


Si nous parlons d’Allah comme de l’Être parfait, qui se suffit à Lui-même et n’a nul besoin de Sa création, alors le mot même  « besoin » mérite d’être examiné. Avoir besoin signifie manquer de quelque chose, sans quoi l’existence ne serait pas pleinement accomplie. Or, dans la conception monothéiste, Dieu n’est pas ainsi. Il n’a pas besoin de l’adoration de l’homme pour être Dieu, ni d’être connu de lui pour que Sa connaissance s’accroisse, ni d’un Livre pour que Son savoir soit complet. Tout ce que nous pouvons appeler un besoin appartient donc à l’être humain, non à Dieu.


Et c’est à partir de là que la question se déplace : si Dieu n’a pas besoin du Livre, alors qui en a besoin ?


Dans la perspective religieuse, le Livre ne vient rien ajouter à Dieu, il vient ajouter quelque chose à l’être humain. Il n’a pas pour fonction d’apprendre à Dieu qui Il est, mais d’apprendre à l’homme quelle est sa place dans l’existence, quelle responsabilité lui incombe dans ses actes, quelles sont les limites de sa liberté, et quel sens il peut donner à sa vie. La révélation apparaît alors non comme la réponse à un besoin divin, mais comme un acte adressé à un être limité, inscrit dans le temps, en quête de vérité, mais soumis à l’influence du désir, de la peur, de l’intérêt, de son environnement et de sa culture.


Mais l’être humain ne pourrait-il pas parvenir à tout cela par sa seule raison ?


Oui, il le peut. Il peut interroger, raisonner, discerner et élaborer des systèmes moraux et philosophiques. Depuis les temps les plus anciens, l’être humain s’est interrogé sur la justice et l’injustice, le bien et le mal, la mort et le sens de l’existence, il s’est donné des lois et des principes sans nécessairement avoir lu de texte sacré. Mais la question ne s’arrête pas au simple fait que l’homme soit capable de penser. Car l’être humain lui-même change. Ce qui paraît relever d’une évidence rationnelle à une époque, peut devenir matière à controverse à une autre, ce qu’une société considère comme juste peut être tenu pour injuste par une autre, et ce qui naît comme un principe moral peut, sous l’effet du pouvoir et de l’intérêt, se transformer en instrument destiné à justifier ce que l’homme condamnait encore la veille.


C’est ici que l’on peut comprendre la révélation autrement : non comme une abolition de la raison, mais comme une parole adressée à l’être humain depuis au-delà des limites de sa propre expérience, afin de placer devant son intelligence un critère qui l’invite à penser, à se remettre en question et à s’interroger.


A ce stade, le Livre réapparaît sous un jour nouveau : non comme un ensemble de prescriptions détachées de l’être humain, mais comme une parole qui le place face à lui-même.


Il lui dit ce qu’il a été et ce qu’il devrait être, puis lui laisse l’espace du choix, l’inscrivant ainsi dans une responsabilité historique et le plaçant devant une épreuve plus profonde.


Car un commandement qui ne laisserait à l’être humain aucune possibilité de refuser ne constituerait pas une épreuve au sens plein du terme. C’est précisément ce que nous évoquions dans l’article précédent à propos de la responsabilité morale.



*Article paru ans le n°123 de notre magazine Iqra.

1 commentaire


zues
il y a une heure

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