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Déclaration du recteur Chems-eddine Hafiz - 40 ans après Assise, poursuivre le chemin du dialogue

il y a 6 heures
3 min de lecture

Il y a quarante ans jour pour jour, à l’appel du pape Jean-Paul II, des chrétiens, des musulmans, des juifs, des bouddhistes et des hindous se retrouvaient à Assise, en Italie : toutes les grandes religions du monde étaient présentes.


Ce 27 octobre 1986, chacun a jeûné et prié pour la paix. Le pape avait choisi la ville de François d’Assise, en qui les chrétiens reconnaissent l’homme de la pauvreté choisie et de la douceur, le frère de toute la Création. Alors qu’Assise accueille de nouveau cette semaine près de 400 représentants des religions et des cultures, la Grande Mosquée de Paris salue cet anniversaire.


Ce jour-là, nul n’a été invité à renoncer à sa propre prière. Chaque religion a prié dans un lieu distinct, selon son propre rite. Tous ont ensuite marché en silence jusqu’au parvis de la basilique Saint-François. Là, chacun a prié à son tour, sous le regard des autres. Les participants n’étaient pas venus « prier ensemble ». Ils étaient venus « ensemble pour prier ».


Jean-Paul II l’avait dit sans détour en accueillant ses hôtes, le matin même : « Le fait que nous soyons venus ici n’implique aucune intention de chercher un consensus religieux entre nous, ou de mener une négociation sur nos convictions de foi. » Personne n’avait rien à céder. Et pourtant, la rencontre avait un sens : « Notre rencontre atteste seulement, et c’est là sa grande signification pour les hommes de notre temps, que, dans la grande bataille pour la paix, l’humanité, avec sa diversité même, doit puiser aux sources les plus profondes et les plus vivifiantes où la conscience se forme et sur lesquelles se fonde l’agir moral des hommes. »


La Grande Mosquée de Paris se reconnaît dans ces mots. La prière musulmane a ses heures, ses gestes et son orientation. Elle ne se confond avec aucune autre et ne s’impose à personne. Le Coran le dit dans le passage même qu’il consacre à l’orientation de la prière : « À chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Dieu vous ramènera tous vers Lui » (Al-Baqara, 2:148).


Assise n’appartient pas au passé. À Metz, le 28 septembre, devant le pape Léon XIV, la Grande Mosquée de Paris a signé avec les autres cultes de France un appel qui commence par ces mots : « Depuis la rencontre d’Assise, il y a quarante ans, le monde a profondément changé. » Une phrase de ce texte nous oblige : le nom de Dieu « ne peut jamais être invoqué pour justifier la violence et la haine ».


L’année de son centenaire, la Grande Mosquée de Paris veut donner à cet esprit un prolongement concret. Du 10 novembre au 9 décembre, elle organisera un colloque interreligieux : pendant quatre soirées, juifs, chrétiens et musulmans croiseront leurs regards dans ses murs. La dernière se tiendra le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905. Elle prendra la forme d’un dialogue à deux voix avec le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France.


Quarante ans après Assise, la paix reste ce « chantier ouvert à tous » dont parlait Jean-Paul II. La Grande Mosquée de Paris entend y prendre sa part, fidèle à sa foi et respectueuse de celle des autres.

 

À Paris, le 27 octobre 2026


Chems-eddine Mohamed Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris




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