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Focus sur une actualité de l’islam et des musulmans (n°11) - Abattage rituel : considérer le bien-être animal



Le scandale vient d’un abattoir de Bourgogne où l’association de défense des animaux L214 a largement diffusé une vidéo de scènes, d’une cruauté inouïe, d’abattage d’animaux pour la production de viande halal et casher en France. Cette association réclame l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement. Les images sont édifiantes et il est difficile de rester insensible à une situation qui va à contresens du bien-être animal prôné par tout le monde, les musulmans au premier chef. 


L’association Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam, dite « La Grande Mosquée de Paris » (GMP), exerce l’activité de certification Halal depuis 1939. Par un arrêté du 15 décembre 1994 relatif à l'agrément d'un organisme religieux habilitant des sacrificateurs rituels (JORF n° 298 du 24 décembre 1994), la GMP s’est vue habilitée à délivrer des cartes de sacrificateur.


S’agissant du marché de la viande, la ligne adoptée par la GMP est d’asseoir la confiance de ses interlocuteurs par un processus de certification de qualité. La GMP ne fait pas ses choix en termes de coût pour le consommateur ou de concurrence avec d’autres organismes, quels qu’ils soient, mais en termes de fidélité aux exigences rituelles.


De quoi s’agit-il ? L’animal doit être en bonne santé au moment de l'abattage. Les animaux malades, blessés ou déjà morts ne sont pas autorisés à être abattus de manière rituelle. L’animal doit aussi être conscient : en principe, il ne doit pas être étourdi avant son exécution. Sur ce point, il existe des opinions divergentes concernant l'étourdissement  préalable  lors  de l'abattage halal. Certaines écoles de pensée et autorités religieuses acceptent l'utilisation de l'étourdissement préalable, tandis que d'autres le considèrent comme contraire aux principes de l'abattage halal. L’étourdissement préalable peut être autorisé dans certaines circonstances, à condition que l'animal soit encore vivant au moment de l'égorgement. En tout état de cause, cette disposition religieuse est prise en considération par les règles européennes. 


En effet, la Cour de Justice de l’Union Européenne en date du 17 décembre 2020 (C-336/19) a jugé que pour « promouvoir le bien-être animal dans le cadre de l’abattage rituel, les États membres peuvent, sans méconnaître les droits fondamentaux consacrés par la Charte, imposer un procédé d’étourdissement réversible et insusceptible d’entraîner la mort de l’animal ».


Au-delà de la question de l’étourdissement, l’abattage doit considérer la souffrance animale, suivant les enseignements présents dans la tradition islamique. L’animal doit par exemple être calme et non stressé. Il est aussi nécessaire que l’abattage se fasse hors de la vue des autres animaux pour garder le troupeau calme. L’animal doit être égorgé par une personne compétente et qualifiée, un boucher musulman pratiquant. Cela consiste à effectuer une incision au niveau de la gorge d’une façon précise, profonde et rapide. Cette incision coupe les vaisseaux sanguins, la trachée et l'œsophage, provoquant une perte de conscience rapide et une mort très rapide de l'animal. Après l'incision, l'animal doit être laissé saigner complètement pour assurer une vidange maximale du sang de son corps.


Cela est fait pour des raisons d'hygiène et de respect des prescriptions religieuses.

Dans la tradition prophétique, il est rapporté que « Dieu a recommandé la bienfaisance à l’égard de toute chose, si alors l’un d’entre vous est amené à tuer qu’il le fasse dans les meilleurs conditions ou si il est amené à immoler une bête qu’il le fasse de la meilleure manière et que l’un d’entre vous aiguise bien sa lame afin de soulager sa bête » (Hadith rapporté par Muslim).


L’animal doit être tourné vers La Mecque. Le sacrificateur musulman qui égorge l’animal doit prononcer “Bismillah Allahou Akbar” et ce pour rappeler la sacralité de l'acte et l'intention de se nourrir de manière licite selon les préceptes religieux.


Le cahier des charges de la GMP rappelle avec insistance que « Le bien-être animal doit être respecté dans les abattoirs, tel est notre priorité ». C’est une prescription islamique importante, les animaux ont une conscience et une âme. L'islam considère que chaque créature vivante, y compris les animaux, a été créée par Allah et possède une valeur intrinsèque. Les animaux sont considérés comme des créatures d'Allah et doivent être traités avec respect et compassion. Leur conscience leur permet de ressentir la douleur et d'autres émotions.


Le prophète Mohammed (la paix et les bénédictions soit sur lui) a enseigné que les musulmans devraient traiter les animaux avec bienveillance et ne pas leur infliger de douleur inutile. Il a également mis en garde contre la maltraitance des animaux et a encouragé les musulmans à les nourrir et à les abreuver correctement.


Quant à l'âme, l'islam enseigne que chaque être vivant en possède une âme qui lui est attribuée par Allah. C’est une des raisons supplémentaires qui a conduit le Prophète Mohammed (que la paix et le salut soient sur lui) a affirmé à plusieurs reprises que les animaux ne doivent être en aucun cas soumis à toute cruauté et à toutes formes de violence. 


En France, comme dans toute l’Europe, l’abattage rituel est juridiquement protégé par l’article 9 de la Convention des droits de l’homme, repris par l’article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne. Cependant, la GMP veille à s'assurer que les animaux devant être abattus selon le rite musulman sont traités de manière humaine et respectueuse. C’est tout le défi du respect à la fois des impératifs religieux et du bien être animal.


Le seul point qui risque de contrarier cette équation est en réalité l’objectif économique des abattoirs dont la productivité s’inscrit dans l’abattage du plus grand nombre d’animaux, complexifiant ainsi les opérations de contrôle religieux et le respect du bien-être animal.







 

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