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Focus sur une actualité de l’islam et des musulmans (n°8) - Ramadan et sport en France : entre intimité religieuse et opinion publique


Au cœur des débats contemporains en France se trouve la question délicate de la conciliation entre la pratique religieuse et les exigences de la vie publique. Alors que la société française se confronte à une diversité croissante de croyances et de convictions, les discussions sur la place de la religion dans l'espace public suscitent des controverses passionnées. Parmi les sujets qui cristallisent les tensions, le jeûne du Ramadan chez les sportifs professionnels a récemment attiré l'attention, mettant en lumière des enjeux de liberté religieuse, de laïcité et de respect des choix individuels. Cet article explore les nuances de ce débat complexe et examine les implications sociales, politiques et culturelles qui en découlent.


Le débat sur la pratique du sport pendant le jeûne de Ramadan suscite des opinions divergentes parmi les théologiens du monde musulman. Certains estiment que le jeûne n'affecte pas les performances sportives, tandis que d'autres craignent son impact sur le corps des sportifs. Les athlètes musulmans professionnels en Europe font face à des défis pour s'adapter à un régime alimentaire différent et à des horaires de sommeil inhabituels. Les recommandations incluent des ajustements alimentaires et un repos prolongé l'après-midi pour favoriser le sommeil. Bien que certains sportifs maintiennent leur performance tout en jeûnant, d'autres théologiens recommandent d'éviter les activités sportives prolongées pendant le Ramadan pour préserver leur santé.


En France, le débat enflammé autour de la récente incitation de la Fédération française de football (FFF) à reporter le jeûne du Ramadan pour les joueurs musulmans met en lumière les diverses perspectives. Le président de la FFF, Philippe Diallo, se défend contre les accusations de discrimination religieuse, affirmant que leur objectif est de maintenir la neutralité dans la pratique sportive.


Mais est-il pertinent pour la FFF de s'inspirer de la réglementation régissant l'école, alors même que le statut et les responsabilités de la Fédération diffèrent considérablement de ceux de l'institution éducative ?


Malgré la légitimité et l'importance manifestes de ne pas altérer les horaires et l'organisation pour accommoder une pratique religieuse, il convient de reconnaître que le statut de la Fédération ne peut être assimilé à celui de l'école pour diverses raisons intrinsèques. En premier lieu, les sportifs évoluant au sein de ligues professionnelles et concernés par le jeûne du Ramadan sont des individus majeurs, et donc responsables de leurs choix. De plus, le rôle de la FFF diffère fondamentalement de celui de l'école : alors que le sport véhicule des valeurs, celles-ci ne représentent qu'une composante parmi d'autres dans le cadre éducatif. L'école, quant à elle, incarne une institution aux missions plurales, dont l'enseignement des valeurs s'intègre dans un objectif plus global de formation intellectuelle, sociale et morale.


Les musulmans en France sont conscients que la culture de notre société et ses lois sont fondées sur la laïcité, et la Grande Mosquée de Paris a toujours encouragé et expliqué ces principes. Cependant, alors que les signes religieux ostentatoires sont interdits et dans un esprit de ne rien imposer à la communauté en matière de choix personnel de foi, contrairement au jeûne qui ne requiert aucune modification des règles régissant tout un chacun, la décision intime de jeûner ou non ne devrait pas être soumise au débat public. Assumer cela dans la discrétion est un principe de respect. Le soulever dans l'espace public relève de l'extrémisme laïciste, ce qui peut contribuer à renforcer le sentiment de rejet, blessant les musulmans de France dans leur dignité personnelle après les attaques médiatiques injustes et les amalgames qui prolifèrent à leur encontre.


Si la décision du Conseil d'État de ne pas aménager des horaires particuliers pour des raisons de pratiques religieuses est tout à fait juste et à saluer, nous lançons un appel à la vigilance quant à l'importance de ne pas céder aux dérives sectaires et à l'impact des polémiques autour de ce qui relève finalement d'un choix personnel garanti par la liberté de culte. Il est une fois de plus primordial de rappeler qu'aucun musulman, quelle que soit sa sphère professionnelle, ne peut exiger une modification des règles de travail pour accomplir un devoir religieux.


Il est primordial de s'opposer fermement à toute forme de stigmatisation vis-à-vis des pratiques religieuses et de résister à toute tentation d'interférer dans la sphère intime de la pratique religieuse. Lorsque des arguments sont avancés dans le seul but de souligner une prétendue "différence" entre les musulmans et les Français, cela alimente un climat de division et de méfiance au sein de la société. Une telle approche non seulement renforce les préjugés et les discriminations, mais elle va à l'encontre des valeurs fondamentales de liberté de culte et de respect des convictions individuelles. En soulignant la singularité des pratiques religieuses, on risque de fragmenter davantage la société et d'encourager une perception erronée de l'altérité. Il est donc impératif de promouvoir le dialogue interculturel, la compréhension mutuelle et la tolérance face à la diversité religieuse, dans le respect de la laïcité et des principes républicains.



 

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