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Hadiths apocryphes (n°4) - "Parler dans la mosquée consume les bonnes œuvres,comme le feu consume le bois"

  • il y a 38 minutes
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Par Cheikh Rachid Benchikh

Nous poursuivons notre exposé consacré à l’étude d’un certain nombre de hadiths forgés qui se sont répandus parmi les gens, et que certains prédicateurs rapportent sans savoir qu’ils relèvent des propos inventés et mensongèrement attribués au Prophète ﷺ.L’importance de cette étude tient, d’une part, au fait qu’elle touche au deuxième fondement de la législation islamique, à savoir la Sunna prophétique et, d’autre part, à la nécessité d’examiner la conformité de ces propos aux enseignements de la Loi islamique. Il convient donc de présenter ces hadiths et de les sou-mettre aux critères de la science du hadith, tant du point de vue de la transmission que de la compréhension critique, afin de mettre au jour les déviations qu’ils contiennent ainsi que les causes de leur faiblesse.Le thème de cette semaine est le suivant : « Parler dans la mosquée consume les bonnes œuvres comme le feu consume le bois. »


Histoire d’une formule répandue… et de sa réalité


On entend souvent cette phrase aux portes des mosquées ou dans les assemblées de prédication. Elle produit dans les cœurs l’effet d’un avertissement sévère, au point que celui qui l’entend peut croire qu’il s’agit d’un hadith authentiquement établi.


Or, le côté surprenant est que cette formulation n’est pas connue comme étant rapportée du Prophète ﷺ, par une chaîne de transmission reconnue, et qu’elle ne figure pas dans les recueils de référence de la Sunna.


Le cheikh ʿAtiyya Saqr, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : on lit dans l’ouvrage Ghidhaʾ el-Albab d’el-Saffarini ce qui suit : quant à la parole devenue célèbre sur les bouches des gens, selon laquelle le  Prophète  ﷺ  aurait  dit  : « Parler dans la mosquée, certains ajoutent : même s’il s’agit de paroles permises, consume les bonnes œuvres comme le feu consume le bois », il s’agit d’un mensonge qui n’a aucun fondement.


El-Qadi l’a également mentionné dans son ouvrage consacré aux hadiths forgés, tandis qu’El-Iraqi, dans ses annotations sur Ihyâ ʿOuloum el-Dîn, a indiqué qu’il n’avait aucun fondement. Il s’agit là d’un exemple très parlant d’une formule dont le sens peut paraître louable en apparence, mais dont l’attribution n’est pas établie. Le secret de sa large diffusion tient probablement à la force expressive de son image : la comparaison avec « le feu et le bois » condense un message d’intimidation particulièrement puissant. Elle s’accorde aussi avec la vénération que les gens portent au caractère sacré de la mosquée, c’est pourquoi les langues l’accueillent favorablement et le transmettent sans examen critique.


Cependant, lorsque l’on place cette formule sur la balance de la Sunna authentiquement transmise, la différence transparait clairement entre l’avertissement légitime et la généralisation dépourvue de juste mesure. La Loi islamique a certes accordé aux mosquées toute la considération qui leur est due, mais elle n’a jamais fait du simple fait d’y parler, une cause absolue d’effacement des bonnes œuvres.


Bien au contraire Il est clairement établi que la mosquée est, par essence, un lieu de rappel d’Allah, de science, de questionnement et de consultation, mais aussi de paroles licites lorsque le besoin l’exige. Toute parole n’y est donc pas blâmable, ce qui est blâmable, ce serait plutôt la parole vaine, l’élévation de la voix et le fait de s’occuper de ce qui ne convient pas au caractère sacré du lieu.


Ainsi, affirmer de manière absolue que la parole dans la mosquée  « consume les bonnes  œuvres » ne correspond pas à la voie enseignée par la Sunna. En effet, le jugement dépend de la nature de la parole et de son intention, et non du simple fait de parler, en soi.


Ibn Hibban rapporte dans son Sahîh que le Prophète ﷺ a dit : « Il viendra, à la fin des temps, des gens dont les conversations, dans leurs mosquées, ne seront pas pour Allah, Allah n’aura nul besoin d’eux. » A première vue, ce hadith pourrait laisser entendre que toute parole tenue dans la mosquée, quelle qu’en  soit la nature, serait interdite. Mais les savants vérificateurs ont expliqué qu’il est permis d’y parler de sujets importants, relevant de la religion comme des affaires de ce monde, dès lors qu’ils ne comportent ni interdiction religieuse ni propos faux ou condamnables. 


L’imam el-Nawawī a ainsi considéré comme permis le fait de tenir une conversation ordinaire dans la mosquée, même accompagnée d’un léger rire, en s’appuyant sur ce que rapporte Muslim : le Messager d’Allah ﷺ ne quittait pas l’endroit où il avait accompli la prière de l’aube jusqu’au lever du soleil. Une fois le soleil levé, il se levait. Il rapporte également que les Compagnons échangeaient entre eux, évoquant parfois des faits de l’époque antéislamique, ils riaient, tandis que le Prophète ﷺ souriait.


Dans la Sunna pratique, on trouve également le récit rapporté par l’imam Ahmad, d’après Jabir ibn ʿAbd Allah, qu’Allah l’agrée, qui a dit : « J’ai vu le Prophète ﷺ plus de cent fois dans la mosquée, alors que ses Compagnons évoquaient entre eux de la poésie et des faits remontant à l’époque antéislamique, il lui arrivait alors de sourire avec eux. » Il s’agit d’un récit authentique.


Ainsi, à la place de cette formule générale, répandue mais mensongèrement attribuée au Prophète ﷺ, la Sunna est venue établir un critère plus précis et plus juste : l’obligation de respecter la sacralité des mosquées, l’interdiction des paroles futiles, des disputes et des voix élevées, ainsi que l’encouragement au rappel d’Allah et à la récitation du Coran. C’est par cet équilibre que l’on préserve la dignité de la mosquée, sans excès ni dramatisation.


En résumé, toute formule émouvante n’est pas nécessairement un hadith, et tout avertissement éloquent n’est pas forcément authentiquement établi. Cette parole n’est pas valide comme attribution au Prophète ﷺ. Toutefois, l’intention générale à laquelle elle fait allusion est confirmée par des textes authentiques, mais avec une formulation plus claire, plus précise et plus juste. La différence entre les deux est essentielle : la religion ne repose pas seulement sur la beauté des significations, mais aussi sur l’authenticité de l’attribution. Préserver la Sunna consiste donc à délaisser ce qui n’est pas établi et à s’en tenir à ce qui est authentique, cela suffit amplement comme source de guidance.

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