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Notre mosquée (n°80) - Un lieu, témoin d'un siècle d'histoire de la République

  • il y a 10 heures
  • 3 min de lecture

Par Nassera Benamra

En plein 5ᵉ arrondissement de Paris, la Grande Mosquée de Paris n’est pas seulement un lieu de prière. C’est un espace ouvert, où se croisent spiritualité, culture et mémoire. Cent ans après sa conception, elle continue d’évoluer au rythme de la ville des lumières et des fidèles qui la font vivre.


Conçue il y a un siècle, la salle de prière principale ne peut aujourd’hui accueillir qu’environ 500 fidèles. Mais face à l’affluence croissante, notamment chaque vendredi et lors des Aïds, le lieu s’est transformé. Le patio, les galeries et les sous-sols ont été progressivement aménagés pour accueillir une communauté toujours plus nombreuse. Lors des grandes fêtes religieuses, ce sont parfois jusqu’à 30 000 personnes qui se rassemblent, selon les estimations de la Mosquée.



Notre mosquée dépasse largement sa vocation religieuse, elle abrite une école de langue arabe, propose des enseignements religieux, et accompagne les fidèles dans les démarches de la vie quotidienne, comme la délivrance d’actes de mariage religieux, un mariage qui exige un acte de mariage civile, en respectant la loi de la République. Elle est également représenté dans les treize régions de France par des mosquées et des délégués.


Mais elle est aussi un véritable lieu de culture, expositions temporaires, prix littéraire, festivals de courts-métrages, qui verra sa première édition à l’occasion du centenaire ainsi que le concours international de calligraphie, spectacles ou participation à des événements comme Nuit Blanche, où la Mosquée s’ouvre régulièrement à la création contemporaine. Même sa boutique de souvenirs, installée dans l’ancien logement d’un imam, raconte cette volonté de dialogue entre tradition et modernité.


Derrière son architecture emblématique se cache un travail d’exception. Le chantier a été confié à plusieurs architectes renommés, dont Maurice Mantout et Maurice Tranchant de Lunel. Leur ambition de créer un édifice inspiré des traditions Nord africaines tout en s’intégrant harmonieusement dans le paysage parisien.



Le résultat est un chef-d’œuvre néo-mauresque, fruit du travail de près de 450 artisans venus du Grand  Maghreb. Parmi les éléments les plus remarquables, les zelliges, marque déposée liée à une histoire millénaire, recouvrent les murs du patio, les couloirs et tous les coins de la mosquée, de leurs motifs géométriques raffinés. Les calligraphies qui courent tout autour de la cour rappellent la richesse de l’art islamique ainsi que le savoir-faire et la beauté de cet art tant apprécié à travers le monde.


Au centre du site, le minaret de 33 mètres s’élève, inspiré de la mosquée Zitouna de Tunis. Un repère majestueux qui vient garnir la beauté du quartier latin.


La Mosquée abrite également un véritable havre de paix : un jardin de 3 500 m², pensé comme un « Jardin d’Éden ». Inspiré des traditions andalouses, il offre aux visiteurs une parenthèse de calme au cœur de la capitale.


Cyprès, palmiers et plantes venues de l’autre rive de la méditerranée composent cet espace symbolique où chaque élément a une signification. Les cyprès évoquent l’élévation spirituelle, tandis que les cinq palmiers rappellent les cinq piliers de l’islam. L’eau, omniprésente, invite à la contemplation et à la sérénité.


Ouvert toute l’année, ce jardin est devenu un refuge pour les habitants du quartier comme pour les visiteurs du monde entier, un lieu d’apaisement aussi.



Depuis sa création officielle au début du XXᵉ siècle, la Grande Mosquée de Paris s’est imposée comme un symbole fort de l’histoire franco-musulmane. Pensée dans un contexte de guerre et de mémoire coloniale, elle a été portée par des personnages clés comme Si Kaddour Ben Ghabrit, premier recteur de l’institution, qui a joué un rôle déterminant dans sa construction.


Au fil des décennies, son statut et son organisation ont évolué, notamment après l’indépendance de l’Algérie et les accords diplomatiques des années 1980, qui ont renforcé les liens institutionnels entre Alger et la Mosquée. Par ailleurs, elle est classée monument historique depuis 1983 et fait partie, à ce jour, du paysage parisien, au même titre que les grands monuments de la capitale.


Aujourd’hui encore, son rôle et son influence suscitent des débats, mais l’institution revendique une mission claire : être un lieu de culte ouvert, un espace de dialogue et un pont entre les cultures.

 

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