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Penser (n°6) - Que possédons-nous de notre Destin ?

  • il y a 8 heures
  • 3 min de lecture

Par Ahmed Moussa

Lorsque l’être humain contemple sa vie avec une sincérité dépouillée de toute illusion, il découvre que la question la plus profonde qui le poursuit à chaque étape de son existence n’est pas : que m’est-il arrivé ? Mais plutôt : quelle part de mon destin m’appartient ?


Car entre les circonstances qui nous sont imposées sans que nous les ayons choisies, et les décisions ainsi que les attitudes que nous façonnons de nos propres mains, notre vie se forme dans une zone grise, à mi-chemin entre la nécessité et la liberté, entre ce qui nous est assigné et ce que nous écrivons nous-mêmes pour notre propre existence.


Nous naissons sans avoir été consultés ni sur l’époque de notre naissance, ni sur le lieu où elle advient, ni sur la langue que nous parlons, ni sur la famille à laquelle nous appartenons. Nous sommes jetés dans le monde comme le voyageur est lancé sur une route dont il n’a pas choisi le point de départ, entourés d’un contexte social, historique et culturel qui nous précède et détermine une part de nos traits. Cette vérité première nous rappelle les limites de notre liberté et nous enseigne qu’une part de notre destin ne nous appartient pas : elle est le produit d’un vaste réseau de causes antérieures à notre existence.


Mais l’existence humaine ne s’arrête pas là ; car si l’être humain n’était que le simple produit de ses circonstances, il ne serait pas responsable de sa vie, et la liberté serait dépourvue de sens. C’est là que réside le grand paradoxe de l’existence : nous ne choisissons pas les conditions dans lesquelles nous commençons, mais nous choisissons la manière de vivre en leur sein. Ce que nous possédons de notre destin, ce n’est pas le commencement, mais l’orientation ; non la première page, mais la façon d’écrire toutes celles qui suivent.


Car l’être humain, dans son essence, est un être de choix. Même lorsqu’il croit ne pas choisir, il choisit en réalité l’abandon. Chaque attitude que nous adoptons, chaque décision que nous remettons à plus tard, chaque parole que nous prononçons ou que nous retenons, constitue une pierre discrète dans l’édifice silencieux que nous appelons destin. Ainsi, le destin apparaît moins soumis à la fatalité que nous ne l’imaginons, et bien davantage façonné par nos actes quotidiens.


La liberté dont parle la pensée existentialiste n’est pas une liberté absolue, sans limites ; c’est une liberté inscrite dans le monde, une liberté qui se déploie entre les contraintes du réel et les possibilités de la volonté. La pauvreté, la maladie, les circonstances politiques et le milieu social sont autant de facteurs qui peuvent restreindre l’horizon du choix, sans toutefois l’abolir entièrement. Dans toute situation humaine subsiste, pour l’être humain, un pouvoir minimal : celui de décider de son attitude, de résister ou de céder, de créer du sens ou de vivre dans le vide.


C’est ici que se manifeste la dimension morale du destin ; car lorsque nous comprenons qu’une part de notre vie procède de nos propres choix, il devient difficile de rejeter sur le monde l’entière responsabilité. L’être humain n’est pas seulement interrogé sur ce qui lui est arrivé, mais sur ce qu’il a fait de ce qui lui est arrivé. C’est de cette responsabilité que naît la dignité de l’être humain, puisqu’il devient, pour une part, l’artisan de son existence, et non la simple victime de ses circonstances.


Et pourtant, la question demeure ouverte : dans quelle mesure possédons-nous réellement notre destin ?


La réponse la plus proche de la vérité est peut-être que nous ne possédons pas la totalité de notre destin, pas plus que nous n’en sommes entièrement dépossédés ; nous vivons plutôt dans une zone intermédiaire, entre ce qui nous est imposé et ce que nous façonnons par nous-mêmes. Notre vie ressemble à un fleuve qui s’écoule dans un lit déjà tracé, mais dont la manière de courir, la vitesse et les contours les plus subtils se dessinent au contact des rochers et des méandres qu’il rencontre.

Ainsi, ce que nous détenons de notre destin, c’est cet espace infime de liberté qui confère à notre vie sa signification. Il ne nous est peut-être pas donné de changer tout ce qui nous arrive, mais il nous appartient de choisir la manière de l’affronter, de le comprendre et de l’intégrer à l’histoire de notre existence.


En définitive, la question essentielle n’est peut-être pas : Que nous arrivera-t-il ? mais plutôt : Que ferons-nous de ce qui nous arrive ?


Car c’est dans cette question, et dans la réponse que nous lui donnons par nos actes, que se détermine la part véritable de notre destin qui nous appartient.

1 commentaire


verity evans
il y a une heure

Cette réflexion sur les choix quotidiens me fait penser à 2048 : chaque petite décision semble simple, mais l’ensemble finit par orienter complètement la partie.

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