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Sabil al-Iman (n°118) - La reconnaissance : un chemin vers Allah

  • il y a 4 heures
  • 9 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

 

Lorsque le cœur reconnaît les bienfaits, la langue s'illumine de gratitude ; lorsque la gratitude devient une manière de vivre, les bénédictions se renouvellent. Celui qui remercie ne s'appauvrit jamais, car chaque parole de reconnaissance le rapproche de Celui qui est le Plus Généreux. La gratitude est bien plus qu'un mot : elle est une lumière qui éclaire le cœur, une disposition de l'âme qui transforme le regard sur la vie et conduit le croyant vers son Seigneur.


Parmi les plus nobles vertus auxquelles le Coran appelle figure la reconnaissance (ech-Choukr). Elle n'est ni une simple formule de politesse ni un remerciement occasionnel. Elle est un acte d'adoration qui se manifeste autant par les paroles que par les actes. Être reconnaissant, c'est reconnaître que tout bienfait provient d'Allah عز وجل et répondre à Sa générosité par l'obéissance, l'humilité et le service.


Allah عز وجل dit : « وَإِذْ تَأَذَّنَ رَبُّكُمْ لَئِن شَكَرْتُمْ لَأَزِيدَنَّكُمْ وَلَئِن كَفَرْتُمْ إِنَّ عَذَابِي لَشَدِيدٌ »


« Et lorsque votre Seigneur proclama : « Si vous êtes reconnaissants, J'augmenterai assurément Mes bienfaits envers vous, mais si vous êtes ingrats, Mon châtiment sera certes sévère. »(Sourate Ibrahim, 14, v. 7).


Cette promesse est l'une des plus belles du Coran. La gratitude attire les bénédictions, tandis que l'ingratitude prive le cœur de la douceur que procure la conscience des dons divins. La véritable richesse ne réside pas dans ce que l'on possède, mais dans la capacité à reconnaître les faveurs qu'Allah renouvelle à chaque instant.


Allah nous enseigne également : « اعْمَلُوا آلَ دَاوُودَ شُكْرًا ۚ وَقَلِيلٌ مِّنْ عِبَادِيَ الشَّكُورُ »


« Ô famille de David, œuvrez par reconnaissance ! Et bien peu de Mes serviteurs sont véritablement reconnaissants. » (Sourate Saba', 34, v. 13).


Le Coran associe ici la reconnaissance à l'action. Remercier Allah, c'est préserver Ses bienfaits, accomplir son devoir avec sincérité, honorer ses engagements et mettre les dons reçus au service du bien. Les mots prennent toute leur valeur lorsqu'ils deviennent des œuvres.


Le Prophète Mohammed ﷺ fut le plus parfait exemple de cette gratitude. Bien qu'Allah lui eût pardonné ses fautes passées et futures, il priait longuement la nuit. Lorsque son épouse Aïcha رضي الله عنها s'en étonna, il répondit : « Ne serai-je pas un serviteur reconnaissant ? »(Rapporté par El-Boukhârî et Mouslim.)


Ainsi, plus les bienfaits sont grands, plus la reconnaissance doit être profonde.


Cette gratitude ne concerne pas uniquement notre relation avec Allah. Elle s'étend à tous ceux par lesquels Il fait parvenir Ses bienfaits. Nous remercions nos parents pour leur amour et leurs sacrifices, nos enseignants pour la lumière du savoir, nos éducateurs, nos imams, nos bienfaiteurs ainsi que tous ceux qui œuvrent discrètement au service de la communauté.


Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Allah. »(Rapporté par Abou Daoud et Et-Tirmidhî, hadith authentique.)


Les savants ont expliqué que celui qui néglige de remercier les créatures finit souvent par perdre la conscience des bienfaits de son Créateur. Le cœur s'habitue soit à la gratitude, soit à l'ingratitude, il se façonne au fil de ce qu'il cultive.


Cette reconnaissance s'étend également aux institutions qui transmettent la foi, le savoir et les valeurs. Une mosquée n'est pas seulement un lieu de prière : elle est le fruit des sacrifices de générations de femmes et d'hommes qui ont donné de leur temps, de leurs biens et de leur intelligence afin que d'autres puissent y trouver la foi, la connaissance et la fraternité.


Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris nous invite à méditer cette réalité. Commémorer son inauguration ne consiste pas uniquement à célébrer un monument ou une date historique. C'est rendre hommage à celles et ceux qui l'ont bâtie, servie et fait vivre au fil des décennies. C'est exprimer notre reconnaissance envers ceux qui ont transmis le Coran, enseigné la langue arabe, accueilli les fidèles, accompagné les familles et entretenu un dialogue constant avec la société française. Leur œuvre continue aujourd'hui encore d'éclairer les générations.


La gratitude nous apprend à regarder le passé avec fidélité, le présent avec lucidité et l'avenir avec responsabilité. Chaque génération reçoit un héritage qu'elle n'a pas créé, elle a le devoir de le préserver, de l'enrichir et de le transmettre. La reconnaissance n'est pas tournée vers la nostalgie : elle est une force qui inspire l'action et donne le désir de poursuivre l'œuvre de ceux qui nous ont précédés.


Puissions-nous être parmi ceux qui remercient Allah pour Ses innombrables bienfaits, honorent leurs parents, respectent leurs enseignants, soutiennent leurs institutions et laissent derrière eux des œuvres utiles qui continueront à porter leurs fruits après leur départ.


Lorsque les bienfaits sont reconnus, les cœurs s'apaisent et les âmes grandissent. Remercier, c'est aimer, transmettre, c'est prolonger le bien, servir, c'est adorer. Heureux celui qui fait de la gratitude le compagnon de sa vie : elle l'élève auprès des hommes, l'ennoblit dans ses œuvres et le conduit, pas à pas, vers la satisfaction d'Allah.



*Article paru ans le n°119 de notre magazine Iqra.




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