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Le billet du Recteur (n°125) - Ce qui demeure

il y a 5 heures
3 min de lecture

Ce dimanche s'ouvre sous le signe de la Toussaint, que prolongera lundi le silence recueilli du jour des défunts. Sur les chemins de France, des mains serrent des chrysanthèmes. On s'incline sur une pierre, on ravive la mémoire d'un visage, on prolonge une présence dans le murmure du souvenir. Ces gestes d'une fidélité immémoriale disent une vérité intime : nous ne sommes pas faits pour consentir à l'oubli de ceux que nous avons aimés.


Bien des familles musulmanes, en ces mêmes heures, franchiront elles aussi le seuil des cimetières. Elles déposeront sur les tombes le baume d'une Fâtiha et confieront à la miséricorde divine un père, une mère, un enfant arraché trop tôt aux rives de la vie.


Notre époque, pressée et inquiète, tient la mort à l'écart. Elle la relègue aux marges, s'efforce de l'oublier dans le tumulte des jours et n'en parle qu'à voix basse. Le Coran, lui, la regarde en face, avec une souveraine clarté : « Tout ce qui est sur la terre est appelé à disparaître. Seul demeure le Visage de ton Seigneur, plein de majesté et de noblesse » (Ar-Rahmân, 55:26-27).


Les visages s'effacent, les demeures s'écroulent, et les noms confiés à la pierre s'usent sous la pluie des années. Loin d'accabler, ce verset apaise. Il ne dit pas seulement la fragilité du monde : il révèle qu'au cœur même de ce qui passe, quelque chose demeure. Et ce qui demeure n'est pas le néant, mais le Visage de Celui de qui vient toute grâce.


Le Prophète, que la paix et le salut soient sur lui, en tirait une sagesse pour la vie. Posant un jour la main sur l'épaule d'un jeune compagnon, il lui dit : « Sois en ce monde comme un étranger, ou comme un voyageur de passage. »


Le voyageur ne méprise pas la route. Il l'aime, il en goûte les haltes, il salue ceux qu'il croise. Mais il sait qu'elle mène ailleurs. Pour la foi, la mort n'est pas un terme. C'est un seuil, le retour vers Celui de qui nous venons.


Mais ici-bas, dans la poussière du temps, que portons-nous qui échappe à l'usure ? Le Prophète a laissé cette réponse comme un viatique : « Quand l'homme meurt, ses œuvres s'arrêtent, sauf trois : une aumône qui continue, un savoir dont on tire profit, ou un enfant vertueux qui prie pour lui. »


Une aumône qui continue : un puits creusé en silence, un arbre dont l'ombre abritera des passants que nous ne connaîtrons jamais, une main tendue dont le geste traverse les générations. Un savoir utile : un livre qui continue d'éclairer, une leçon de sagesse, la beauté d'un métier transmis. Un enfant vertueux : une existence qui prolonge le bien et porte nos noms dans l'intimité de ses prières.


Voilà l'essentiel qui demeure. Ni les vanités de la fortune, ni le bruit de la renommée, mais la trace de ce que nous avons donné.


Le Coran rappelle encore que « nulle âme ne sait en quelle terre elle mourra » (Luqmân, 31:34). Cette parole éclaire une question que nous, musulmans de France, portons dans un dialogue intime avec notre histoire : celle de la sépulture, de l'ancrage et de la mémoire.


Longtemps, nos aînés ont voulu reposer dans la terre natale, auprès de leurs pères et de leurs mères. Ce désir était beau, et il demeure respectable. Aujourd'hui, de plus en plus de familles choisissent la terre de France pour y inhumer leurs défunts, là où grandissent leurs enfants, là où s'enracine leur espérance.


Ce choix ne rompt aucun fil. Il rappelle qu'une tombe est d'abord le lieu où les vivants viennent raviver la mémoire, et qu'elle doit rester à la portée de ceux qui prient. Il dit aussi que cette terre est devenue celle de nos destins partagés. Dans nos cimetières, les carrés musulmans, voisins fraternels des tombes chrétiennes, juives ou de ceux qui ne se réclamaient d'aucune foi, dessinent une géographie apaisée de la mémoire.


En ces jours de brume et de recueillement, des hommes et des femmes de toutes croyances chemineront dans les mêmes allées. Les chrétiens célèbrent la communion des saints et prient pour leurs défunts. Les juifs, de leur côté, déposent une petite pierre sur la tombe de leurs proches, pour dire que le souvenir demeure. Chacun confie ses morts à l'infini de sa prière.


Que ces instants soient l'occasion d'un regard croisé, d'un mot fraternel échangé par-delà les grilles du deuil. Car la mort, comme le chagrin, ne connaît pas de frontières.


Puisse le Tout-Miséricordieux envelopper nos défunts de Sa grâce, et accorder à ceux qui restent la force, la beauté et la constance d'accomplir le bien qui demeure.



À Paris, le 28 octobre 2026


Chems-eddine Hafiz

Recteur de la Grande Mosquée de Paris





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1 commentaire


Noah Bennett
il y a 2 heures

Una buena publicación no necesita utilizar palabras complicadas para explicar un tema. Basta con presentar los datos de manera ordenada y responder las preguntas más comunes. Me parece que loteria nacional puede resultar un tema informativo interesante cuando se aborda con claridad y sin promesas exageradas.


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