Le Hadith de la semaine (n°123) - L'Unicité (Et-Tawhid) face au blâme du Temps et du Destin

Par Cheikh Younes Larbi
D'après Abou Hourayrah (qu'Allah l'agrée), le Messager d'Allah (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) a dit : « Allah le Puissant et Majestueux a dit : "Le fils d'Adam Me cause une offense : il insulte le Temps (ed-Dahr), alors que Je suis le Temps, en Ma Main repose toute chose, et Je fais alterner la nuit et le jour". »
Le hadith a été rapporté selon d'autres formules, dont la version de l'Imam Mouslim : « Allah le Puissant et Majestueux a dit : "Le fils d'Adam Me cause une offense lorsqu'il s'écrie : 'Malheur au Temps !' Que nul d'entre vous ne dise donc : 'Malheur au Temps !', car Je suis le Temps : J'en fais alterner la nuit et le jour, et si Je le voulais, Je les saisirais tous deux (pour y mettre fin)." »
Et selon la version de l'Imam Ahmad : « N'insultez pas le Temps, car Allah le Puissant et Majestueux a dit : "Je suis le Temps : les jours et les nuits M'appartiennent, Je les renouvelle et Je les use, et Je fais succéder des rois à d'autres rois." »
Commentaire du Hadith
Allah, Exalté soit-Il, a juré par le temps et l'époque en raison de leur grandeur et de leur importance suprême. Le temps est en effet le réceptacle de toute œuvre humaine, ainsi que le vecteur du gain ou de la perte dans le bas-monde comme dans l'au-delà. Bien plus, il constitue l'essence même de la vie que nous traversons instant après instant.
Allah a rappelé ce bienfait à Ses serviteurs en disant : « Et c'est Lui qui a assigné une nuit et un jour à se succéder pour quiconque veut se souvenir ou veut faire preuve de gratitude. » (Sourate El-Fourqan, verset 62)
Ainsi, quiconque manque une œuvre durant la nuit peut la rattraper le jour, et inversement.
Les gens de la Jahiliya (l'ère de l'ignorance préislamique) avaient pour coutume, lorsqu'une calamité les frappait ou qu'un projet échouait, d'insulter le Temps et d'invectiver les époques, disant par exemple : « Qu'Allah enlaidisse le Temps qui a brisé notre unité ! » ou « Qu'Allah maudisse l'époque où telle chose s'est produite ! ». C'est pourquoi ce Hadith Qudsi (sacré) apporte une réplique cinglante aux us de la Jahiliya et à quiconque emprunte leur voie, abolissant ce comportement afin de rétablir le Pur Monothéisme (Et-Tawhid) en son juste siège.
Explication des termes
• « L'insulte » (Es-Sabb) : Le fait d'injurier, de vilipender ou de blâmer.
• « Le Temps » (Ed-Dahr) : La durée, le temps et les époques.
• « Il Me cause une offense » (You'dhīnī) : C'est-à-dire qu'il M'attribue ce qui déroge à Ma Majesté et à Ma Grandeur.
• « Je suis le Temps » (Wa Anâ Ed-Dahr) : Je suis le Possesseur du Temps, Celui qui le régit, le gouverne et en orchestre les mutations.
Ce hadith explicite clairement que lorsque le fils d'Adam insulte le Temps, il ne fait qu'injurier l'Auteur véritable et l'Ordonnateur de toute chose, qui n'est autre qu'Allah, Qu'Il soit Glorifié et Élevé. En effet, le Temps n'est qu'un contenant inerte, dénué de toute volonté et d'action propre. Le véritable Agissant est le Seigneur du Temps : Celui qui donne et qui prive, Celui qui abaisse et qui élève, Celui qui honore et qui humilie.
Blâmer le temps revient à imiter l'attitude d'un homme à l'encontre duquel un juge a rendu une sentence juste, et qui se mettrait à maudire la décision alors qu'elle émanait du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soient sur lui) : l'insulte retombe alors sur le juge suprême, tandis que l'intermédiaire n'est qu'un simple transmetteur. Le temps n'est ainsi qu'un réceptacle neutre qu'Allah fait alterner selon Sa volonté.
Les dérives de l'insulte envers le Temps
Celui qui insulte le Temps commet de graves fautes, parmi lesquelles :
1. L'insulte envers ce qui mérite le respect : Le Temps est une création assujettie et soumise à l'ordre d'Allah ; celui qui le blâme est donc particulièrement coupable.
2. Le risque de sombrer dans l'association (shirk) ou l'outrage envers Allah : Celui qui insulte le Temps oscille entre deux maux :
• S'il croit que le Temps nuit ou profite par lui-même, il commet un acte d'associationnisme (shirk).
• S'il reconnaît qu'Allah est l'Unique Agissant mais insulte néanmoins le temps qui a abrité l'événement, il offense directement Allah le Très-Haut.
Le hadith confirme également qu'une offense (Adha) atteint Allah, Le Très-Haut, à travers Sa parole : « Le fils d'Adam Me cause une offense ». Or, l'offense se distingue du préjudice (Ed-Darar) : Allah est offensé par les paroles et les actes qu'Il déteste, tout en demeurant absolu, transcendant et préservé de tout dommage.
Le Très-Haut a dit au sujet de l'offense : « Ceux qui offensent Allah et Son Messager, Allah les maudit ici-bas et dans l'au-delà. » (Sourate El-Ahzab, verset 57)
Et dans un autre Hadith Qudsî : « Ô Mes serviteurs, vous ne sauriez atteindre Ma capacité à Me nuire pour pouvoir Me causer un quelconque dommage. »
Vers une action féconde
En conséquence, l'interdiction de maudire le Temps comporte une orientation profonde invitant l'être humain à l'action constructive. La sagesse exige la quête et l'effort au lieu du blâme stérile des circonstances et des époques. La vérité est que le changement commence au cœur de l'âme humaine et par l'engagement dans ce qui est utile, au lieu de rejeter la faute sur les jours, comme le rappelle ce poème :
Nous blâmons notre temps alors que le vice réside en nous.
Et notre temps n'a d'autre défaut que notre propre être.
Nous avons satirisé le Temps alors qu'il n'a commis aucun crime.
Si le Temps pouvait parler, c'est nous qu'il aurait satirisés.
Ce hadith enseigne enfin que la préservation de la langue contre les injures envers le Temps et les époques constitue un pilier fondamental de la réalisation du Monothéisme (Tawhid) et de la haute bienséance envers Allah, Glorifiée soit Sa Majesté. Le temps est un cadre neutre, un terrain assujetti au labeur et à la purification de l'âme (Tazkiyah). Il incombe donc au croyant de considérer les causes véritables, d'assumer la responsabilité de ses actes, de se tourner vers ce qui lui est profitable et de se soumettre aux décrets divins avec patience et agrément.
*Article paru dans le n°126 de notre magazine Iqra.
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