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Lumière et lieux saints de l'Islam, à la découverte des mosquées du monde (n°9) - La Grande Mosquée Al-Omari de Gaza


Dans les méandres de la vieille ville de Gaza se dressait la Grande Mosquée Al-Omari, un édifice sacré imprégné d'histoire et de noblesse. Fondée sous le règne du calife Omar ibn al-Khattab, cette mosquée, autrefois un temple romain, puis une église, rayonnait comme un phare de spiritualité dans la région.


Une architecture imprégnée de mémoire


Située au cœur de la cité antique, dans le quartier de "Al-Balad", la Grande Mosquée AlOmari se dressait avec une majesté discrète, entourée par les trésors du marché AlQaysariyah et du marché Al-Zawiya al-Athari. Elle incarnait ainsi la tradition et la beauté de l'Orient, offrant un refuge pour l'âme assoiffée de sagesse et de paix.


Dans les annales du temps révolu, la Mosquée Al-Omari se dressait, un joyau architectural imprégné de mémoire et de grandeur. Son enceinte s'étendait sur près de 4100 mètres carrés, tandis que sa cour, vaste de 1190 mètres carrés, ouvrait ses portes à plus de 3000 fidèles.


Son patrimoine architectural, tissé de marbre et d'histoire, se révélait dans ses 38 colonnes, héritage d'un style ancien. Ces colonnes se dressaient fièrement, entourées d'arcades circulaires et couronnées de coupoles élancées. Les cinq portes qui ponctuaient ses murs ouvraient sur les rues et les ruelles historiques de Gaza, témoignant des civilisations passées. Construite avec la pierre calcaire de Crète, sa cour extérieure s'ornait de motifs islamiques, chaque arc circulaire murmurant une histoire ancienne. Son minaret, majestueux, s'élevait vers le ciel, paré de décorations mameloukes. Sa structure, à la fois carrée et octogonale, se dressait sur quatre niveaux, contant les récits des siècles passés.


Aux premiers temps de l’islam


Désormais connue sous le nom de "Al-Jami Al- Omari", cette mosquée était un témoignage vivant de l'histoire. Du temple païen qui la précéda, abritant une statue de Zeus, à l'église chrétienne dédiée à Sainte Eudoxie, elle avait traversé les âges. Lorsque l'Islam s'étendit sur la région, cette église fut transformée en une mosquée imposante, accueillant les cœurs nouvellement convertis. Les croisades et les vicissitudes de l'histoire n'ont pu altérer sa grandeur. Détruite puis reconstruite, elle continuait de veiller sur Gaza, telle une sentinelle immuable. Sous les Mamelouks et les Ottomans, elle subit maintes rénovations, se réinventant sans cesse tout en gardant son essence intemporelle. Ainsi, la Grande Mosquée Al-Omari demeurait, un témoignage vivant de la richesse et de la diversité culturelle de Gaza, une pierre angulaire de son passé et de son présent.


À l'ère des Mamelouks, le premier minaret de la mosquée s'élançait vers les cieux, symbole de dévotion et de foi. Les noms des grands souverains et dirigeants étaient gravés dans ses murs, témoins muets du temps qui passe. Les signatures prestigieuses des sultans AlNasser Qalawun et Qaitbay, ainsi que du calife abbasside Al-Musta'in bi'llah, honoraient cette demeure de prière, symbole d'une époque florissante allant du XIVe au XVIe siècle. L'empreinte de Moussa Pacha, le gouverneur ottoman de Gaza en 1663, venait compléter ce tableau illustre.


Un destin tourmenté


Hélas, le destin en décida autrement. Un séisme dévastateur secoua Gaza, laissant la mosquée meurtrie et irréparable. Une rue sépara alors l'ancienne structure endommagée de la zone agrandie, donnant naissance à une nouvelle mosquée baptisée "Khatib Wilaya".


Puis vint le tumulte de la Première Guerre mondiale, dévastateur pour la région tout entière. Les bombardements britanniques firent trembler les fondations de la mosquée, faisant choir son minaret et ravageant une grande partie de son édifice. Cependant, dans l'ombre de la destruction, l'Empire ottoman veillait toujours sur ses joyaux sacrés. Intéressé par la préservation des lieux de culte, il entreprit la reconstruction complète de la Grande Mosquée Al-Omari.


Sous l'égide du Conseil islamique supérieur, la mosquée fut redessinée en 1926, retrouvant ainsi sa splendeur d'antan. Ainsi, malgré les épreuves et les vicissitudes du temps, la Grande Mosquée Al-Omari demeure, telle une sentinelle immuable, portant l'héritage et la dévotion de générations de fidèles.


Dans les recoins intemporels de la Grande Mosquée Al-Omari, un trésor enfoui dans les siècles s'éveillait : la Bibliothèque Al-Zahir, fondée il y a plus de sept cents ans par le magnanime Al-Zahir Baibars en 1277. Dotée d'une collection prodigieuse de quelque 20 000 ouvrages embrassant les domaines des sciences et des arts, ainsi que de précieux manuscrits, cette bibliothèque rayonnait comme un phare de savoir au cœur même de l'édifice sacré.


Au sein de ces murs, imprégnés de l'essence du temps, reposaient quelque 187 manuscrits, témoins silencieux d'une époque révolue. Parmi eux, brillait de mille feux le manuscrit "Sharh Al-Ghawamid fi 'Ilm al-Fara'id" de Badr al-Din al-Mardini, transcrit il y a cinq siècles. S'ajoutait à cette constellation littéraire le recueil d'Ibn Zaqqaq al-Ghazi, reflet éloquent du patrimoine arabe islamique à Gaza.


Pourtant, le destin capricieux de l'histoire avait souvent éprouvé la bibliothèque, dispersant ses trésors à travers les continents. Les tumultes de la campagne française en Égypte et en Syrie en 1801 avaient marqué un tournant, provoquant l'éparpillement des précieux ouvrages entre les bibliothèques du Caire, de Paris et de Berlin. Ce n'était qu'à la fin des années 1920 que le vénérable cheikh Othman Al-Tabba' avait entrepris de restaurer ce sanctuaire de la connaissance, réunissant près de 5 000 livres dispersés.


Mais les épreuves n'avaient pas cessé là. L'occupation israélienne de la bande de Gaza en 1967 avait apporté son lot de désolation. La bibliothèque avait été de nouveau dispersée et pillée par les autorités d'occupation, forçant le gardien, Al-Rees, à se résigner à retirer trois des anciens manuscrits, perdus à jamais dans les méandres du conflit.


Malgré les assauts du temps et les épreuves des guerres répétées, la Bibliothèque Al-Zahir avait persisté, résiliente. Grâce à l'engagement indéfectible des historiens et des gardiens, elle avait continué de braver les vents contraires, renaissant de ses cendres, page après page, pour illuminer les esprits assoiffés de savoir.



Dans un tragique monticule de débris, gît désormais la Grande Mosquée Al-Omari, témoin muet des ravages de la guerre. Le 8 décembre 2023, les avions de l'occupation israélienne ont frappé de plein fouet, réduisant en cendres ce sanctuaire millénaire, symbole de foi et de résilience. Cette dévastation s'inscrit dans une longue lignée de destructions, rappelant la cruauté des conflits passés. Déjà éprouvée lors de l'offensive de Gaza en 2014, la mosquée avait alors été partiellement détruite, mais son éclat persistait malgré les assauts répétés.


Aujourd'hui, alors que ses murs s'effondrent et que ses minarets s'écroulent, c'est un pan précieux de l'histoire qui sombre dans l'oubli. Pourtant, même dans les ruines, l'esprit de la Grande Mosquée AlOmari perdure, vibrant d'une mémoire inextinguible, rappelant aux cœurs brisés l'importance de la paix et de la réconciliation. En ces heures sombres, alors que les larmes coulent et que les prières s'élèvent, que l'espoir demeure, ténu mais indestructible, que de ces cendres, un jour, renaîtra la lumière.



 

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