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Regard fraternel (n°15) - La basilique Notre Dame d’Afrique : un abri de coexistence pour les générations



‘‘Les vœux et les prières gravés sur les murs

dans les trois langues, dont la plus célèbre

est  l’invocation inscrite dans le haut du chœur

« Ô Notre-Dame d'Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ».’’

 

En approchant des côtes d'Alger, l’œil est immédiatement captivé par la majestueuse colline de la Casbah, dominée par le sanctuaire de Sidi Abderrahmane. Ce saint vénéré, dont la ville porte le nom « la Médina de Sidi Abderrahmane », est l'auteur d'ouvrages religieux inestimables et d'une exégèse du Coran en quatre volumes, toujours consultée par les érudits. Il est impossible de contempler ce lieu sacré sans que votre regard ne glisse vers la droite, où se dresse une bâtisse magnifique, différente mais tout aussi envoûtante. Surplombant le quartier de Bab El Oued, cette construction élégante s'élève avec une grâce inégalée, au sommet des hauteurs de la capitale. C’est la basilique Notre Dame d’Afrique.

 

Origine historique de la basilique de Notre Dame d'Afrique

 

Notre-Dame d'Afrique est connue et aimée par tous les Algérois et visiteurs d’Alger. Le quartier même porte son nom, prononcé avec une résonance locale : « Madème l’Afrique ». Cette basilique enchante tous ceux qui ont eu la chance de l'admirer.

 

Elle est l'un des sites historiques les plus remarquables de la capitale algérienne et un symbole de tolérance religieuse. À la fois monument touristique, religieux et culturel, elle surplombe une colline à 227 mètres d'altitude sur les rives de la Méditerranée.

 

Construction de la Basilique

 

L’histoire de la basilique commence en 1836 avec Marguerite Berger, une servante chrétienne de Lyon, qui a voyagé à Alger pour propager sa foi. En 1846, avec Anna Cinquin, une autre jeune Lyonnaise employée de maison au séminaire d'Alger, elles initient un pèlerinage en plaçant une statuette de la Vierge Marie dans le tronc d’un olivier, en hommage à un sanctuaire de leur ville natale.

 

Marguerite Berger, également connue sous le nom de Mademoiselle Agarithe, décède en 1875 et repose dans la chapelle Saint-Joseph, tandis qu'Anna Cinquin, décède en 1884, est enterrée sous la tribune de l'orgue. Ces deux modestes femmes sont à l'origine de ce lieu de pèlerinage, devenu Notre Dame d'Afrique.

 

Influence de Mgr Louis-Antoine-Augustin Pavy


En 1858, l’évêque Mgr Louis-Antoine-Augustin Pavy, engage la construction de l’église et confie sa conception à l'architecte Jean-Eugène Fromageau. L’évêque décède en 1866, avant la consécration de l’église et est inhumé dans le chœur. L'édifice est consacré en 1872 et le 4 mai 1873, l’église accueille un « concile provincial d’Afrique », rassemblant les évêques et abbés d’Algérie, première réunion de ce type pour les temps modernes. Le pape Pie IX accorde à l'église le titre de basilique et est consacrée le 30 avril 1876.

 

Architecture et Symboles

 

À gauche de l'église se trouve une plaque gravée avec une inscription du culte marial en Afrique du Nord au premier siècle, accompagnée d'une chambre sculptée portant le nom de Marie. Dans la cour centrale, des vœux en arabe, en amazigh et en français sont gravés, certains anciens et d'autres modernes. La basilique compte 46 fenêtres, au-dessus de la cour se dresse une grande coupole ornée de vitraux colorés. À côté, une statue de Saint Augustin et des fresques représentant sa vie accueillent les visiteurs. À l'extérieur, une statue de Notre-Dame d'Afrique, Marguerite Berger, accueille les visiteurs et rappelle l'histoire de cette servante chrétienne Catholique.


‘‘Si les coûts et la croyance font de la basilique

la propriété de tous les catholiques à travers le monde,

son architecture intérieure et extérieure

permet aux musulmans de s'y sentir également liés.

Avec son style architectural byzantin

et ses décorations arabo-espagnoles,

l'église incarne un véritable symbole de partage culturel.’’

 

Un Lieu de Coexistence et de Patrimoine

 

Notre-Dame d'Afrique n'est pas seulement un monument historique, mais aussi un symbole de la coexistence religieuse et culturelle en Algérie. Ce lieu situé à Bologhine en bas de Bouzaréah, accueille chaque année environ 100 000 entre visiteurs, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, continue d'être un point de rencontre pour les générations d'Algérois, offrant un abri de paix et de tolérance au sein de la capitale.

 

Rapprochement Interreligieux

 

Les habitants sont musulmans, comme on le sait, l’Islam exhorte à croire en tous les prophètes et le Noble Coran raconte l’histoire de la Sainte Marie, fille d’Imran. Considérée comme une sainte, également dans la religion musulmane. Elle inspire un profond respect chez eux. Ainsi les algéroises ont commencé à visiter la basilique non pour prier, mais pour une visite spirituelle en reconnaissance de ce qui est raconté dans le Coran. Il n’est donc pas rare d’entendre les femmes de la capitale dire dans leur vocabulaire local : « on a rendu visite à ‘la Meriyama’» ou « Lala Meriem » et devient donc un trait d’union entre personnes de différentes cultures et religions.

 

Il s'agit donc de rituels adoptés par les femmes sans porter atteinte à leur religion musulmane, mais qui témoignent de la valeur de la perception sociale. Les vœux et les prières gravés sur les murs dans les trois langues, dont la plus célèbre est  l’invocation inscrite dans le haut du chœur « Ô Notre-Dame d'Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ».  Un invocation présente depuis plus de plus de cent cinquante ans, cette prière a créé un rapprochement et une tolérance religieuse. Elle se veut une preuve de cohabitation entre musulmans et chrétiens, loin des idées extrémistes.

 

Importance Sociale et Religieuse

 

La construction de l'église de Notre-Dame d'Afrique n'a pas été financée par le gouvernement français ou le Vatican, mais par les contributions des chrétiens riches et pauvres. Après que l'évêque Pavy a lancé un appel à l'aide pour sa construction, les dons et les contributions ont afflué. Si les coûts et la croyance font de la basilique la propriété de tous les catholiques à travers le monde, son architecture intérieure et extérieure permet aux musulmans de s'y sentir également liés. Avec son style architectural byzantin et ses décorations arabo-espagnoles, l'église incarne un véritable symbole de partage culturel.


Il faut savoir qu’à la suite du tremblement de terre de 2003, la basilique, endommagée, a fait objet de travaux de restaurations financés par des collectivités locales algériennes et françaises.



« Madème l’Afrique » une basilique au Cœur de la cohésion sociale

 

Après l’indépendance de l’Algérie, la basilique de Notre-Dame d’Afrique est restée en fiducie chez les algériens.

 

Au cœur de la brise marine et sous l'ombre protectrice des murs de l'église, une place animée se dévoile, attirant quotidiennement les jeunes du quartier. Les enfants y trouvent un refuge contre les rayons ardents du soleil estival,  cet havre devient le théâtre d'échanges conviviaux, tissant des liens humains solides entre les responsables de la basilique et les habitants du quartier de « Madème l’Afrique ». Ces derniers, deviennent indissociables de ce lieu de culte, vivant dans un quartier qui porte fièrement le nom de leur église jusqu'à ce jour. Bien que cette appellation puisse ne pas figurer sur les documents officiels, elle est ancrée dans la mémoire collective. Demandez à un chauffeur de taxi ou de bus de vous y conduire en utilisant ce nom et vous ne vous égarerez pas.

 

Cette symbiose exemplaire entre la basilique et le quartier a forgé des relations profondes. Les habitants musulmans, par respect et affection, appellent la sœur « Ma Sœur » et le prêtre « Mon Père ». Cette proximité ne peut être évoquée sans mentionner l'empreinte indélébile de Mgr Teissier.

 

‘‘Monseigneur Teissier, religieux catholique franco-algérien,

 avait consacré sa vie à l'Algérie.

Il était un fervent défenseur

 du dialogue interreligieux

 et un admirateur sincère

de la culture arabo-musulmane.’’

 

L’Algérie l’amour éternel de Mgr Henri Teissier

 

La génération des années 90, marquée par la décennie de braise en Algérie, a connu la présence réconfortante de Monseigneur Henri Teissier. Né le 21 juillet 1929 à Lyon, il a été évêque d'Oran de 1972 à 1980, puis archevêque d'Alger de 1988 à 2008. Décédé en 2020, il était pour tous « mon père », circulant librement dans les quartiers de Bab El-Oued.

 

Sa proximité avec la population faisait de l'église catholique une partie intégrante du corps social algérien. Qu'ils soient pratiquants ou non, les habitants, hommes et femmes, le saluaient affectueusement, échangeant avec lui en arabe dialectal. Durant ces années sombres, Mgr Teissier a choisi de rester en Algérie, affirmant ainsi son algérianité et sa solidarité indéfectible avec le peuple algérien.

 

Mon père Teissier – ainsi est appelé par les musulmans- a su incarner l'esprit de tolérance et d'humanité, rendant ce lieu non seulement un sanctuaire spirituel, mais aussi un centre névralgique de la vie communautaire.

 

Le 8 décembre 2020, son cercueil est exposé au cœur de la basilique Notre-Dame d'Afrique, recouvert d'un drapeau algérien. La nouvelle de son décès a suscité une immense tristesse en Algérie et plus particulièrement chez les algérois. Monseigneur Teissier, religieux catholique franco-algérien, avait consacré sa vie à l'Algérie. Il était un fervent défenseur du dialogue interreligieux et un admirateur sincère de la culture arabo-musulmane.

 

Sur les réseaux sociaux, des personnes de toutes confessions ont rendu hommage à ce « passeur de fraternité », saluant son amour profond pour l'Algérie. Après des études d'arabe et de sciences islamiques à l'université du Caire, il a débuté comme prêtre à Alger pendant la guerre d'indépendance, puis devient vicaire dans le quartier populaire de Belcourt. En 1962, il a créé un centre dédié à la culture arabo-musulmane et au dialogue avec les Algériens. Il obtient la nationalité algérienne en 1966.

 

« Mon espérance, c'est l'Algérie », a-t-il confié en 2003. Retraité depuis 2012, il partageait son temps entre Lyon et Alger, préparant son retour en décembre pour animer une retraite. Les témoignages unanimes décrivent un prélat humble, chaleureux et infatigable, fervent défenseur de la tolérance et du dialogue entre les religions

 

À travers cette histoire, la basilique de Notre-Dame d’Afrique illustre magnifiquement la possibilité d'une coexistence harmonieuse et fructueuse entre différentes cultures et religions, un exemple lumineux dans un monde souvent divisé. L'héritage de cet édifice dépasse les frontières de la foi chrétienne pour devenir un symbole de tolérance et d'unité pour tous ceux qui le visitent. Que l'on soit chrétien ou musulman, Algérien ou étranger, la basilique de Notre-Dame d’Afrique continue de rayonner comme un phare de paix et de fraternité au cœur de la capitale Algérienne.




*Article paru dans le n°20 de notre magazine Iqra



 

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