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Focus sur une actualité de l’islam et des musulmans (n°15) - L'humour, miroir inégal de nos préjugés



Sous les cieux troubles de notre République, l'humour, jadis arme de liberté et de vérité, se révèle parfois comme le reflet inégal de nos préjugés. Deux histoires, deux hommes, deux blagues : l'une pardonnée, l'autre punie. Philippe Val, ancien timonier de Charlie Hebdo, et Guillaume Meurice, voix mordante de France Inter, nous rappellent que l'équilibre entre liberté d'expression et censure penche souvent selon l'objet de la moquerie. La question se pose avec une acuité douloureuse : pourquoi les mots de l'un sont-ils adoubés quand ceux de l'autre sont cloués au pilori ?

 

Philippe Val, homme de lettres et des ondes, proclamait récemment dans une émission du Figaro : « Oui, je suis islamophobe. » Cette déclaration, brandie comme une épée de provocation, a déchaîné une vague de soutien parmi les intellectuels, journalistes et humoristes. Tous unis, comme un rempart, pour défendre l'homme et son droit sacré de railler, même si la cible de sa moquerie est une communauté entière, les musulmans, qui représentent une partie intégrante du tissu de la France. Val justifiait son propos comme une critique de toutes les religions, une attaque contre les dogmes et les obscurantismes. « C'était une blague », répétait-il, une incitation à réfléchir, une manière de secouer l'apathie. Et pourtant, au-delà de cette façade de liberté, c'est une blessure infligée à des millions de citoyens français, une éraflure sur le visage de la coexistence.

 

À l'opposé de ce spectre, Guillaume Meurice, humoriste de l'émission « Le Grand Dimanche Soir » sur France Inter, fut suspendu pour une blague sur Benjamin Netanyahou, Premier ministre d’un pays étranger. Meurice, dans sa satire mordante, osait toucher une figure politique éloignée des frontières françaises. Sa peine : une suspension, un siège vide, une absence qui résonne dans les studios de la radio publique. Ici, la solidarité fut restreinte, confinée à quelques collègues et auditeurs fervents. Pas de soutien unanime, pas de levée de boucliers intellectuels.

 

Cette dichotomie cruelle expose une réalité glaçante : l'humour en France jouit de protections variables selon sa cible. Quand Val attaque une religion et, par là même, une partie de la population française, il est érigé en défenseur de la laïcité et de la libre parole. Meurice, moquant un dirigeant étranger, est promptement écarté, sa liberté d’expression étouffée sous le poids de la censure.

 

Il faut voir dans ces réactions une mise en lumière des contradictions de notre société. La critique de l'islam, au nom de la lutte contre le fondamentalisme, est acceptée, même encouragée. Mais toucher à un leader politique étranger, fut-il un allié stratégique, devient intolérable. Ce double standard dévoile une iniquité troublante, une ligne de fracture dans le discours sur la liberté d’expression. Ceux qui se réfugient derrière le sens premier du mot « phobie » pour défendre le terme islamophobe, prétendant qu’il s’agit simplement d’une « peur » et non d’une haine, devraient alors accepter l'homophobie et la judéophobie avec la même désinvolture. Bien sûr, ils n'oseraient jamais. L'islamophobie, comme toute autre phobie sociale, est une haine déguisée en peur. Elle stigmatise, divise et nourrit les préjugés. Quoi qu’en pensent ses défenseurs, la déclaration de Val, bien que retirée du site du Figaro à sa demande, demeure sujette à une intention de dépôt de plainte. Car, humoristique ou non, elle est simplement illégale. Val, par ses mots, s’attaque à une part de nos concitoyens, les musulmans, dont les vies et les croyances sont souvent déjà stigmatisées. Meurice, quant à lui, tourne en dérision une figure du pouvoir étranger, une cible théoriquement plus éloignée des sensibilités directes de la population française. Et pourtant, c’est lui qui est châtié. Il est temps de regarder en face cette injustice. L’humour ne doit pas servir à diviser davantage une société déjà fragmentée. Si la satire doit exister, elle se doit d’être équitable, n’épargnant ni les puissants ni les dogmes, mais jamais au détriment des plus vulnérables. Que Val et Meurice rappellent à la France ses valeurs de liberté et d’égalité, sans discriminer selon la nature de la blague ou la cible de l’humour. C’est ainsi que l’on pourra véritablement honorer l’esprit de la République, celui qui fait de la liberté d’expression un droit inaliénable pour tous, sans distinction ni double standard.


*Article paru dans le n°20 de notre magazine Iqra



 

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