Sabil al-Iman (n°91) - La langue arabe : un chemin de foi avant d'être une identité
- Guillaume Sauloup
- il y a 18 heures
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Par Cheikh Khaled Larbi
La langue arabe n’est pas entrée dans ma vie comme un héritage automatique, mais comme une discipline patiente. Elle ne m’a rien promis d’emblée. Elle m’a demandé du temps, de la persévérance, de l’humilité. Et c’est précisément ainsi qu’elle est devenue, pour moi, un chemin de foi avant d’être un marqueur culturel.
Allah dit :
إِنَّا أَنزَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُون
Nous l’avons fait descendre, un Coran en langue arabe, afin que vous raisonniez.
Sourate Yusuf, v. 2
Ce verset est fondamental. Il ne dit pas : afin que vous revendiquiez, ni afin que vous dominiez, mais « afin que vous compreniez ». Le choix de la langue arabe pour la Révélation n’est ni ethnique, ni identitaire, ni culturel au sens fermé du terme. Il est pédagogique, sémantique et spirituel. Une langue choisie pour le sens, non pour le sang.
L’islam n’a jamais sacralisé un peuple. Il a sacralisé un message.
Le Coran ne dit jamais que l’arabe est supé-rieure par essence, ni que les Arabes sont porteurs d’un privilège spirituel. Au contraire, il rappelle sans cesse que la valeur d’un être humain ne réside ni dans sa langue maternelle, ni dans son origine, mais dans sa conscience morale.
« Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. »
El-Houjourat, v. 13
La langue arabe est donc sacrée par ce qu’elle porte, non par ceux qui la parlent. Elle est un réceptacle du message, non un étendard identitaire. Confondre les deux, c’est trahir l’esprit même de la Révélation. Les maîtres du sens n’étaient pas arabes.
L’histoire de l’islam est sans ambiguïté : les plus grands serviteurs du texte n’étaient pas arabes de naissance.
El-Boukhârî venait de Boukhara. Mouslim était persan.
El-Ghazâlî n’était pas arabe. El-Tirmidhî non plus.
Ils n’ont pas hérité de l’arabe par le sang. Ils l’ont appris par discipline. Par rigueur. Par respect du texte.
Ils se sont soumis à la langue pour accéder au sens, et non l’inverse. Leur rapport à l’arabe n’était ni folklorique ni identitaire : il était spirituel et méthodologique. Ils savaient qu’on ne peut pas interpréter un message divin avec légèreté linguistique.
La sacralité de la langue, non celle des peuples
Dans l’islam, la langue arabe est honorée parce qu’elle est le lieu de la Révélation, mais jamais au détriment des autres langues.
Le Coran rappelle lui-même que la diversité linguistique est un signe divin :
« Parmi Ses signes : la diversité de vos langues et de vos couleurs. »
ErRûm, v. 22
Ainsi, apprendre l’arabe n’efface pas les autres langues. Il ne nie pas les identités.
Il les ordonne autour du sens.
L’arabe devient alors un outil de compréhension, non une frontière. Un moyen d’approche, non une prétention.
Apprendre l’arabe : un effort spirituel
Apprendre l’arabe, ce n’est pas seulement acquérir une compétence linguistique. C’est accepter une ascèse intellectuelle et intérieure.
C’est accepter de ne pas comprendre immédiatement, ralentir face au texte, suspendre ses certitudes, purifier son intention.
L’arabe oblige à l’humilité. Il résiste aux lectures rapides. Il impose la précision.
Il rappelle que le sens ne se donne pas à celui qui le consomme, mais à celui qui le cherche sincèrement.
Apprendre l’arabe, ce n’est pas revendiquer une supériorité.
C’est accepter une responsabilité devant la Parole.
En France : foi, langue et citoyenneté
En France, aujourd’hui, des enfants, des convertis, des imams non arabophones apprennent l’arabe sans idéologie et sans nostalgie. Ils l’apprennent dans les mosquées, les écoles, les familles, non pour se distinguer, mais pour comprendre.
La langue devient alors un outil d’accès au sens, un moyen d’éviter les contresens, une protection contre les lectures simplistes.
Elle n’est ni un repli, ni un signe d’exclusion. Elle est une quête de cohérence entre foi et raison, pleinement compatible avec la citoyenneté française.
Alors je conclue ainsi : la langue arabe ne m’appartient pas. Je lui appartiens par l’effort, par la patience, par la fidélité au sens. Elle ne m’élève pas par ce que je suis, mais par ce que je cherche à comprendre.
Elle n’est pas mon identité. Elle est mon chemin. Et sur ce chemin, je ne marche pas pour paraître, mais pour approcher, un peu plus humblement, la Parole de Dieu.
*Article paru dans le n°91 de notre magazine Iqra.
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