Regard fraternel (n°86) - Entre désespoir et espoir, un fil ténu reste notre seul point d’ancrage
- Guillaume Sauloup
- il y a 4 heures
- 7 min de lecture

Par Nassera Benamra
Une année s’achève, avec ses joies et ses amertumes, et nous accueillons la nouvelle avec des espoirs renouvelés. Sans renier le passé, nous prenons le temps de réfléchir et d’en tirer des leçons. Lorsque nous commettons des erreurs, nous les corrigeons ; lorsque nous réussissons, nous poursuivons ; lorsque nous trébuchons, nous nous relevons. Nous contribuons, nous construisons et nous avançons. Ainsi va la vie, ainsi est la nature humaine. Avec un regard fraternel, nous pouvons alors envisager l’avenir et discerner ce fil ténu mais lumineux qui nous relie à l’espoir.
En 2025, la communauté musulmane en France a été frappée par une hausse inquiétante des actes islamophobes, avec 79 incidents recensés entre janvier et mars, soit plus de 72 % par rapport à 2024. Des attaques graves ont touché plusieurs mosquées. Fin janvier, une grenade a été déposée devant la mosquée de Saint-Omer, dans le département septentrional du Pas-de-Calais, tandis qu’en février, celle de Jargeau a été incendiée sans oublier la mosquée de Maurepas, à Rennes, vandalisée à deux reprises. Ces agressions, répétées et ciblées, ravivent le traumatisme des violences passées et rappellent l’urgence de protéger les lieux de culte et la sécurité des fidèles.
Fin avril, Aboubakar Cissé, 22 ans, a été tué dans une mosquée à La Grand-Combe. La lenteur des réactions officielles et l’absence de qualification terroriste soulèvent de sérieuses questions sur la protection des citoyens musulmans en France. Un mois plus tard, Hichem Miraoui a été la cible d’une attaque motivée par l’islamophobie. Ces drames reflètent la marginalisation persistante des musulmans en France et l’inaction de certains responsables politiques. À la même époque, un ministre pourtant responsable des cultes a provoqué un tollé en scandant « À bas le voile! » devant des milliers de personnes, suscitant indignation et inquiétude au sein de la communauté musulmane.
Parallèlement, des débats politiques ont nourri l’inquiétude au milieu des musulmans, propositions de loi pour interdire le port du voile aux mineures, rapports évoquant même l’interdiction du jeûne du Ramadhan pour les moins de 16 ans, et des déclarations publiques provocatrices ont renforcé le sentiment de stigmatisation.
Aussi, des sondages ont mis en lumière certaines opinions minoritaires au sein de la population musulmane, une étude Ifop montre qu’environ un Français musulman sur cinq exprime une forme de sympathie pour le Hamas, contre 3 % dans l’ensemble de la population. Mais la majorité ne soutient pas cette organisation et reste attachée au respect des lois et à la vie en société.Bas du formulaire
Un nouveau scandale lié à l’islamophobie a éclaté dans les hôpitaux de Paris, révélé par Mediapart. Majdoline, infirmière à l’AP-HP depuis sept ans, a été licenciée sous prétexte de laïcité pour avoir porté un calot, ce petit bonnet utilisé par les soignants dans les blocs opératoires. Ceux qui l’ont sanctionnée ont interprété ce couvre-chef comme un signe religieux ostensible, alors qu’il est porté par tous les soignants, hommes et femmes, sans aucune connotation religieuse ni prosélyte.
Selon le syndicat Sud Santé, cette « chasse aux couvre-chefs » touche des centaines de soignants à Paris, mais aussi à Marseille, Lyon et Rennes, souvent pour des motifs absurdes, discriminatoires et injustes.
Ces événements et chiffres traduisent un constat réaliste, la communauté musulmane en France fait face à une marginalisation croissante, à des discriminations multiples, et à une forte pression sociale et politique, tout en restant diverse et loin des clichés simplistes.
Adoptant un discours sage et républicain, la Grande Mosquée de Paris a mis en place avec l’Ifop un « observatoire des discriminations envers les musulmans de France » permettant de mesurer les pratiques discriminantes qui les touchent de manière plus exhaustive que les simples plaintes ou témoignages recueillis par les associations ou les forces de l’ordre.
Réalisée auprès d’un échantillon national représentatif d’un millier de musulmans, cette enquête de victimation (enquête mesurant l’exposition aux discriminations ou violences), menée selon une méthodologie robuste combinant approches téléphonique et auto-administrée, révèle l'ampleur des phénomènes discriminatoires touchant la population musulmane française.
Dans un esprit à la fois de mémoire et d’espérance, la Grande Mosquée de Paris s’apprête à célébrer tout au long de l’année 2026 le centenaire de son inauguration en 1926. Cette année spéciale se veut ouverte à toutes les composantes de la société française, dans un climat de sérénité, de respect et de vivre-ensemble. C’est un véritable projet collectif qui se construit, un « beau livre » en pleine création, avec la participation de tous, intellectuels, artistes et acteurs religieux, unis pour célébrer la diversité, la culture, l’amour et l’humanité partagée.
*Article paru dans le n°92 de notre magazine Iqra.
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