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Résonances abrahamiques (n°16) - Jésus et l’argent


Par Raphaël Georgy

Dans les Évangiles, Jésus oppose l’argent à Dieu comme deux puissances rivales, affirmant que l’argent mal utilisé peut rapidement faire oublier l’essentiel.


Dans le fameux Sermon sur la montagne, Jésus développe son enseignement sur la justice, la prière et la place des biens matériels : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon ». Les auteurs du récit ne prennent pas la peine d’expliquer qui est ce « Mamon », car il est bien connu du lecteur de l’époque. Il s’agit d’un vieux mot araméen, langue que Jésus parlait au quotidien, et qui désigne la richesse qui cause une injustice ou rompt la solidarité communautaire. Jésus l’oppose ici directement à Dieu, comme deux puissances qui rivalisent pour conquérir le cœur de l’homme. « Le règne de l’argent est la seule idolâtrie qui a été explicitement mentionnée par Jésus dans l’Évangile, expliquait le pasteur Gilles Boucomont lors d’un colloque à la Grande Mosquée de Paris, consacré au trafic de drogue le 21 janvier dernier. C’est la seule fois qu’il a mis en rivalité deux puissances aussi explicitement. » Dans la pensée juive, dans laquelle naît le christianisme, l’homme se définit par ce qu’il sert. Servez l’argent vous rabaisse ; servir Dieu vous élève.


Jésus lui-même, fils d’artisan, qui correspondait à une classe sociale à peine plus élevée que celle de paysan, a fait le choix d’abandonner ses biens matériels pour porter plus loin sa prédication. L’Évangile de Luc rapporte qu’il dépend du soutien de plusieurs femmes que Jésus avait guéries, comme Marie de Magdala. Elles manifestent leur reconnaissance par une aide matérielle. Pour Jésus, ce vœu de pauvreté lui donne une liberté absolue. Il adoptera souvent une position radicale au sujet de l’argent.


« Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu », lit-on de la bouche de Jésus dans les Évangiles de Marc, Matthieu et Luc, signe de l’importance de cet enseignement pour les premiers chrétiens. Dans le commentaire qu’il donne lui-même, Jésus explique qu’il est impossible de se sauver soi-même et que cela ne dépend que de Dieu.


« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », dit-il dans l’Évangile de Matthieu (6, 19-21) pour inciter ceux qui l’écoutent à conserver une distance vis-à-vis des choses matérielles, dans un contexte où Jésus annonce une fin des temps imminentes (Matthieu 24, 34). Toute accumulation est alors inutile.


Ce qu’il valorise, au contraire, ce n’est pas la quantité de ce que l’on donne, mais sa qualité. En Marc 12, Jésus observe les riches donner de grosses sommes d’argent pour le service du temple, puis voit une pauvre veuve mettre deux piécettes. « Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a donné plus qu’aucun de ceux qui ont mis dans le tronc ; car tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait ».


C’est donc l’argent bien utilisé, celui qui circule, que Jésus adoube. Il n’est pas question de choisir la misère, mais la liberté. Celle de l’âme qui sait se délester pour mieux s’élever, au service de son prochain.



*Article à paraître dans le n°96 de notre magazine Iqra.



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