Résonances abrahamiques (n°20) - Quelques méditations de carême
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Par Raphaël Georgy
Comme le Ramadhan, le carême est une invitation à la conversion intérieure. Chaque année, les Églises en France proposent leurs conférences de carême, chaque dimanche, depuis Notre-Dame de Paris pour les catholiques, à la radio pour les protestants. L’occasion d’enseigner sur des thèmes centraux de la foi chrétienne, qui peuvent trouver des échos dans l’islam.
Après la réouverture de Notre-Dame de Paris, l’Église catholique a choisi de consacrer cette année le thème de ces conférences à la couronne d’épines que l’on peut voir dans la cathédrale et qui, selon la tradition chrétienne, aurait été portée par Jésus lui-même lors de sa crucifixion. Selon les Évangiles, les soldats romains, avant de faire subir à Jésus le supplice de la croix, lui posèrent une couronne tressée d’épines, pour tourner en dérision celui qu’on accusait de se dire « Roi des juifs ». Cet objet de torture est devenu un des symboles les plus forts de la foi chrétienne. D’abord vécu comme une humiliation, les chrétiens y ont vu plus tard le signe que le Messie attendu par les prophètes de la Bible juive avait choisi de vivre le don jusqu’au bout de sa vie. Malgré la défaite apparente, Dieu avait eu le dernier mot, en ressuscitant Jésus. Les chrétiens voient dans la couronne d’épines le symbole que Jésus n’était pas un maître qui oppresse, mais qui enseigne le don de soi, le service des autres, et qui mit en cohérence ses paroles et ses actes en acceptant de donner sa vie.
En 1239, cette couronne d’épines est achetée par le roi Louis IX (Saint Louis) à l’empereur de Constantinople et la Sainte-Chapelle est édifiée pour l’accueillir. Elle est exposée à Notre-Dame de Paris. Sous les voûtes restaurées, deux conférencières ont pris la parole. L’historienne médiéviste Nicole Bériou et la théologienne Marie-Laure Durand retracent cette histoire et proposent une méditation sur les images bibliques de la royauté. La Bible propose d’abord des exemples à ne pas suivre. Trois figures de l’abus de pouvoir royal : Pharaon, David tenté par le pouvoir absolu, et la persécution évoquée dans le livre d’Esther. Des figures qui trouvent des échos dans le Coran : Fir’awn, archétype du tyran ; Dâwoud, prophète-roi à qui Dieu rappelle les exigences de la justice ; et la persécution des innocents que le Coran dénonce. La Bible affirme que la royauté de Dieu n’a rien à voir avec ces abus. « Ma royauté n’est pas de ce monde », aurait dit Jésus face à Pilate qui l’interroge.
Pour les chrétiens, Jésus est « l’image du Dieu invisible » et par là, donne une idée de la manière dont Dieu est roi, comme l’islam lui attribue ce nom, El-Malik, le Roi. Jésus enseigne que la royauté divine est avant tout faite de miséricorde, dans une alliance fondée sur la liberté et non sur la sujétion, une alliance qui nous rend responsables de nos actes devant Dieu et devant les hommes.
Côté protestant, la pasteure Nathalie Chaumet proposait une méditation sur le récit de la pêche miraculeuse (Luc, chapitre 5). Jésus monte dans la barque de Simon, simple pêcheur, pour y faire entendre la Parole de Dieu. Le sacré rejoint l’homme là où il travaille, jusque dans ses échecs, comme Simon qui se retrouve épuisé après une nuit sans avoir pêché le moindre poisson. L’écoute de la Parole l’incite à se remettre en mouvement, à garder espoir, et à toujours aller voir au-delà de ce que nous croyons déjà savoir. La pasteure consacre toute la série de conférences de carême cette année à ces gestes, petits en apparence, mais porteurs de sens.
Le deuxième récit qu’elle médite est celui du paralytique que des hommes apportent à Jésus sur une civière, mais la porte étant fermée à cause de la foule, ils doivent passer par le toit. Selon l’Évangile, Jésus loue la foi des porteurs. A l’image d’un Dieu de grâce, ils regardent le paralysé avec le regard que Dieu porte sur l’humanité. Un regard qui voit au-delà des infirmités, au-delà de la faute. Leurs gestes sont anonymes, comme l’aumône discrète que Jésus enseigne : « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite » (Matthieu 6, 3). Un musulman pourra y voir le sens de la Sadaqa, l’aumône volontaire : cette générosité qui ne cherche ni reconnaissance ni retour, et dont le Coran dit qu’elle est plus belle encore lorsqu’elle reste cachée.
*Article paru dans le n°100 de notre magazine Iqra.
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