Récits célestes (n°77) - La conquête de La Mecque… une victoire sans vengeance, une miséricorde au moment même où le pouvoir le permet
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En l’an huit de l’Hégire, au mois de Ramadhan, le Messager d’Allah, que la bénédiction et la paix soient sur lui, se mit en marche vers La Mecque à la tête d’une armée de dix mille combattants.
Il ne s’agissait pas de se venger, mais de mettre un terme à une période de trahisons et de ruptures d’engagements, après que les Quraychites eurent violé la trêve d’El-Houdaybiya.
Le Coran a consigné cet événement grandiose en ces termes : « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante » (El-Fath, 1). Ce verset annonçait l’ouverture d’une nouvelle étape dans le parcours de l’appel.
Le Prophète, que la bénédiction et la paix soient sur lui, entra à La Mecque la tête inclinée, par humilité devant Allah, au point que sa barbe faillit toucher sa monture.
Aucune bannière de vengeance ne fut levée, et le sang ne coula, dans des limites infimes, que du fait de ceux qui s’obstinèrent à combattre. C’est ici que se révèle la grandeur d’un commandement inspiré par la foi : dans l’islam, la force n’est pas faite pour la brutalité, mais pour l’instauration de la justice.
Le Prophète, que la bénédiction et la paix soient sur lui, rassembla les Quraychites auprès de la Kaaba, eux qui l’avaient offensé, contraint à l’exil et combattu. Il leur demanda : « Que pensez-vous que je vais faire de vous ? » Ils répondirent : « Un frère noble, fils d’un frère noble. » Alors il prononça ces paroles devenues immortelles : « Allez, vous êtes libres. »
Au moment même où il détenait le pouvoir, la noblesse d’âme triompha de la colère, et le pardon l’emporta sur la mémoire de la souffrance. Voilà la grande leçon ramadhanesque : le vrai jeûneur est celui qui sait se maîtriser lorsqu’il est gagné par la colère.
Le Prophète ﷺ entra dans la Kaaba et brisa les idoles en récitant : « Et dis : « La vérité est venue et le faux a disparu. Car le faux est voué à disparaître. » (El-Isrâ’, 81). La conquête ne fut pas seulement militaire : elle fut aussi une purification doctrinale et spirituelle. La Kaaba fut débarrassée des idoles, comme le jeûne purifie le cœur de ses passions.
Après la conquête, le Prophète, que la bénédiction et la paix soient sur lui, ne dit pas : « Nous avons vaincu. » Ce fut plutôt la Parole divine qui descendit : « Quand vient le secours d’Allah et la victoire, et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah, alors célèbre la louange de ton Seigneur et implore Son pardon » (An-Nasr, 1–3).
La victoire authentique n’engendre pas l’orgueil ; elle appelle la glorification et la demande de pardon. Ainsi, la conquête de La Mecque n’est pas seulement un fait historique : c’est une méthode de vie.
Si tu es lésé : endure avec patience, car l’issue appartient aux pieux.
Si tu es en position de force : pardonne, car le pardon est un chemin vers l’affermissement.
Et si une petite victoire t’est accordée dans ta vie : n’oublie pas la glorification et la demande de pardon.
Ramadhan est le mois de la victoire sur soi-même, et la conquête de La Mecque en est la plus haute leçon : triompher sans se venger.
*Article paru dans le n°100 de notre magazine Iqra.
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