Résonances abrahamiques (n°21) - Quand le Ramadhan renforce la pratique des chrétiens
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Par Raphaël Georgy
Depuis quelques années, la visibilité du Ramadhan en France semble renforcer la pratique des chrétiens, par le biais des réseaux sociaux. Un effet qui pourrait s’accentuer avec la coïncidence avec le Carême chrétien.
Le premier signe fut sur les réseaux sociaux. On a vu des influenceurs chrétiens s’interroger sur TikTok ou Instagram à l’occasion du Ramadhan, sur les pratiques à adopter durant le Carême, cette période de jeûne et de pénitence de quarante jours que les chrétiens observent avant Pâques. Et livrer leur « routine de carême », comme d’autres proposent leur « routine beauté ». L’office du Mercredi des Cendres, cérémonie qui ouvre le temps du Carême, connaît depuis quelques années une affluence croissante, notamment chez des jeunes en recherche de règles strictes sur le jeûne. Le média catholique Famille chrétienne s’enthousiasmait l’an dernier d’un « raz-de-marée ». Dans le même temps, le nombre de baptêmes d’adultes augmente, puisque les enfants sont de moins en moins nombreux à suivre un catéchisme, l’enseignement religieux chrétien.
« Des prêtres ont évoqué leur surprise et leur perplexité lorsque certains de ces nouveaux catholiques, convertis ou recommençants, se sont enquis auprès d’eux, avec un grand souci "d’être bien en règle", des obligations qui leur incombaient en matière de jeûne, de prières obligatoires, de tenue vestimentaire, et même de pratique sexuelle pendant ces quarante jours. On a vu immédiatement dans ce légalisme surprenant quelque chose d’une compétition ascétique et identitaire avec les jeunes musulmans pratiquants concernés au même moment par le Ramadhan », analyse la sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger, dans un article paru en 2025 dans la revue Telos.
Les influences interreligieuses ne sont pas nouvelles. Dans les années 1980, la piété évangélique avait transmis à certains convertis au catholicisme une expression émotionnelle de la foi, loin des canons habituels de l’Église. « Ces jeux d’influence existent et il n’est pas douteux qu’une forme de rivalité mimétique avec l’islam a une part dans le désir de ces jeunes croyants, dont la culture religieuse est, au mieux, embryonnaire, et le plus souvent inexistante, de manifester leur toute fraîche affiliation religieuse à travers des expressions objectives et validées de leur affiliation catholique », poursuit la sociologue.
Le jeûne du Ramadhan, l’un des cinq piliers de l’islam, est observé par 83 % des pratiquants musulmans de 18 à 24 ans, contre 64 % en 2019, selon un sondage IFOP publié en novembre dernier. Face à un tel niveau de pratique, les chrétiens peuvent voir dans l’islam le miroir qui révèle une relation non résolue au religieux. Mais ils peuvent aussi en garder le meilleur. Car le Carême, comme le Ramadhan, est un temps privilégié de réconciliation spirituelle, d’examen de conscience de sa relation au divin et aux autres, de méditation et d’étude. Voilà pourquoi l’Église catholique appelle sur son site Internet à sortir de la « compétition » entre Ramadhan et Carême, et à « se recentrer sur le cœur de ces démarches ».
Alors, serait-ce le retour en force du christianisme ? Au contraire. La recherche de marqueurs visibles et d’une forme de virtuosité dans la foi serait plutôt le signe que les chrétiens ont accepté leur statut minoritaire. Le Ramadhan leur montre que, même dans la France contemporaine, la visibilité religieuse est possible.
*Article paru dans le n°101 de notre magazine Iqra.
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