Notre mosquée (n°46) - Une passerelle d’enfance entre France et Algérie
- Guillaume Sauloup
- 25 juil. 2025
- 5 min de lecture

Le jeudi 17 juillet à Alger, dans l’hémicycle de l’Assemblée populaire nationale, un silence respectueux a accompagné l’entrée de jeunes visages venus de France. Ce sont les enfants de la communauté nationale, invités dans le cadre des colonies de vacances organisées par la Grande Mosquée de Paris, en collaboration avec le ministère de la Jeunesse algérien, dans le sillage du programme voulu par le Président de la République, monsieur Abdelmadjid Tebboune.
À première vue, il s’agit d’un voyage éducatif. Mais l’événement a une portée bien plus profonde, symboliser un lien qui ne demande qu’à se renouveler, entre deux pays au passé chargé et aux destins étroitement liés, la France et l’Algérie.
Ces enfants, nés et grandis en France, sont les petits-enfants de ceux qui ont connu la guerre, la rupture, l’exil, les silences de l’Histoire. En franchissant les portes du Parlement algérien, ils ne font pas qu’un geste civique, mais ils illustrent une mémoire réconciliée, une confiance retrouvée.
Reçus par le président de l’Assemblée, monsieur Ibrahim Boughali, les jeunes ont participé à une séance parlementaire symbolique. Là, entre les bancs du pouvoir législatif, ils ont pris conscience de ce que représente une nation, un débat, une voix. Un apprentissage de la citoyenneté qui dépasse les frontières et qui fait d’eux, peut-être, les futurs bâtisseurs d’un dialogue plus apaisé entre les deux rives.

Depuis trois ans, la Grande Mosquée de Paris, sous la direction de son recteur Chems-Eddine Hafiz, s’est engagée pleinement dans cette mission, offrant à la jeunesse de la diaspora une Algérie vivante, accueillante, formatrice. En facilitant ces séjours, en construisant des itinéraires mêlant patrimoine, histoire, mémoire et institutions, elle joue le rôle d’un trait d’union entre la France et l’Algérie, non pas seulement religieux ou culturel, mais profondément humain.
Ces colonies de vacances sont des espaces de réappropriation identitaire, où chaque enfant peut poser des questions, découvrir la terre de ses ancêtres, comprendre les institutions, mais aussi et surtout se sentir légitime dans cet entre-deux.
À travers ce programme, le Président de la République algérienne adresse un message clair à la communauté nationale, il ne vous oublie pas. Il ne vous considère pas comme des absents, mais comme des partenaires, des acteurs à part entière de son présent et de son avenir. La République vous reconnaît dans votre rôle, et vous associe pleinement à l’œuvre collective du redressement national.
C’est ainsi que se construit une réconciliation réelle, non pas en gommant les blessures, mais en offrant aux générations suivantes les moyens de les dépasser. Par l’éducation, la reconnaissance, la parole et la confiance.

Dans cette démarche, la Grande Mosquée de Paris, fidèle à son histoire et à sa mission, continue de montrer qu’elle est bien plus qu’un lieu de prière. Elle est un pont vivant entre deux mémoires, deux cultures, deux espérances. Son histoire s’inscrit dans une trajectoire qui dépasse les frontières, portée par des valeurs de transmission, de respect et de connaissance.
Ce geste, en apparence simple, inviter des enfants nés en France à découvrir leur pays d’origine, devient une main tendue entre les générations, une passerelle douce entre ici et là-bas, entre ce que l’on est et ce que l’on hérite.
La jeunesse issue de l’immigration n’est pas enfermée dans un récit de fracture. Elle est capable d’aimer ses deux pays, de servir deux cultures, de construire des ponts là où les murs ont longtemps freiné.
En vingt ans, ces enfants deviendront adultes. Ils voteront, peut-être siègeront-ils eux-mêmes dans les parlements des deux pays. Mais ce qu’ils auront appris, vu, ressenti durant ce voyage et notamment dans cette salle parlementaire algérienne, ne les quittera jamais.
*Article paru dans le n°75 de notre magazine Iqra.
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