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Sabil al-Iman (n°93) - Accueillir l’autre,c’est accueillir une part de Dieu


Par Cheikh Khaled Larbi

Accueillir n’est pas posséder, ce n’est ni dominer ni exposer. C’est ouvrir sans compter, donner sans rappeler, et parfois s’effacer pour laisser l’autre exister. Sur le chemin de la foi, l’hospitalité est une prière silencieuse qui marche vers Dieu.


L’hospitalité : un acte de foi avant d’être un acte social


Dans la tradition islamique, l’hospitalité n’est jamais présentée comme un simple geste de courtoisie. Elle est un signe de foi, un indicateur intérieur, une preuve concrète de ce que l’on prétend croire. Le Prophète. Mohamed  ﷺ l’énonce sans ambiguïté : « Que celui qui croit en Dieu et au Jour dernier honore son hôte. » (Sahîh El-Boukhârî, Sahîh Mouslim).


La foi est ici liée à l’acte. Non pas à l’intention seule, mais à ce qu’elle produit dans le réel.


Honorer l’hôte devient ainsi une traduction visible de la croyance invisible.


Les savants expliquent que ce hadith établit un principe fondamental : la foi authentique ne se replie pas sur elle-même, elle s’ouvre, elle se donne, elle se met au service de l’autre.


Accueillir sans humilier, sans rappeler, sans dominer


L’éthique islamique insiste sur une hospitalité digne, libérée de toute forme de violence symbolique. Accueillir ne signifie pas faire sentir à l’autre qu’il est redevable. Donner ne signifie pas rappeler ce que l’on a donné. Ouvrir sa porte ne signifie pas prendre le pouvoir sur celui qui entre. Les maîtres spirituels distin-guent clairement : l’hospitalité ostentatoire, qui cherche le regard, la reconnaissance, parfois même la soumission de l’hôte ; l’hospitalité sincère (Ikhlas), discrète, humble, parfois invisible, mais lourde de sens auprès de Dieu. Ibn al-Qayyim écrit que l’Ikhlas consiste à « purifier l’acte de tout regard autre que celui de Dieu ». Accueillir pour Dieu, c’est accueillir sans calcul, sans attente, sans supériorité.


L’hôte comme épreuve spirituelle


Dans le cheminement intérieur, l’hôte n’est pas toujours une facilité. Il est parfois une épreuve. Il dérange le rythme, bouscule le confort, met à nu l’ego. Il teste la patience, la générosité, la maîtrise de soi.


C’est précisément pour cette raison que l’hospitalité élève spirituellement.


Elle révèle ce que la prière seule ne montre pas toujours : notre capacité réelle à faire passer l’autre avant nous-mêmes.


Le Coran décrit ceux qui atteignent ce degré : ils offrent la nourriture, malgré leur propre besoin, au pauvre, à l’orphelin et au captif.


« Nous vous nourrissons pour l’amour de Dieu seul ; nous n’attendons de vous ni récompense ni reconnaissance. »

Coran, 76, 8-9


Donner quand on a peu, accueillir quand on est fatigué, partager quand on manque : voilà une hospitalité qui purifie le cœur.


Nourrir l’autre avant soi-même : une pédagogie de l’âme


Dans la tradition prophétique, nourrir l’hôte est un acte hautement symbolique. Il ne s’agit pas seulement de rassasier un corps, mais de reconnaître une dignité.


Plusieurs Compagnons du Prophète ﷺ rapportent avoir offert le peu qu’ils possédaient, se contentant parfois de l’eau ou de la faim, afin que l’invité ne se sente ni inférieur ni gêné.


Cette pédagogie est claire : la foi ne s’exprime pas dans l’abondance, mais dans la priorité donnée à l’autre. Accueillir devient alors un exercice de désappropriation : se détacher de ce que l’on possède, pour se rapprocher de Celui qui donne tout.


L’hospitalité n’est pas dans l’abondance


Elle est dans l’intention, dans la discrétion, et dans la capacité à s’oublier un instant pour laisser place à l’autre.


Accueillir, c’est croire sans discours, servir sans détour, donner sans retour. Sur le sentier de la foi, celui qui ouvre sa porte ouvre souvent son cœur, et parfois, sans le savoir, s’approche un peu plus de Dieu.



*Article paru dans le n°95 de notre magazine Iqra.



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Sabil al-Iman (n°76) - Le Prophète ﷺ, école de miséricorde et de foi



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