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Résonances abrahamiques (n°21) - Guerre en Iran au nom de Dieu : la réponse du Vatican

  • 24 mars
  • 4 min de lecture

Par Raphaël Georgy

Dimanche 15 mars dernier, le pape Léon XIV a haussé le ton face aux évangéliques américains qui voient dans l'intervention américaine en Iran un « plan de Dieu » et en Donald Trump l'agent de cette prophétie.


Quelques jours après les premières frappes en Iran, une vingtaine de dirigeants évangéliques entourent Donald Trump dans le Bureau ovale, pour une imposition des mains un geste de bénédiction où les participants posent leurs mains sur la personne pour qui ils prient. Cette cérémonie pentecôtiste, qui se déroule sous les caméras du monde entier, ne prend pas seulement le sens d'une prière pour le président et son pays. De nombreux évangéliques états-uniens voient en Trump le nouveau Cyrus, ce roi perse du VIe siècle avant notre ère qui libéra les juifs de la captivité à Babylone (Ésaïe 45). Ce motif, récurrent dans le sionisme chrétien s'appuie sur une lecture littérale de la Bible hébraïque, en ignorant tout de son contexte historique. Si le président manifeste peu d'intérêt pour cette interprétation théologique qui lui attribue le meilleur rôle, il prend soin de ne jamais la contredire.


L'Église catholique, elle, s'inscrit en faux contre cette instrumentalisation politique des Écritures. Et le premier pape américain de l'histoire a haussé le ton contre son propre pays. Le 15 mars dernier, il déclare lors d'un sermon dans la banlieue de Rome : « Beaucoup de nos frères et sœurs souffrent aujourd'hui à cause de conflits violents, causés par la prétention absurde que les problèmes et les différences peuvent être résolus par la guerre. [...] Certains prétendent même invoquer le nom de Dieu dans ces choix de mort. Mais Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres. Il vient toujours apporter lumière, espoir et paix à l'humanité, et c'est la paix que ceux qui l'invoquent doivent chercher. »


Quelques heures après le début de l’intervention américaine en Iran, le pape avait lancé cet appel : « Face à la possibilité d'une tragédie aux proportions immenses, je lance un appel pressant à toutes les parties impliquées pour qu'elles assument la responsabilité morale d'arrêter la spirale de violence avant qu'elle ne devienne un abîme irréparable. »


Le Saint-Siège défend une diplomatie qui peut se résumer par cinq principes : le rejet absolu de la guerre préventive, contraire au droit international et à la doctrine morale catholique ; la primauté du multilatéralisme, ce qui a conduit le Vatican à refuser de rejoindre le « Conseil de la Paix » proposé par Trump ; la solution à deux États (le Vatican reconnaît l'État de Palestine depuis 2015) ; la protection inconditionnelle des civils ; et l'égale dignité de toutes les victimes.


Le 4 mars, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège, l'équivalent d'un Premier ministre, avait posé le cadre : « Si l'on reconnaissait aux États un droit à la guerre préventive, selon leurs propres critères et sans cadre juridique supranational, le monde entier risquerait d'être embrasé. » Et d'ajouter : « La justice a cédé la place à la force ; la force du droit a été remplacée par le droit de la force. »


Le 8 mars, le cardinal Dominique Mathieu, religieux catholique belge et archevêque de Téhéran, était évacué d'Iran avec le personnel de l'ambassade d'Italie. Reçu par le pape trois jours plus tard, il incarne cette Église présente en terre d'islam jusque sous les bombes, et qui refuse pourtant de bénir ceux qui les larguent.


Le 9 mars, lors d'un iftar de Ramadan à Rome, Parolin avait rappelé : « Le Saint-Siège parle à tout le monde et, lorsque cela est nécessaire, il parle aussi aux Américains, il parle aux Israéliens et leur présente ce que nous considérons comme des solutions. » Le Vatican ne dispose que des « instruments de la parole, de la raison et de la sagesse ».



*Article paru dans le n°102 de notre magazine Iqra.




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6 commentaires


hufhsufhus
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