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Résonances abrahamiques (n°26) - Léon XIV à Annaba : le parfum discret d'une Église minoritaire

  • il y a 1 heure
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Par Raphaël Georgy

Dans la basilique qui porte le nom de son maître spirituel, le pape augustinien a célébré mardi 14 avril 2026 la seule messe pontificale de son passage en Algérie. Devant un millier de fidèles, il a choisi l'image de l'encens pour dire aux 8 000 catholiques du pays ce qu'il attendait d'eux.


La modestie de la basilique Saint-Augustin à Annaba, capable d'accueillir autour d'un millier de fidèles, comme ce mardi 14 avril 2026 lors de la messe célébrée par le pape Léon XIV, tranche avec la nouvelle Grande Mosquée d'Alger, inaugurée en 2024 et qui affiche une jauge de 120 000 personnes. Le contraste illustre la situation de la communauté chrétienne d'Algérie, petite et modeste. La venue du pape constitue d'autant plus un événement fort et inattendu, dépassant les logiques simplement humaines, à l'image d'un Jésus se rendant d'abord auprès des plus petits.


« Votre présence dans le pays fait penser à l'encens, a affirmé le souverain pontife dans son homélie. Un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu'il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs. Cet encens est un petit élément précieux qui n'est pas au centre de l'attention mais qui invite à tourner nos cœurs vers Dieu, en nous encourageant mutuellement à persévérer dans les difficultés du temps présent. La louange, la bénédiction, la supplication s'élèvent de l'encensoir de notre cœur, en répandant la suave odeur de la miséricorde, de l'aumône et du pardon. »


L'encens, bien connu en islam sous le nom de bakhour en arabe, est utilisé régulièrement dans les offices catholiques et remonte aux origines du christianisme et du judaïsme. « Que ma prière soit devant toi comme l'encens, et l'élévation de mes mains comme l'offrande du soir », disait le psaume 141. Dans l'évangile de Matthieu, les mages offrent à l'enfant Jésus de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Les Pères de l'Église, comme les chrétiens appellent les grands commentateurs de la Bible, y ont vu la reconnaissance de l'intimité entre Jésus et Dieu.



Comme l'encens, la communauté chrétienne est tout juste assez grande pour être remarquée. Elle n'a pas vocation à exister pour elle-même, mais à s'offrir aux autres. L'encens n'attire pas l'attention ; il oriente vers Dieu. Son parfum ne sature jamais la pièce ; il se diffuse en laissant de l'espace aux autres. Ainsi le pape présente-il l'image d'une coexistence possible.


Mais si les chrétiens d'Algérie sont petits par le nombre, ils sont grands par le passé dont ils héritent : une grande Église à Hippone, dont Augustin était l'évêque de 395 à 430 après J.-C. Un des théologiens chrétiens les plus influents avec Thomas d'Aquin a défini une des plus anciennes règles monastiques occidentales, inspirée du livre des Actes des apôtres, dans la Bible. Par un heureux hasard du calendrier, c'est ce texte qui a été lu durant la messe célébrée par le pape à Annaba : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. (…) Aucun d'entre eux n'était dans l'indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun. » Dans ce texte, Luc présente un idéal d'Église où la fraternité des croyants va jusqu'à la mise en commun des biens, reflet visible de leur unité de foi et de cœur.


La régénération du cœur est une des clés de voûte de la théologie d'Augustin, car pour lui, c’est le lieu où Dieu agit. Elle n'est pas l'œuvre de l'homme, mais bien de Dieu qui fait « naître à nouveau » ou « d'en haut », comme le dit l'évangile de Jean, lu également pendant la messe. Le pape en fait même une « règle apostolique » et un « critère authentique de réforme ecclésiale » : une réforme qui, pour être vraie, commence par le cœur. On peut aussi y voir une référence à l'effort perpétuel de l'être humain, qui lutte chaque jour contre le repli sur soi et l'égoïsme, pour se tourner à nouveau vers les autres et vers Dieu.


C'est ainsi transformés que les chrétiens d'Algérie, mais plus largement tous les croyants, sont appelés par le pape à demeurer des témoins de l'amour de Dieu : « Témoignez de l'Évangile par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue vécu au jour le jour : vous donnerez ainsi saveur et lumière là où vous vivez ».




*Article à paraître dans le n°106 de notre magazine Iqra.




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