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Résonances abrahamiques (n°27) - Le point de vue de l’Église catholique sur la société

  • 26 avr.
  • 4 min de lecture

Par Raphaël Georgy

Depuis 1891, l'Église catholique a formalisé sa vision de la société dans la Doctrine sociale de l'Église. Un ensemble de textes officiels qui dessinent, autour de quatre grands principes, la société qui correspondrait aux plus hautes aspirations humaines.


Le 10 mai 2025, deux jours après son élection, le pape Léon XIV explique le choix de son nom devant les cardinaux à Rome. « Plusieurs raisons, dit-il. Mais principalement parce que le pape Léon XIII, avec l'encyclique historique Rerum Novarum, a traité la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle. De nos jours, l'Église offre à chacun son patrimoine de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui portent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. » Il place au cœur de son pontificat la Doctrine sociale de l'Église, qui mérite donc notre attention.


En 1891, son prédécesseur Léon XIII était interpellé par la misère des ouvriers et un capitalisme qui a développé l'Europe comme jamais, tout en écrasant les plus faibles. Dans son texte majeur Rerum Novarum, le pape prend la défense des droits des salariés, à commencer par un salaire juste. Il s'oppose aussi au socialisme qui supprime la personne au profit de l'État.



Depuis Rerum Novarum, onze autres encycliques sociales majeures ont dessiné une Doctrine sociale qui se structure autour de quatre principes. D'abord, la dignité de la personne humaine, que le concile Vatican II résumera ainsi : « Toutes les formes de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne (…) doivent être surmontées et abolies comme contraires au plan de Dieu. » La raison est simple : dans le livre de la Genèse, l'humanité est créée « à l'image de Dieu », d'où découle cette dignité. Puis la notion incontournable de bien commun, défini comme « l'ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une manière plus totale et plus aisée ». Le bien commun se distingue de « l'intérêt général » républicain français, en ce qu'il vise la perfection humaine intégrale et l'ouverture à Dieu. De plus il intègre des biens non quantifiables comme le savoir, la paix, la culture. Comme disait le pape François dans Laudato Si', « Tout est lié ». La subsidiarité, ensuite, valorise l'initiative privée au plus proche des personnes concernées, et est inscrite dans le Traité européen de Maastricht. Et enfin la solidarité qui privilégie le sort du plus faible.


De ces quatre orientations découlent plusieurs applications concrètes comme la condamnation de l'esclavage, l'option préférentielle pour les pauvres qui se traduit par une « priorité spéciale aux plus démunis dans les préoccupations, les actions et les choix sociétaux des chrétiens et de l'Église elle-même » ou la destination universelle des biens, qui stipule que « Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité » (concile Vatican II). Le droit pour chaque personne de participer à la vie économique, politique et culturelle est une autre application de la doctrine sociale, comme une conséquence de la dignité de chaque personne.



Du point de vue catholique, ces textes ne font que traduire ce que la Bible et les Pères de l'Église ont affirmé. Ces textes s'appuient autant sur la Révélation chrétienne que sur la raison naturelle, qui permet de les présenter de manière rationnelle, compréhensible par tous, quelles que soient les convictions. Cette Doctrine sociale est donc théologique par sa source (Révélation et Tradition), rationnelle par son expression, et pratique car elle prétend orienter l'action humaine.


Si les principes sont immuables, les applications, elles, ne le sont pas. C'est le cas par exemple de la peine de mort, que la tradition classique déclarait comme légitime en dernier recours, chez Augustin ou Thomas d'Aquin par exemple, et qui a finalement été déclarée « inadmissible » en 2018 au nom de la dignité de la personne. La liberté religieuse est un autre exemple remarquable : autrefois condamnée comme une erreur en 1864, elle est proclamée comme un droit par le concile Vatican II, au nom également de la dignité de l'humanité qui cherche la vérité librement, sans toutefois approuver le relativisme.


*Article paru dans le n°107 de notre magazine Iqra.




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2 commentaires


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Un article vraiment riche et bien structuré — j’ai trouvé intéressant la façon dont il relie les principes anciens aux enjeux modernes comme geometry dash l’intelligence artificielle.

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