Le Coran m’a appris (n°34) - À ouvrir ma porte avant d’ouvrir la bouche
- Guillaume Sauloup
- il y a 17 minutes
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Par Cheikh Khaled Larbi
Avant de parler, j’ai appris à me taire.
Avant de convaincre, à regarder.
Avant de juger, à laisser entrer.
Le Coran ne m’a pas appris à avoir raison, il m’a appris à faire de la place. Car parfois, ouvrir sa porte est une forme de sagesse que les mots ne savent pas dire.
Le Coran : un Livre qui apprend à recevoir
On dit souvent que le Coran enseigne la foi, les rites, les règles. C’est vrai.
Mais il enseigne aussi quelque chose de plus discret, de plus exigeant : l’art de recevoir l’autre.
Recevoir l’étranger. Recevoir le voisin. Recevoir celui qui partage notre quotidien, et même celui qui dérange nos certitudes.
Le Coran ne s’adresse pas à des êtres abstraits, mais à des hommes et des femmes en relation.
Il ne construit pas une foi isolée, il façonne une éthique du lien.
« Adorez Dieu sans rien Lui associer, et faites le bien envers vos parents, les proches, les orphelins, les pauvres, le voisin proche et le voisin éloigné, le compagnon à vos côtés,
et l’étranger »
Coran, 4, 36
Dans ce verset, la foi en Dieu est immédiatement suivie d’un devoir envers l’autre.
Comme si croire sans accueillir était une foi inachevée.
Accueillir l’autre avant de le comprendre
Le Coran ne me demande pas d’abord de comprendre l’autre, mais de le respecter. De lui accorder une place avant de lui poser des questions. De lui reconnaître une dignité avant de lui demander des comptes.
Dans un monde obsédé par l’opinion, le Coran m’apprend la retenue.
Dans une société saturée de paroles, il m’enseigne l’écoute.
Accueillir, ce n’est pas approuver. Ce n’est pas se renier. C’est accepter que l’autre existe sans me ressembler.
Le Coran m’a appris que l’hospitalité commence parfois sans table ni pain, mais par un regard qui ne méprise pas, une oreille qui ne coupe pas, un silence qui respecte.
Nourrir sans attendre : une hospitalité du cœur. Parmi les versets qui m’ont le plus marqué, ceux de la sourate El-Insan résonnent comme une leçon d’humanité pure : ils offrent la nourriture, malgré son amour, au pauvre, à l’orphelin et au captif, en disant :
« Nous vous nourrissons pour l’amour de Dieu seul, nous n’attendons de vous ni récompense ni reconnaissance. »
Coran, 76, 8/9
Ces mots m’ont appris que l’hospitalité véritable ne cherche ni retour, ni gratitude, ni reconnaissance.
Elle libère celui qui donne autant que celui qui reçoit.
Nourrir l’autre, c’est parfois nourrir une part de soi que l’ego affamait sans le savoir.
L’étranger, le voisin, le collègue : une hospitalité quotidienne.
Le Coran ne limite pas l’hospitalité aux grandes occasions
Il la place dans le quotidien : au travail, dans l’immeuble, dans la rue.
Accueillir un collègue par une écoute sincère. Accueillir un voisin par une attention simple.
Accueillir même celui qui dérange par une retenue digne.
« Repousse le mal par ce qui est meilleur… »
Coran, 41, 34
Ce verset ne m’a pas appris à me laisser écraser, mais à répondre sans m’abîmer. A transformer la tension en distance apaisée.
A garder une porte ouverte, même quand le cœur hésite.
L’hospitalité intérieure : ouvrir avant de parler
Le Coran m’a aussi appris une chose essentielle: on peut fermer sa porte extérieure tout en gardant une porte intérieure ouverte. Accueillir, c’est parfois laisser l’autre parler sans l’interrompre. C’est écouter sans préparer sa réponse. C’est regarder sans réduire l’autre à ce que l’on croit savoir. Dieu ne m’a pas demandé d’être bruyant dans ma foi, mais juste.
Ni dominateur, ni effacé, mais présent avec droiture.
Le Coran m’a appris que parfois…
Ouvrir sa porte vaut mieux que mille discours. Car une porte ouverte peut réparer ce que les mots ont blessé. Quand les débats fatiguent et que les voix se durcissent, je me souviens de cette leçon silencieuse : avant d’ouvrir la bouche, ouvre ta porte.
Avant de convaincre, accueille.
Car parfois, c’est dans le geste discret que Dieu se laisse le mieux reconnaître.
*Article à paraître dans le n°95 de notre magazine Iqra.
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