top of page

Sabil al-Iman (n°99) - La foi comme chemin vivant, non comme héritage passif

  • il y a 2 heures
  • 8 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

Sur le chemin de la foi, chaque pas est un combat,

chaque chute une leçon, chaque larme un éclat.

Sur le chemin de la foi, rien n’est linéaire, rien n’est figé,

c’est une marche intérieure où l’on tombe pour mieux se relever.


La foi n’est pas une émotion passagère. Elle n’est pas une ferveur de circonstance, ni un frisson collectif. Elle est une construction lente, parfois douloureuse, souvent silencieuse.


Le savant Ibn El-Qayyim écrivait : « Le cœur chemine vers Allah comme l’oiseau vole : l’amour est sa tête, la crainte et l’espérance sont ses deux ailes. »


Si l’une manque, le vol devient instable. Trop de crainte, et l’on désespère. Trop d’espoir, et l’on se relâche. La foi véritable tient dans cet équilibre subtil : avancer avec tremblement et con-fiance. Ramadhan devient alors plus qu’un mois. Il devient une école. Une école où l’on apprend à dire non à soi-même pour dire oui à l’essentiel.


Dans la sourate El-Ankabut, Allah dit : « Quant à ceux qui luttent pour Nous, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. »


Remarque la condition : ceux qui luttent.


Le chemin, Sabil, n’est pas offert à l’indifférent. Il s’ouvre à celui qui résiste à son ego, qui lutte contre sa paresse, qui combat son orgueil.


La foi n’est pas l’absence de doute. Elle est la décision de rester malgré le doute.


Il y a des nuits où la prière est légère, et d’autres où elle pèse comme une montagne.


Il y a des jours où le Coran semble parler directement à ton cœur, et d’autres où les versets glissent sans laisser de trace. Cela fait partie du voyage.


Le Prophète ﷺ a dit : « La foi s’use dans le cœur de l’un de vous comme s’use un vêtement ; demandez donc à Allah de renouveler la foi dans vos cœurs. »


La foi s’use. Elle fluctue. Elle monte et elle descend. Le reconnaître n’est pas une faiblesse.


C’est une lucidité.


Sur Sabil el-Imân, on découvre que le plus grand obstacle n’est pas le monde extérieur, mais le monde intérieur. L’ego aime être vu. Il aime être applaudi pour sa piété. Il aime les longues invocations… quand elles sont observées.


Mais la sincérité, elle, aime l’ombre. Dans la sourate El-Moulk, Allah dit : « Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver [et de savoir] qui de vous est le meilleur en œuvre. »


Les exégètes expliquent : Il n’a pas dit « le plus grand nombre d’œuvres », mais « le meilleur ».


Le meilleur, c’est le plus sincère. Le plus pur. Celui qui aurait agi de la même manière même si personne n’avait regardé.


Le chemin de la foi est aussi un chemin de dépouillement. Moins d’apparence. Moins de bruit. Moins de comparaison. Plus d’intention. Plus de cohérence. Plus de vérité.


Un jour, un homme demanda à Hasan al-Basri : « Quelle est la réalité de la foi ? ». Il répondit en substance : « Ce n’est pas un souhait ni une parure, mais ce qui s’enracine dans le cœur et se confirme par les actes ». La foi n’est pas ce que l’on affiche. Elle est ce que l’on devient.


Il y a aussi les chutes. Les erreurs répétées. Les promesses faites à Allah… puis oubliées. Et pourtant, le chemin ne se ferme pas.


Dans la sourate Ez-Zoumar, il est dit : « Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès contre vous-mêmes, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ».


Ne désespérez pas.  Ces  mots  suffisent  à  ranimer un cœur épuisé.


Le chemin de la foi n’est pas réservé aux par-faits. Il est ouvert aux repentants. Chaque retour vers Allah est une victoire invisible.


Et puis vient ce moment particulier de Rama-dan : quand la faim ne dérange plus, quand la prière devient refuge, quand le Coran n’est plus lecture mais conversation. Là, on comprend !


La foi n’est pas seulement croire qu’Allah existe. La foi, c’est vivre comme s’Il te voit.


Le Prophète ﷺ a défini l’excellence (Ihsan) ainsi : « Adore Allah comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit. » Voilà le sommet du chemin. La conscience constante.


Sabil el-Imân, ce n’est pas une ligne droite. C’est une ascension.


Parfois lente, parfois essoufflée, parfois lumineuse. On y apprend que la foi ne supprime pas les épreuves. Elle leur donne un sens.


On y apprend que la patience n’est pas passivité, mais endurance active.


On y apprend que l’amour d’Allah ne s’impose pas par discours, mais se cultive par présence.


Et au terme du mois, si ton regard a changé, si ta langue s’est adoucie, si ton cœur est plus attentif qu’avant, alors tu es toujours sur le chemin.



*Article paru ans le n°100 de notre magazine Iqra.




À LIRE AUSSI :

Sabil al-Iman (n°76) - Le Prophète ﷺ, école de miséricorde et de foi



Commentaires


bottom of page