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Le Coran m’a appris (n°36) - À jurer par le temps

  • il y a 52 minutes
  • 6 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

Par ce témoin silencieux qui ne s’achète pas.

Par cette créature discrète qui voit tout et oublie rien.

Le Coran jure par le temps, non pour le glorifier, mais pour éveiller l’homme.

« Par le Temps ! L’homme est certes en perdition » (Sourate El-‘Asr).

 

Ce serment n’est ni poétique ni symbolique : il est un avertissement. Le temps n’est pas un décor neutre dans lequel l’homme se déplace ; il est un acteur moral. Le Coran m’a appris que le temps observe. Chaque instant enregistre ce que l’homme fait de ce qui lui est confié. Rien n’est insignifiant, rien n’est perdu, rien n’est effacé. Le temps accumule les preuves.


Il m’a appris que le temps accuse ou défend. Ce que l’homme pensait invisible devient témoignage.

Ce qu’il croyait banal devient argument. Chaque minute vécue sans conscience devient un poids, chaque minute habitée devient une lumière.


Ibn Taymiyya explique que le temps est le récipient des œuvres : il ne juge pas par lui-même, mais il transporte ce qui sera jugé.


Celui qui gaspille son temps n’a pas seulement perdu des heures, il a altéré sa propre réalité morale.

Ibn al-Qayyim va plus loin encore : il affirme que le temps est la vie elle-même, et que le dilapider revient à se dilapider soi-même.


Le Coran m’a appris que le temps n’est jamais vide. Il est soit rempli de présence, soit rempli d’oubli.

Soit il élève, soit il appauvrit. Il n’existe pas de neutralité temporelle. Même l’instant le plus ordinaire porte une charge spirituelle. Un regard, une parole, un silence, une intention : tout s’inscrit.


Le temps devient alors une écriture continue, dont l’homme est à la fois l’auteur et le sujet.


El-Ghazali rappelle que l’erreur majeure de l’homme est de croire qu’il possède le temps, alors qu’il n’en est que le dépositaire. Chaque instant est un prêt, non une propriété. Le croyant lucide ne demande pas : « Combien de temps me reste-t-il ? », mais : « Qu’ai-je fait de ce qui m’a été confié ? »

Le Coran m’a appris aussi que le temps témoignera au Jour dernier. Il ne plaidera pas avec des mots, mais avec des faits. Les jours parleront. Les nuits répondront. Les instants oubliés se lèveront.


Cette conception bouleverse la hiérarchie des priorités. Elle rend suspecte l’obsession de la performance rapide. Elle relativise l’éclat ponctuel. Elle redonne valeur à la fidélité discrète.


Même des penseurs non musulmans ont reconnu cette singularité du Coran : un texte qui ne se contente pas de moraliser l’acte, mais qui moralise la durée. Il ne demande pas seulement quoi faire, mais comment habiter le temps.

 

Celui qui sait que Dieu est au-dessus du temps comprend alors que chaque instant peut devenir sacré.


Non par sa longueur, mais par son orientation. Non par son intensité, mais par sa sincérité.


Il apprend à marcher avec attention. A parler avec responsabilité. A agir comme si chaque minute comptait, parce qu’elle comptera.


Le Coran m’a appris que le salut ne se joue pas dans l’exceptionnel, mais dans la continuité. Dans la cohérence. Dans la persévérance silencieuse.


Et le texte se referme comme il s’est ouvert :


Par le Temps qui passe sans se retourner,

Par l’homme qui choisit sans pouvoir revenir,

Par Dieu qui demeure,

Quand tout le reste disparaît



*Article à paraître dans le n°97 de notre magazine Iqra.




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