Le Hadith de la semaine (n°94) - Le renouvellement de la religion et son lien avec le cycle des cent ans
- Guillaume Sauloup
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Par Cheikh Younes Larbi
D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Prophète ﷺ a dit : « Allah suscite, à la tête de chaque période de cent ans, pour cette communauté, quelqu’un qui renouvelle pour elle sa religion. » (Rapporté par Abou Dâoud, el-Hakim, el-Bayhaqî et d’autres).
Dans la vision islamique, le temps n’est pas une simple succession de jours et d’années : il constitue le cadre où se manifestent les lois divines, et où sont éprouvées la solidité des valeurs ainsi que la continuité du message. Parmi les exemples les plus marquants du lien entre le temps et la religion figure ce hadith selon lequel Allah, Exalté soit-Il, à la tête de chaque période de cent ans, suscite quelqu’un qui renouvelle pour la communauté, sa religion. Ce texte n’entend pas par « renouvellement », l’invention d’une religion nouvelle, mais comme l’expression d’une sagesse divine visant à préserver la religion de l’affaiblissement et de la déviation, et à garantir la permanence de ses significations et de son esprit au fil des siècles. Car la religion est parfaite et pleinement parachevée, ainsi qu’Allah le Très-Haut l’a déclaré : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait » (sourate el-Ma’ida, verset 3). Toutefois, l’être humain demeure exposé à la faiblesse : sa compréhension peut s’émousser à mesure que les générations se succèdent, et un écart peut apparaître entre ce qu’il a reçu des anciens et ce qui est vécu concrètement dans la réalité.
Les cent années constituent ici une unité temporelle précise, car elles englobent généralement trois générations : la première a connu la plénitude de la mise en pratique, la seconde a transmis l’enseignement par l’écoute et le savoir, et la troisième s’éloigne de l’expérience directe, laissant parfois les habitudes et des éléments étrangers se mêler à la religion. Il devient alors nécessaire que surgisse celui qui restitue à la foi sa pureté et en dissipe les causes de l’altération.
Le terme « siècle » dans le Coran renvoie aux générations au sein desquelles une communauté se forme et se transforme, comme dans la parole du Très-Haut : « Combien de générations avons-Nous fait périr après Noé » (el-Isrâ’, 17). Il s’agit d’un laps de temps suffisant pour que les effets de la vie humaine apparaissent et que l’héritage se transmette d’une génération à l’autre, ce qui rend la période de cent ans, propice à l’émergence du rénovateur qui rend à la religion sa clarté et sa vigueur. Le Prophète ﷺ a indiqué que le commencement du siècle s’entendait à partir de la nuit où il informa ses Compagnons, soulignant ainsi qu’il s’agit du début d’une unité temporelle déterminée, après la disparition de la protection prophétique directe.
Le renouveau mentionné dans le hadith consiste à ramener la religion à sa pureté originelle, dans la compréhension, la pratique et la réalité sociale, sans rien ajouter ni retrancher à ses fondements. Quant à l’adaptation contemporaine, telle qu’elle est menée par les commissions d’adaptation du discours religieux de la Grande Mosquée de Paris, elle vise à présenter la religion en harmonie avec le contexte français du moment et les questions de la société : telles que la fatwa, la communication sociale et les règles d’expression, sans altérer les textes sources ni les finalités de la Shari’a. La différence essentielle entre le renouveau et l’adaptation réside en ce que le renouveau constitue une réforme interne de la religion elle-même, tandis que l’adaptation consiste à ajuster la présentation, le langage et l’application sociale de manière à préserver le sens et à en faciliter la compréhension, bien entendu sans porter atteinte à ses principes.
A l’occasion de ce centenaire, 1926–2026, la Grande Mosquée de Paris apparaît comme une illustration vivante de ce cycle de cent ans : les expériences s’y sont accumulées et le besoin d’une lecture contemporaine du discours religieux s’est affirmé. Son Recteur a ainsi institué une commission d’adaptation du discours religieux, composée d’une commission religieuse et d’une commission civile, chargées d’un examen rigoureux et d’une analyse de terrain des questions sensibles qui suscitent un débat constant. S’y ajoute le projet d’élaboration d’un Glossaire des termes religieux en langue française, destiné à rapprocher la compréhension de l’islam et à le préserver de la déformation et de la confusion, dans le respect des spécificités du temps et du lieu.
Ainsi, ce hadith nous enseigne que la religion est sauvegardée par une sagesse divine, que le siècle constitue une unité temporelle propice à l’émergence du rénovateur, et qu’il convient de distinguer entre le renouveau, qui restitue à la religion son authenticité, et l’adaptation, qui la présente en accord avec les circonstances du temps et du lieu sans porter atteinte à ses fondements. A l’heure où la Grande Mosquée de Paris atteint son centenaire, cette sagesse se manifeste dans une réalité tangible, où l’expérience historique et intellectuelle s’unit aux outils de l’époque pour préserver la religion et en garantir la juste compréhension, afin qu’elle demeure présente, claire et lumineuse, telle que voulue par Allah (AWJ) et Son Messager ﷺ.
*Article à paraître dans le n°97 de notre magazine Iqra.
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