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Le Coran m’a appris (n°42) - À voir le monde avec le cœur éveillé

  • il y a 5 heures
  • 7 min de lecture

Par Cheikh Khaled Larbi

Quand le monde s’assombrit et que les âmes se fatiguent, 

Quand l’injustice crie et que les regards se figent,

Quand la vérité vacille et que le doute s’applique,

Le Coran m’a appris… à voir ce que le cœur explique.


Le Coran ne m’a pas appris à fuir le monde. Il m’a appris à le regarder en face.


Il ne m’a pas appris à ignorer la douleur… Il m’a appris à la comprendre, à la nommer, et à y répondre avec foi. Car contrairement à ce que l’on pense, le Coran n’est pas un refuge pour s’éloigner du réel.  C’est une lumière pour le traverser.


Allah dit : 


« Et ne pense pas qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il leur accorde un délai... »

Sourate Ibrahim


Ce verset bouleverse. Car face à ce que nous voyons aujourd’hui, les bombardements à Gaza, les massacres et déplacements au Soudan, les tensions, répressions et peurs en Iran, une question revient  sans  cesse  :  «  Où  est  la  justice ? »


Le Coran répond sans détour : Allah voit. Allah sait. Allah retarde… mais n’oublie jamais.


Le Coran m’a appris que l’injustice n’est jamais invisible. Elle est seulement différée dans son jugement. Mais il m’a appris quelque chose de plus dérangeant encore : que le problème n’est pas seulement l’injustice… Mais notre capacité à nous y habituer.


Allah dit : 


« Puis vos cœurs se sont endurcis après cela ils sont devenus comme des pierres, ou plus durs encore… »

Sourate El-Baqarah


Un cœur dur ne pleure plus. Un cœur dur ne réagit plus. Un cœur dur regarde une tragédie… comme une information. Le Coran m’a appris à avoir peur de cela.


Car perdre ses émotions face à la souffrance des autres… C’est déjà perdre une partie de sa foi.


Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ne fait pas miséricorde, on ne lui fera pas miséricorde. » (rapporté par Sahih el-Boukhari) Alors la miséricorde n’est pas un luxe. C’est une condition. 


Le Coran m’a appris que la foi n’est pas neutre. Allah dit :


« Ô vous qui avez cru ! Soyez fermes pour Allah, témoins de justice… »

Sourate El-Ma’ida


Ce verset est une responsabilité. Il ne suffit pas de croire. Il faut se positionner. Cela ne veut pas dire crier sans sagesse, agir sans connaissance.


Mais cela veut dire refuser de banaliser l’oppression, refuser de rester indifférent, refuser de normaliser l’inacceptable


Le Coran m’a appris que le silence face à l’injustice… n’est jamais totalement innocent.


Il m’a aussi appris que les épreuves du monde ne sont pas absurdes.


Allah dit :


« Pensez-vous entrer au Paradis sans qu’Allah ne distingue parmi vous ceux qui luttent et ceux qui sont patients ? »

Sourate Al-Imran


Ce verset change tout. Car il transforme notre regard. Ce que nous voyons n’est pas seulement une tragédie. C’est aussi une épreuve collective : épreuve pour ceux qui souffrent, épreuve pour ceux qui regardent.


A Ghaza, certains sont testés dans la perte. Au Soudan, dans la survie. Ailleurs, dans la peur et l’incertitude. Et nous ?


Nous sommes testés dans notre sincérité, notre compassion.


Le Prophète ﷺ a dit : « Le monde est une prison notre engagement pour le croyant et un paradis pour le mécréant. » (rapporté par Sahih Mouslim).


Cela signifie : ne t’attends pas à un monde juste ici-bas. Mais attends-toi à être juste… malgré lui.

Le Coran m’a appris que même dans l’obscurité… il y a une lumière.


Allah dit :


« Allah est la lumière des cieux et de la terre… »

Sourate En-Nour


Cette lumière n’est pas extérieure.  


Elle est intérieure. C’est une conscience qui reste éveillée, une foi qui refuse de mourir, un cœur qui continue de ressentir. Même quand le monde devient dur.


Il m’a appris aussi que chaque petite action compte. Le Prophète ﷺ a dit : « Ne méprise aucune bonne action, même le fait de rencontrer ton frère avec un visage souriant. » (rapporté par Sahih Mouslim).


Alors face aux grandes injustices, on peut se sentir impuissant.


Mais le Coran m’a appris qu’une invocation sincère n’est jamais perdue, une parole juste peut réveiller une conscience, un cœur vivant est déjà une résistance. 


Enfin… le Coran m’a appris quelque chose d’essentiel : que la vraie perte… ce n’est pas de vivre dans un monde injuste. C’est de devenir injuste soi-même. Ou pire… de ne plus être dérangé par l’injustice. Allah dit :


« Ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah, et Il leur a fait oublier leurs propres âmes… »  

Sourate El-Hashr


Oublier Allah… c’est oublier ce qui est juste. Ce qui est vrai. Ce qui est humain. Alors aujourd’hui, après Ramadhan… la question n’est pas seulement : « Qu’as-tu appris du Coran ? ». Mais plutôt : « Qu’est-ce que le Coran a changé dans ton regard ? »


Lire le Coran sans changer… c’est passer à côté.

Le comprendre sans agir… c’est le trahir.

Quand le monde s’égare et que la vérité s’efface,

Quand l’homme s’habitue et que son cœur se glace,

Quand l’injustice devient normale et que plus rien ne menace, 

Le Coran m’a appris… à rester debout, quoi qu’il se passe.



*Article paru dans le n°103 de notre magazine Iqra.




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