Le Coran m’a appris (n°46) - Avant le pouvoir, la responsabilité
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Par Cheikh Khaled Larbi
Quand beaucoup veulent paraître
mais peu veulent servir,
Quand certains cherchent le trône
sans apprendre à bâtir…
Le Coran m’a appris une vérité que notre époque oublie souvent : le pouvoir n’est pas d’abord un privilège, mais une charge ; non un honneur à savourer, mais une responsabilité à assumer.
Dans de nombreuses sociétés, on admire la position avant d’examiner la mission. On convoite le titre, la fonction, l’influence, l’autorité. On rêve d’être vu, écouté, suivi. Pourtant, le Livre de Dieu inverse la perspective : il enseigne que celui qui dirige sera questionné, que celui qui possède devra rendre compte, que celui qui parle au nom des autres portera le poids de ses paroles. Le noble Coran déclare :
« Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit, et lorsque vous jugez entre les gens, de juger avec justice. »
Sourate En-Nisa’, 4:58
Ce verset dépasse largement les tribunaux. Il concerne toute responsabilité confiée : argent, parole, poste, famille, savoir, influence, vote, mandat, secret, confiance.
Le poste n’est donc pas un trophée. C’est un dépôt
Combien veulent commander sans savoir se maîtriser ? Combien veulent être obéis sans apprendre à écouter ? Combien exigent le respect sans pratiquer l’exemplarité ? Combien demandent des droits tout en négligeant leurs devoirs ?
Le Coran m’a appris que la grandeur commence souvent là où les applaudissements s’arrêtent.
Le prophète Mohamed ﷺ a dit : « Chacun de vous est berger, et chacun de vous est responsable de son troupeau » (Rapporté par El-Boukhârî et Mouslim).
Le chef d’État, le directeur, le père, la mère, l’enseignant, l’imam, l’employé, l’aîné dans la fratrie : chacun possède un cercle de responsabilité. Certains gouvernent des institutions ; d’autres gouvernent seulement leur langue, leur colère, leurs engagements. Mais nul n’échappe à cette question : qu’as-tu fait de ce qui t’a été confié ?
Notre époque célèbre souvent la visibilité. Le Coran célèbre la fiabilité
Il existe des responsables sans titre : cette mère qui tient son foyer avec justice ; ce salarié honnête qui refuse la fraude ; ce commerçant qui ne trompe pas ; ce jeune qui protège ses amis du mal ; cet enseignant qui prépare sérieusement ses cours ; ce voisin qui veille sur les anciens de son immeuble.
Ceux-là construisent la société sans apparaître en couverture.
Le Coran raconte aussi l’histoire de Yousouf, qui demanda une responsabilité non par vanité, mais par compétence et utilité :
« Confie-moi les réserves du pays ; je suis bon gardien et connaisseur. »
Sourate Yousouf, 12:55
Voilà une leçon précieuse : demander une fonction n’est pas blâmable lorsque l’intention est de servir et que la capacité est réelle. L’ambition n’est pas toujours un vice ; elle devient noble lorsqu’elle se met au service du bien commun.
Mais l’histoire nous enseigne aussi l’inverse : combien de peuples ont souffert de mains avides, de responsables médiocres, de dirigeants orgueilleux, de petites tyrannies domestiques ou professionnelles ?
Omar ibn al-Khattab disait : « Si un mulet trébuche en Irak, je crains qu’Allah ne m’en demande compte. »
Qu’elle soit historiquement rapportée avec va-riantes ou non, cette parole exprime une conscience immense : le responsable véritable dort peu, non par ambition, mais par souci du dépôt.
Le Coran m’a appris que le pouvoir sans justice corrompt, que l’autorité sans miséricorde écrase, que la richesse sans partage endurcit, que la parole sans vérité détruit.
Il m’a appris aussi que chacun peut commencer petit : être ponctuel, tenir sa promesse, reconnaître son erreur, protéger plus faible que soi, refuser la trahison même discrète, servir sans chercher la gloire.
C’est ainsi que naissent les grandes civilisations : par de petites fidélités répétées.
Aujourd’hui, beaucoup demandent : qui changera la société ? Le Coran répond d’abord : qui assumera sa part ?
Car avant de gouverner les autres, il faut se gouverner soi-même. Avant d’exiger la justice, il faut l’incarner. Avant de réclamer la place, il faut porter le poids.
Quand tant de mains convoitent le pouvoir pour briller, le Coran nous apprend d’abord à servir… puis à guider.
*Article paru dans le n°107 de notre magazine Iqra.
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