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Récits célestes (n°85) - Lorsque le printemps parle : la terre revit… et le sens renaît

  • il y a 2 heures
  • 8 min de lecture

Par Cheikh Abdelkader Belabdli

A certains moments de l’année, la terre semble immobile, comme privée de tout mouvement. Elle s’étend, sèche et nue, dépouillée de cette verdure qui jadis la recouvrait, et avec elle disparaissent les signes visibles de la vie. Les arbres sont dénudés, le sol est aride, et le vent passe sur eux sans rien changer à leur état. Le paysage donne alors l’impression que la terre a perdu toute trace de vie.


Mais cette immobilité ne ressemble pas à la mort véritable, elle s’apparente plutôt à une longue attente.


Puis l’eau descend…


D’abord, quelques gouttes tombent doucement, puis elles se succèdent, jusqu’à ce que la terre, qui paraissait figée, s’en imprègne. Alors commence la métamorphose : le sol s’assouplit, la couleur change, et les graines se fraient un chemin vers la lumière. Le mouvement ne se voit pas sur l’instant, mais ses effets ne tardent pas à apparaître.


C’est alors que le printemps parle. Non d’une voix que l’on entend, mais par un sens que l’on perçoit. Comme si la terre disait : je n’étais pas morte, j’attendais seulement ce qui devait me rendre la vie.


Cette scène, qui se répète chaque année, le Coran ne l’évoque pas en passant, comme un simple détail. Il en fait au contraire l’un de ses signes les plus manifestes, vers lequel il attire le regard à maintes reprises, non comme vers un phénomène naturel seulement, mais comme vers une preuve. Le Très-Haut dit : « Tu vois la terre inerte, puis, lorsque Nous faisons descendre sur elle l’eau, elle frémit et se gonfle. » Puis le texte rattache aussitôt cette image à une signification plus profonde : « Celui qui lui redonne vie est assurément Celui qui ressuscitera les morts. »


Comme si le Coran disait : ce que tu vois sous tes pas est la réponse à ce que tu juges improbable quant à ta propre destinée.


Dans ce contexte, le printemps n’est pas une saison passagère, mais un discours qui se répète, rappelant à l’homme que la vie ne prend pas fin lorsque ses manifestations disparaissent, et que ce qu’il perçoit comme la mort n’est qu’une étape dans un cheminement plus vaste.


De même que la terre revit après sa mort, par la permission d’Allah, l’être humain sera ressuscité après son anéantissement. La scène est la même, mais son sens dépasse le visible pour toucher à ce qui relève de la foi. Le Coran ne propose pas cet exemple seulement pour rapprocher l’idée de l’esprit, il le donne afin que l’homme voie de ses propres yeux ce que sa raison pourrait tenir pour lointain ou improbable.


C’est pourquoi ce sens ne fut pas absent des interrogations des prophètes eux-mêmes. Abraham, que la paix soit sur lui, demanda à son Seigneur : « Seigneur, montre-moi comment Tu ressuscites les morts. » Non par doute, mais en quête d’apaisement du cœur. Il vit alors les oiseaux, après avoir été dispersés, revenir vivants devant lui, partie après partie, jusqu’à ce que s’accomplisse sous ses yeux la scène de la vie surgissant après l’anéantissement.


Mais le sens ne s’arrête pas à la seule résurrection. L’être humain porte lui aussi en lui une autre terre, qui peut s’endurcir, se dessécher et perdre toute trace de vie. Il traverse des jours où le cœur s’alourdit, où le sentiment pâlit, où ce qui était vivant en lui s’efface comme s’il n’avait jamais existé. En ces instants, il semble que ce qui a été perdu ne puisse jamais revenir.


Mais le printemps murmure un autre sens. De même que la terre ne revit pas par elle-même, mais par l’eau qu’Allah fait descendre sur elle, de même le cœur ne retrouve son battement que par la guidance qu’Allah répand sur lui. Une parole sincère, une prosternation empreinte de recueillement, ou un retour discret que nul ne voit, peuvent être comme la première goutte d’eau : elle ne transforme pas aussitôt le paysage, mais elle inaugure la métamorphose.


C’est pourquoi le Coran ne rattache pas seulement la revivification de la terre à la pluie, il la relie toujours à ce qui vient après : « Ainsi se fera la résurrection. »


La scène est une, mais ses significations s’élargissent : de la terre à l’homme, de la nature à la destinée, du visible à l’invisible.


Dans un monde plein de bouleversements, où l’être humain traverse des saisons de fatigue et de brisure, ce sens devient plus proche encore. Tout dessèchement n’est pas une fin, et toute immobilité ne signifie pas que la vie s’est retirée. Bien souvent, ce qui paraît être une extinction n’est, en vérité, qu’une attente : l’attente de ce qui redonne vie.


Le printemps ne vient pas soudainement, il est précédé par la patience de la terre. Il en va de même pour l’homme : le temps de la pesanteur peut se prolonger avant qu’il ne voie les effets du changement. Mais Celui qui redonne vie à la terre après sa mort n’est pas incapable de ranimer dans l’âme ce qui s’est éteint, ni d’ouvrir sur le chemin ce qui s’était fermé.


Alors le regard porté sur les choses se transforme. La question n’est plus : pourquoi la vie s’est-elle retirée ? Mais plutôt : quand reviendra-t-elle, et comment ?


Car le printemps ne vient pas lorsque la terre le veut, mais il la trouve prête à l’accueillir. De même, le cœur ne possède pas tout, mais il peut se tenir prêt.


Chaque année, lorsque le visage de la terre se transforme et qu’elle retrouve ses couleurs, ce n’est pas seulement le paysage qui se renouvelle, avec lui renaît un sens ancien : la vie est plus proche que nous ne le pensons, et ce qui paraît être une fin peut être un commencement.


L’hiver peut se prolonger, les instants d’immobilité peuvent s’étendre, la terre peut sembler vide de toute trace de vie, pourtant, le sens du printemps ne disparaît pas, car il n’est pas un hasard passager, mais un signe qui se répète.


Et celui qui comprend cela ne regarde plus la terre seulement telle qu’elle est, mais telle qu’elle peut devenir.


Et là… commence l’espérance.


*Article paru dans le n°108 de notre magazine Iqra.

 


 

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