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Le Hadith de la semaine (n°105) - Le printemps des cœurs sous la pluie prophétique

  • il y a 58 minutes
  • 11 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Abou Moussa El-Ash‘ari (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah ﷺ a dit :


« L’exemple de ce avec quoi Allah m’a envoyé, la guidée et la science, est semblable à une pluie abondante qui atteint une terre : une partie de cette terre est bonne et fertile, reçoit l’eau et fait pousser une végétation et une herbe abondantes ; une autre partie, stérile en apparence, retient l’eau dont Allah fait profiter les gens : ils en boivent, en abreuvent leurs bêtes et irriguent leurs cultures ; et une autre encore qui n’est qu’un terrain plat et aride, qui ne retient pas l’eau, et ne fait pousser aucune végétation. Tel est l’exemple de celui qui comprend la religion d’Allah et tire profit de ce avec quoi Allah m’a envoyé : il apprend et enseigne. Et telle est aussi l’image de celui qui n’y accorde aucune considération et n’accepte pas la guidée d’Allah avec laquelle j’ai été envoyé. »

Hadith unanimement reconnu authentique


Ce noble hadith prophétique nous transporte vers une scène vivante et vibrante, où les miséricordes célestes descendent sur une terre assoiffée : certaines de ses parties se transforment alors en jardins verdoyants, tandis que d’autres demeurent inertes, privées de toute trace de vie. Cette représentation d’une grande finesse constitue le miroir fidèle de l’état des cœurs face à la Révélation : celle-ci en est le printemps, et par elle réside leur véritable vie. Toutefois, les cœurs diffèrent dans leur réception, à l’image des terres, dans leur accueil de la pluie.


Ce sens est lui-même établi par le Noble Coran dans la parole du Très-Haut : « Sachez qu’Allah redonne vie à la terre après sa mort », faisant de la revivification de la terre une image de la revivification des cœurs. Les exégètes ont dit : la terre vit par la pluie, et les cœurs vivent par la Révélation. Il dit également : « Ainsi t’avons-Nous révélé un Esprit procédant de Notre ordre… » (Ech-Choura, 52). Le Coran y est nommé « Esprit », or l’être humain ne reçoit la vie dans son corps qu’à travers l’insufflation de l’âme ; de même, le cœur, cette parcelle préparée à recevoir la guidée, manifeste sa vitalité par sa pulsation. A ce sujet, le Prophète ﷺ a dit : « Certes, dans le corps se trouve une parcelle de chair : si elle est saine, tout le corps est sain, si elle est corrompue, tout le corps est corrompu, il s’agit, certes, du cœur. »


Un cœur sur lequel descend la pluie de la science, qu’il accueille avec compréhension et foi, produit alors des fruits d’œuvres et de rectitude, dont l’effet s’étend à autrui par l’enseignement et l’orientation. Tel est le cœur vivant, qui a réuni la compréhension de la religion, sa mise en pratique et l’appel à celle-ci : il devient un printemps en lui-même et une source de printemps pour les autres. Ce sens est confirmé par de nombreux textes, parmi lesquels la parole du Prophète ﷺ : « Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne », réunissant ainsi apprentissage et transmission, et la parole divine : « Et qui tient de plus beaux propos que celui qui en appelle à Allah, accomplit une œuvre pieuse et dit : « Je suis du nombre des soumis », associant l’appel à l’action.


D’un point de vue rationnel, la science, si elle ne se transforme pas en comportement, demeure une idée abstraite, mais lorsqu’elle s’incarne en actes, elle devient une force agissante qui transforme la réalité. C’est pourquoi cette catégorie d’hommes est la plus élevée en rang, car elle conjugue la réforme de soi et celle d’autrui.


A l’opposé, il existe des cœurs qui conservent sans approfondir, transmettent sans innover : ils retiennent la science comme une terre ferme retient l’eau. Les autres en tirent profit, bien que son effet ne s’y manifeste pas pleinement. Cette catégorie, bien qu’inférieure à la première en degré, joue un rôle considérable dans la préservation et la diffusion de la religion : par elle, les textes sont sauvegardés, les significations préservées et la guidée transmise à travers les générations. Le Prophète ﷺ a d’ailleurs souligné le mérite de cette station en disant : « Qu’Allah illumine le visage de celui qui entend de nous un hadith et le transmet tel qu’il l’a entendu », louant ainsi la simple transmission fidèle. Car la conservation et la transmission de l’héritage sont la condition de la pérennité de toute communauté : sans cette catégorie, la continuité scientifique s’interrompt et les fondements se perdent, même en présence d’une élite réfléchissante. Elle constitue donc un maillon essentiel dans la chaîne de la guidée, bien qu’elle n’en atteigne pas la perfection.


Mais le véritable danger réside dans les cœurs sur lesquels passent les pluies de la Révélation sans y produire le moindre mouvement ni laisser la moindre trace : des cœurs distraits jusqu’à s’endurcir, détournés jusqu’à se dessécher. Ils ne tirent aucun bénéfice pour eux-mêmes ni pour autrui. Voilà la privation véritable : que le printemps soit absent du cœur, alors même que ses causes l’entourent. Allah a décrit cette catégorie en disant : « Ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas », et encore : « Puis vos cœurs se sont endurcis après cela, tels des pierres, ou plus durs encore ». D’un point de vue logique, la répétition du détournement engendre l’insensibilité, laquelle conduit à la rupture avec les sources de la guidée, jusqu’à ce que l’homme devienne incapable d’être affecté : c’est là le degré le plus dangereux de la déchéance, car son détenteur ne perçoit même plus son mal.


Si l’on transpose ces significations à la réalité des musulmans aujourd’hui, notamment dans les contextes de minorité ou d’éloignement, ce hadith apparaît avec une acuité et une profondeur accrues : les influences s’y multiplient, les sources de réception se diversifient, et la préservation de la pureté du cœur ainsi que de son équilibre devient un défi quotidien. Il ne suffit pas de recevoir : il convient de bien recevoir. Une bonne réception implique un cœur conscient, lucide, capable de discerner, et apte à transformer la science en comportement et la guidée en réalité vécue. Cela concorde avec la règle juridique selon laquelle la finalité de la science est l’action. Certains pieux prédécesseurs disaient : « La science appelle l’action : si celle-ci lui répond, elle demeure ; sinon, elle s’en va. » Ainsi, l’écoute des sermons et le suivi des enseignements doivent être suivis du discernement entre le vrai et le faux, et traduits en nobles caractères au sein du foyer, en probité dans le travail et en fermeté dans l’identité.


Ce hadith établit également un principe fondamental dans l’édification sociale : celui de la complémentarité des rôles au sein de la communauté. Celle-ci repose sur des savants qui comprennent, des enseignants qui transmettent et une masse qui reçoit et tire profit, chacun devant toutefois posséder une part d’engagement et de mise en pratique. Lorsque cette complémentarité disparaît, les fruits s’amenuisent et le printemps se fane.


Le Très-Haut dit : « Et si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, la terre serait certes corrompue ». Cela indique que l’équilibre et la complémentarité sont des lois à la fois cosmiques et législatives : de même que la terre a besoin de diversité dans ses reliefs pour que la vie s’y stabilise, la communauté a besoin de diversité dans ses fonctions pour se maintenir. Toute société qui ne sait ni répartir les rôles ni reconnaître la valeur de chaque fonction est vouée à la faiblesse et au désordre.


Le printemps des cœurs est donc un état permanent, qui se réalise à proportion de la connexion du cœur à la Révélation d’Allah, par la science, l’action et la transmission. Quiconque aspire à la vie véritable doit faire de son cœur une terre fertile : qu’il accueille la pluie, fasse germer le bien et contribue à le faire vivre autour de lui. Ce sens s’accorde avec la parole divine : « Celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie, et à qui Nous avons accordé une lumière avec laquelle il marche parmi les gens… » : la vie véritable est celle du cœur, et la lumière est celle de la guidée.

Tel est le printemps qui ne se fane point, et la vie qui ne s’éteint jamais.

 


*Article paru dans le n°108 de notre magazine Iqra.




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