Focus sur une actualité (n°82) - Religions dans le monde : ce que disent réellement les données disponibles en 2026
- Guillaume Sauloup
- il y a 3 minutes
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Par Noa Ory
Les évolutions religieuses mondiales sont souvent abordées à travers des perceptions, des débats culturels ou des controverses idéologiques. Les données issues des grands organismes internationaux permettent cependant d’en proposer une lecture strictement factuelle, fondée sur des indicateurs démographiques et sociologiques comparables à l’échelle mondiale.
Les analyses présentées ici s’appuient sur les travaux du Pew Research Center, complétés par les bases académiques du World Religion Database et du World Christian Database, ainsi que par les enquêtes d’opinion menées par Gallup International. Ensemble, ces sources offrent un panorama cohérent des dynamiques religieuses mondiales sur la période 2010–2020, avec des éclairages plus récents sur le rapport subjectif au religieux.
Pourquoi les données mondiales s’arrêtent-elles en 2020 ?
En 2026, les chiffres les plus récents sur les appartenances religieuses mondiales couvrent encore la période 2010-2020. Ce décalage s’explique par la nature même des grandes études démographiques internationales. Les travaux du Pew Research Center reposent sur l’exploitation de plusieurs milliers de recensements nationaux et d’enquêtes officielles, dont la collecte, l’harmonisation et la vérification nécessitent plusieurs années.
La synthèse publiée en 2025 par Pew constitue ainsi la dernière photographie mondiale complète et méthodologiquement validée des affiliations religieuses. À ce jour, il n’existe pas de rapport équivalent couvrant l’ensemble de la période postérieure à 2020 avec le même niveau de comparabilité internationale. Les données plus récentes disponibles concernent essentiellement des pays ou des régions spécifiques.
Une population mondiale toujours majoritairement affiliée
Selon ces données, la majorité de la population mondiale continue, en 2020, de se rattacher à une tradition religieuse. Le christianisme demeure le premier ensemble religieux mondial en nombre d’adhérents, suivi de l’islam, de l’hindouisme, puis du bouddhisme. Le judaïsme représente une part numériquement plus réduite à l’échelle mondiale, mais reste statistiquement stable.
Sur la décennie 2010-2020, les évolutions observées sont globalement graduelles plutôt que brutales. Les changements tiennent davantage à des dynamiques démographiques : fécondité, âge médian des populations, migrations, qu’à des basculements massifs de croyances ou de pratiques.
Des trajectoires contrastées selon les religions
Les données du Pew Research Center montrent que l’islam est la religion dont les effectifs ont augmenté le plus rapidement sur la période étudiée. Cette croissance est principalement portée par des populations jeunes et des taux de natalité plus élevés dans plusieurs régions d’Afrique et d’Asie.
L’hindouisme progresse également en nombre absolu de fidèles, tout en conservant une part mondiale relativement stable. Cette stabilité s’explique par sa forte concentration géographique, notamment en Inde, complétée par une diaspora en expansion.
Le christianisme connaît une croissance numérique globale, mais voit sa part relative diminuer légèrement. Ce phénomène est particulièrement visible en Europe et en Amérique du Nord, où les sorties d’affiliation sont plus fréquentes, tandis que d’autres régions du monde enregistrent encore une croissance soutenue.
Le bouddhisme constitue un cas particulier. Les effectifs mondiaux sont en léger recul sur la décennie, un phénomène largement attribué au vieillissement démographique et à une faible fécondité dans plusieurs pays d’Asie de l’Est, ainsi qu’à des recompositions de l’identité religieuse.
Le judaïsme connaît une évolution plus modérée. Les variations observées tiennent principalement à des redistributions géographiques entre pays et diasporas, plutôt qu’à une croissance ou un déclin global significatif.
Les autres religions : sikhisme, jaïnisme, bahaïsme, religions traditionnelles ou populaires, représentent ensemble une part limitée mais relativement stable de la population mondiale.
Affiliation religieuse et sentiment religieux : deux indicateurs distincts
Les enquêtes de Gallup International apportent un éclairage complémentaire, mais de nature différente. Elles ne mesurent pas l’appartenance à une religion donnée, mais le fait de se déclarer « religieux », « non religieux » ou « athée convaincu ».
À l’échelle mondiale, ces enquêtes montrent une baisse progressive de la proportion de personnes se déclarant religieuses depuis le milieu des années 2000, ainsi qu’une hausse de celles se disant non religieuses. Cette tendance est particulièrement marquée dans les sociétés occidentales, tandis que d’autres régions du monde restent caractérisées par une religiosité déclarée élevée.
Ces résultats ne traduisent pas mécaniquement une disparition de la religion. Ils indiquent plutôt une transformation des formes de rapport au religieux, parfois moins institutionnelles, plus culturelles, identitaires ou privées.
Lire les chiffres avec méthode
Les spécialistes insistent sur la nécessité de distinguer clairement affiliation religieuse, pratique et sentiment religieux. Les bases de données démographiques (Pew, World Religion Database, World Christian Database) décrivent « combien » et « qui ». Les enquêtes d’opinion (Gallup) renseignent sur le vécu subjectif et l’intensité déclarée du religieux.
Pris ensemble, ces indicateurs dessinent un paysage mondial où la religion demeure un fait social majeur en 2026, tout en étant traversé par des dynamiques différenciées selon les traditions, les régions et les générations.
*Article à paraître dans le n°93 de notre magazine Iqra.
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