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Le Hadith de la semaine (n°97) - Le jeûne : adoration secrète et privilège divin

  • il y a 4 minutes
  • 9 min de lecture

Par Cheikh Younes Larbi

D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Messager d’Allah ﷺ a dit :


« Toute œuvre du fils d’Adam lui appartient, sauf le jeûne : il est pour Moi et c’est Moi qui en accorde la récompense. Le jeûne est une protection. Lorsque l’un de vous jeûne, qu’il ne tienne ni propos indécents ni querelleurs. Si quelqu’un l’insulte ou le provoque, qu’il dise : "Je suis en état de jeûne". Par Celui qui détient l’âme de Mohammed dans Sa Main, l’haleine du jeûneur est plus agréable auprès d’Allah que le parfum du musc. Le jeûneur connaît deux joies : lorsqu’il rompt son jeûne, il se réjouit ; et lorsqu’il rencontrera son Seigneur, il se réjouira de son jeûne. »

Rapporté par El-Boukhârî et Mouslim


Nous avons la joie d’accueillir nos chers lecteurs et fidèles abonnés dans ce numéro particulièrement symbolique (le centième) dans notre rubrique « Hadith de la semaine », après un cheminement constant au service de la transmission spirituelle et de l’édification des cœurs. Nous implorons Allah, AWJ, d’en accepter l’effort et d’en faire une source durable de bien et de guidance.


Cette étape revêt une signification d’autant plus profonde qu’elle coïncide avec le centenaire de la Grande Mosquée de Paris, haut lieu du culte, du savoir et du rayonnement musulman en France. Depuis un siècle, elle incarne une présence religieuse éclairée, fidèle à ses racines et ouverte sur son environnement, alliant tradition, sagesse et responsabilité.


Il est hautement symbolique que le centième numéro de notre publication rencontre le centenaire de cette noble institution : cent ans d’un lieu, cent éditions d’une parole ; cent ans d’histoire, cent rendez-vous avec la tradition prophétique. Nous prions le Très-Haut de bénir ces deux parcours et d’en prolonger les fruits au service de la foi et du vivre-ensemble.


Certes, ce hadith qudsi d’une portée immense, nous dévoile la réalité intime du jeûne et sa position éminente auprès d’Allah. Lorsque le Très-Haut dit : « Il est pour Moi et c’est Moi qui en accorde la récompense », il ne s’agit pas d’exclure les autres adorations de l’attribution divine, car toutes Lui appartiennent. Il s’agit plutôt d’affirmer une distinction, une élection particulière, une proximité singulière entre cette œuvre et la divine Seigneurie.


Le jeûne est, par essence, une adoration secrète. La prière peut être observée, l’aumône peut être connue, le pèlerinage peut être mentionné et relaté. Mais le jeûne demeure caché dans sa réalité la plus profonde. Un homme peut paraître jeûneur parmi les gens, alors que nul ne peut attester de sa sincérité si ce n’est Allah. Il pourrait, en secret, satisfaire son désir sans témoin ; seule la conscience de la surveillance divine l’en retient. Ainsi, le jeûne devient l’école suprême de l’Ikhlas, la purification de l’intention.


Il repose sur une abstention : abandon de la nourriture, de la boisson et des désirs. Cette abstinence n’est visible que par Celui qui connaît le secret et ce qui est plus caché encore. C’est pourquoi les savants ont dit : le jeûne est un secret entre le serviteur et son Seigneur. L’ostentation y pénètre plus difficilement, car il n’est pas fondé sur un acte apparent, mais sur un renoncement intérieur.


Bien qu’il semble négatif dans sa forme, puisqu’il consiste à s’abstenir, il est profondément positif dans sa réalité. Il est renoncement par amour d’Allah, par crainte révérencielle et par espérance en Sa récompense. Le jeûneur délaisse ce qui lui est licite pour complaire à son Seigneur ; dès lors, il lui devient plus aisé de se détourner de l’illicite. Il apprend à dire à son âme : « Non, pour Allah », et cette parole forge sa volonté et élève son esprit.


La parole divine rapportée : « Il délaisse son désir et sa nourriture pour Moi » met en lumière la condition essentielle de la sincérité. Toute faim n’est pas jeûne. On peut s’abstenir par régime, par pauvreté ou par maladie ; mais le jeûne agréé est celui qui procède de la foi et de la recherche de la récompense, par adhésion au commandement divin et espérance en Sa grâce.


Le Prophète ﷺ a dit : « Le jeûne est une protection. » Il protège du Feu dans l’au-delà et des passions dans ce monde. Celui qui discipline son corps affermit son cœur. Le jeûne brise la domination de l’instinct et restaure la souveraineté de l’âme. La faim attendrit le cœur, affaiblit la convoitise et clarifie la pensée.


Le jeûne n’est pas seulement privation de nourriture, il est réforme du comportement. « Qu’il ne tienne ni propos indécents ni querelleurs. » Le véritable jeûneur fait jeûner sa langue de l’injure, son regard de l’illicite, son ouïe de la médisance. Certains pieux prédécesseurs disaient : le plus facile du jeûne est l’abandon de la nourriture et de la boisson, le plus difficile est le jeûne des membres et du cœur.


Même l’haleine altérée du jeûneur, que les hommes peuvent trouver désagréable, devient auprès d’Allah plus parfumée que le musc, car elle est le signe d’une obéissance sincère. Ce que les créatures perçoivent comme un défaut est, auprès du Créateur, une marque d’honneur et de proximité.


Enfin, le jeûneur connaît deux joies : la joie immédiate de la rupture, reconnaissance pour l’assistance divine qui lui a permis d’achever son adoration ; et la joie suprême lors de la rencontre avec son Seigneur, lorsque la récompense préservée lui sera manifestée. Le jeûne réunit les trois formes de patience : patience dans l’obéissance, patience face à la tentation et patience devant l’épreuve de la faim et de la soif. Il est donc digne que sa récompense soit sans mesure.


Ainsi, le jeûne n’est pas une simple pratique annuelle, mais une école spirituelle qui purifie le cœur, éduque à la sincérité, discipline l’âme et rapproche d’Allah. Nous implorons le Très-Haut de faire de notre jeûne un jeûne des cœurs avant celui des corps, et de nous accorder la sincérité parfaite et l’acceptation pleine et entière.

 


*Article paru dans le n°100 de notre magazine Iqra.




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