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Focus sur une actualité - Un siècle et sept recteurs

  • il y a 23 heures
  • 9 min de lecture

Par Nassera Benamra

Sept recteurs se sont succédé à la tête de la Grande Mosquée de Paris, sept noms, sept parcours, sept personnalités qui ont marqué, chacune à sa manière, les différentes étapes de l’histoire de cette institution centenaire. De 1926 à 2026, la Grande Mosquée de Paris a accompagné les grandes transformations de la société française. Elle a traversé les périodes de paix et de crise, les évolutions de la communauté musulmane, les changements politiques et sociaux, tout en affirmant sa place dans le paysage religieux, culturel et institutionnel de la République.


Derrière ces sept personnalités, quelques questions s’imposent… quelles sont les réalisations qui ont véritablement marqué le passage de chacun de ces recteurs ? Leur héritage se limite-t-il à sept grandes œuvres symboliques, ou leurs actions sont-elles bien plus nombreuses, parfois moins visibles, mais tout aussi importantes ?


À travers ce regard historique, il s’agit d’interroger l’impact de leurs engagements… Ont-ils contribué à renforcer le rayonnement de l’islam en France tout en consolidant les liens avec la République ? Quelles traces ont-ils laissées dans cette institution devenue, au fil du temps, un lieu de mémoire, de spiritualité, de culture et de dialogue ?


Si Kaddour BenGhabrit

1926-1954


Si Kaddour Benghabrit est l'artisan de la création de l'Institut musulman et de la Grande Mosquée de Paris. Diplomate reconnu, il devient de cette nouvelle institution un symbole de reconnaissance de la Nation envers les soldats  musulmans.  Il  est le véritable bâtisseur de l'institution. Sous son autorité, la Grande Mosquée de Paris devient rapidement le principal centre religieux musulman en France. Elle accueille les fidèles, les intellectuels et les représentants du monde musulman, tout en développant une activité culturelle et éducative remarquable.


Son action pendant la Seconde Guerre mondiale demeure également l'un des chapitres les plus marquants de son histoire. Plusieurs témoignages et travaux historiques évoquent l'aide apportée à des Juifs persécutés. Des documents officiels de l'époque attestent que les autorités de Vichy soupçonnaient la Grande Mosquée de Paris de délivrer de faux certificats de confession musulmane afin de protéger des Juifs persécutés, mettant notamment en cause l'imam Abdelkader Mesli. Envoyé à Bordeaux par Benghabrit en 1942 pour représenter la Mosquée auprès des camps d'internement du Sud-Ouest, Abdelkader  Mesli  poursuivit  son  engage-ment avant d'être déporté à Dachau, dont il revient vivant. 



Ahmed Benghabrit

1954-1957


Succédant au fondateur, Ahmed Benghabrit eut pour mission essentielle de préserver la stabilité de l'institution dans une période particulièrement sensible marquée par les tensions à cause de la guerre d'Algérie.


Malgré un mandat relativement court, il assura la continuité administrative et spirituelle de la Grande Mosquée de Paris.



Si Hamza Boubakeur

1957-1982


Le rectorat de Hamza Boubakeur marque une période d'expansion intellectuelle exceptionnelle. Islamologue et grand érudit, il dota la Grande Mosquée de Paris d'un prestige académique reconnu à travers le monde musulman. Sa traduction française du Saint Coran, publiée en 1972, reste une référence majeure. 


Sous son impulsion, la Grande Mosquée de Paris s'engage résolument dans le dialogue interreligieux. En 1967, la Fraternité d'Abraham est fondée à la Grande Mosquée de Paris, à l'initiative de Hamza Boubakeur, avec des représentants des traditions musulmane, chrétienne et juive. Cette association a pour vocation de promouvoir la paix, le dialogue et la compréhension mutuelle entre les trois religions monothéistes.



Abbas Ben Cheikh El Hocine

1982-1989


Les années 1980 voient croître rapidement la population musulmane en France. Abbas Ben Cheikh s'attacha à répondre aux besoins religieux des fidèles en renforçant l'encadrement des mosquées. Il favorisa notamment l'arrivée d'imams afin de répondre aux besoins des communautés musulmanes en pleine expansion.


Cette période marque également un engagement accru de la Grande Mosquée dans l'accompagnement de la création de nouveaux lieux de culte et de carrés musulmans dans les cimetières français.


Durant son rectorat, Abbas Ben Cheikh se distingue par son rôle de médiateur entre la France et l'Algérie, notamment en intervenant sur les questions touchant les familles franco-algériennes.


Il modernise également la Grande Mosquée de Paris en développant ses infrastructures, avec la création d'une seconde salle de prière et de nouvelles salles d'ablutions, tout en renforçant ses moyens grâce à un soutien du ministère algérien des Habous. Il contribue enfin à structurer l'encadrement  religieux  en  favorisant  l'affectation  d'imams   algériens   auprès des mosquées et associations musulmanes de France.



Tedjini Haddam

1989-1992


On dit de lui l’homme du dialogue et l'ouverture, Universitaire et homme de réflexion,  Tedjini  Haddam   pour-suivit le travail de modernisation de l'institution.


Son rectorat était marqué par la volonté de renforcer les liens entre les musulmans de France et les institutions françaises, tout en développant les échanges intellectuels autour de la place de l'islam dans une société démocratique.


Il était membre du Conseil de réflexion sur l’Islam en France (CORIF) créé par Pierre Joxe, ministre de l’intérieur chargé des cultes. Humaniste et fin lettré musulman, il intervient à de nombreuses occasions tant en France qu’à l’étranger où l’intérêt de la bioéthique se focalise sur le sida. Il est par ailleurs membre éminent de l’A.D.I.C. (Association pour le Dialogue Islamo-Chrétien).



Dalil Boubakeur

1992-2020


A la tête de la Grande Mosquée de Paris pendant près de trente ans, Dalil Boubakeur imprime durablement sa marque sur l'institution. Son long rectorat coïncide avec une période décisive pour l'organisation du culte musulman en France, au point qu'il est souvent considéré comme l'un des principaux artisans de son institutionnalisation.


Sous son rectorat, la Grande Mosquée de Paris élargit considérablement son champ d'action. Elle se dote, dès 1993, de l'Institut Al-Ghazali pour former les imams en France, développe une filière de certification halal, renforce la présence des aumôneries musulmanes dans les armées, les hôpitaux et les établissements pénitentiaires et s'impose comme un interlocuteur incontournable des pouvoirs publics. Son engagement est également déterminant dans la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003. Attaché au devoir de mémoire, il œuvre enfin à la reconnaissance de l'engagement des soldats musulmans pour la France, notamment à travers la création du mémorial de Douaumont, près de Verdun.


Par son sens du dialogue et sa vision institutionnelle, Dalil Boubakeur a contribué à faire de la Grande Mosquée de Paris une référence religieuse, culturelle et républicaine, dont l'influence dépasse largement le cadre de la capitale.




Chems-eddine Hafiz

depuis 2020 


Depuis janvier 2020, Chems-eddine Hafiz ouvre une nouvelle page de l'histoire de la Grande Mosquée de Paris. Animé par une volonté cons-tante de moderniser l'institution tout en restant fidèle à son héritage, il engage un vaste chantier de transformation qui touche aussi bien sa gouvernance que son rayonnement en France et à l'international.


Sous son rectorat, la Grande Mosquée de Paris renforce son organisation, développe ses activités culturelles, scientifiques et éditoriales, et affirme davantage sa présence dans le paysage intellectuel français. Convaincu que le dialogue est un levier essentiel de la cohésion nationale, il intensifie les échanges avec les autres cultes, les institutions de la République, le monde de la culture et de la recherche, tout en ouvrant plus largement l'institution à la jeunesse et à la société civile.


Défenseur résolu des musulmans et d'un islam de France fidèle à ses valeurs spirituelles comme aux principes de la République, Chems-eddine Hafiz porte la voix de la Grande Mosquée de Paris dans les grands débats de société. Il œuvre également au renforcement des relations avec les grandes institutions musulmanes à travers le monde, contribuant ainsi à accroître le rayonnement international de la Mosquée.


Son rectorat est enfin marqué par la célébration du centenaire de la Grande Mosquée de Paris, une occasion de mettre en lumière son patrimoine historique, son rôle dans l'histoire de France et sa vocation de lieu de culte, de culture, de dialogue et de fraternité.



Depuis un siècle, les recteurs de la Grande Mosquée de Paris ont chacun apporté une pierre à un édifice devenu incontournable dans le paysage religieux français.



*Article paru dans le n°118 de notre magazine Iqra.



 

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